100 000 points de charge fin 2021: objectif non atteint

ACTUALITÉ – Industriels et installateurs sous pression, pénurie de puces électroniques: le déploiement du réseau public de charge manque sa cible. La dynamique est présente mais va devoir s’accélérer pour suivre les besoins du marché.

Le couperet est déjà tombé. Sans attendre la fin de l’année, on sait d’ores et déjà que la France ne réussira pas à atteindre l’objectif fixé l’an dernier par le gouvernement de compter 100 000 points de recharge sur l’espace public fin 2021. Selon le dernier baromètre de l’Avere-France (l’Association nationale pour le développement de la mobilité électrique), au 31 août dernier, on recensait près de 40 000 points de charge ouverts au public. Cela représente une progression d’environ 30 % depuis début 2021. Un chiffre qui peut varier de quelques milliers, faute d’une uniformisation des données.

L’Avere y travaille et devrait être en mesure de proposer prochainement la compilation mensuelle des indicateurs permettant une photographie exacte du nombre de points de charge ouverts au public. De leur côté, les entreprises et les particuliers comptent respectivement 364 451 et 305 685 points de charge. Toujours selon l’Avere, la France compterait ainsi 700 000 points au total (fin août). Aujourd’hui, tous les professionnels s’accordent à dire que l’objectif gouvernemental était irréaliste. La crise sanitaire n’y serait pour rien. Le retard serait la conséquence de plusieurs facteurs. Le premier concerne l’explosion de la demande. Le deuxième en découle et provient d’une économie encore sous-dimensionnée, que ce soit du côté des fabricants de matériels mais également des installateurs électriciens. Le troisième est la cerise sur le gâteau: la pénurie de composants électroniques qui impacte également le secteur automobile. Nicolas Banchet, directeur général de Zeplug, le leader de l’installation des bornes dans les copropriétés, explique que «le métier d’électricien est encore largement dominé par des artisans. 80 % des électriciens travaillent dans des structures de moins de 10 personnes.»

Un accompagnement indispensable

Même si «l’objectif des 100 000 bornes» ne sera pas atteint fin 2021, le programme lancé par le gouvernement aura permis d’inscrire les installations dans une bonne dynamique. «Tout le monde veut des bornes», assure Nicolas Banchet. Quand l’objectif sera-t-il atteint? Les plus optimistes estiment que le cap des 100 000 sera franchi fin 2022. Les autres pensent qu’il faudra attendre 2023. Le programme Advenir piloté par l’Avere-France représente un soutien essentiel pour accompagner la transition écologique. Il a permis de financer 36 000 points de charge depuis 2016. Il faut aller plus loin car dans le même temps, le parc de véhicules à batterie rechargeable continue de progresser. Sur les neuf premiers mois de l’année 2021, la France a immatriculé 101 793 véhicules hybrides rechargeables et 106 031 modèles électriques. C’est ainsi que le programme Advenir de financement des infrastructures de recharge a été prolongé jusqu’en 2023, avec pour objectif de financer plus de 45 000 nouveaux points de recharge. Ce programme couvre les coûts de fourniture et d’installation de points de recharge à hauteur de 60 % pour les parkings ouverts au public et de 50 % pour le résidentiel collectif. Il est accessible à tous les Français, particuliers, entreprises, collectivités et les montants d’aides peuvent aller de 960 euros jusqu’à 9 000 euros pour les entreprises, de 100 000 à 240 000 euros pour les hubs de recharge et à partir de 960 euros pour le résidentiel collectif. Le hic, c’est que l’Avere a annoncé que l’enveloppe de 100 millions d’euros prévue pour durer jusqu’en 2023 sera épuisée début 2022. Pour ne pas relâcher les efforts, l’Avere-France recommande de le renouveler très rapidement et même de le renforcer.

Des bornes hors service

À fin août, 691 stations de recharge (placées sur des aires du réseau autoroutier et sur des routes nationales dans un rayon de 1 000 mètres) disposant d’au moins un point de recharge dont la puissance est égale ou supérieure à 50 kW, étaient à dénombrer. Dans le détail, 31 % de ces infrastructures délivrent une puissance inférieure ou égale à 11 kW, 61 % une puissance comprise entre 14 et 22 kW, 5 % entre 24 et 50 kW et enfin 3 % des points de recharge offrent une puissance supérieure à 50 kW. Les acteurs du marché ont bien noté que pour éviter la déception des usagers convertis au 100 % électrique, l’un des principaux enjeux est le maillage des bornes rapides afin de faciliter l’itinérance. Or, si son déploiement n’est pas aussi rapide que certains le souhaiteraient, c’est que le coût d’installation d’un tel équipement rend sa rentabilité incertaine avant plusieurs années. L’investissement peut avoisiner les 100 000 euros en tenant compte des coûts inhérents au génie civil et au raccordement.

L’étude que la société de consulting Tera a menée pour le compte de Zeplug met en évidence que l’insuffisance des bornes rapides sur le domaine public freine le développement des véhicules électriques. L’affluence les jours de départs en vacances représente un autre écueil. Les infrastructures implantées notamment sur les aires des réseaux autoroutiers vont devoir gérer un afflux massif d’automobilistes et des files d’attente à rallonge. On voit déjà poindre les mécontentements. Le challenge est d’autant plus important que l’Association française pour l’itinérance de la recharge électrique des véhicules (Afirev) rapporte dans l’étude Tera que 85 % des utilisateurs de véhicules électriques ont rencontré au moins un point de charge public hors service au cours des six derniers mois. Parmi ces stations, 9 % ont été hors service plus de sept jours consécutifs, entre mai et octobre 2020. Sur un échantillon de 596 000 sessions de recharge, l’Afirev relève un taux de 25 % d’arrêts intempestifs nécessitant a minima de relancer l’opération. La situation serait en train de s’améliorer mais avec l’augmentation des sessions, les réseaux ne sont pas à l’abri de nouvelles défaillances.

Si l’on se projette à plus long terme, en 2030 où les constructeurs automobiles devront avoir abaissé la moyenne des émissions de CO2 de leurs gammes de 55 %, Tera estime que le parc de véhicules à batterie rechargeable devrait être compris entre 5 et 8 millions, selon les scénarios. Converties en termes d’infrastructures, ces évaluations montrent qu’il faudrait un taux de croissance annuel moyen compris entre 38 et 42 % pour couvrir les besoins. Alors que l’objectif des 100 000 points de charge n’est déjà pas rempli, l’étude montre que 25 000 à 90 000 points supplémentaires sur l’espace public seront nécessaires l’an prochain et 50 000 à 100 000 de nouveau en 2023. Pour couvrir les besoins de 2030, il faudra 750 000 points de charge en plus chaque année en moyenne. En se basant sur un parc de véhicules électrifiés de 5,5 millions en 2030 (scénario moyen), les besoins seraient de 7,5 millions de points de charge, dont 500 000 à charge rapide (supérieure à 22 kW). Ils se répartiront de la manière suivante: 1,9 million sur les parkings d’entreprise et autant dans les logements individuels avec place de parking ou garage, 1,7 million dans l’habitat collectif avec place de parking et, au moins 1,5 million sur l’espace public. Si l’on prend l’hypothèse d’un parc automobile entièrement converti à l’électrique, soit 38 millions de véhicules, l’étude Tera estime qu’il faudra 50 millions de points de charge dont 18 millions accessibles au public. C’est dire l’ampleur du challenge à relever.

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