16 ans après avoir tué un bébé à Namur, un belgo-marocain condamné à 20 ans de prison au Maroc (Namur)

Seize ans après avoir tué Théa (2 ans) à Namur, un belgo-marocain a été condamné à 20 ans de prison ferme dans son pays d’origine, au Maroc, où il s’était réfugié. Une peine plus lourde qu’en Belgique.

Vingt ans de prison: la sentence de la chambre criminelle du tribunal de Tétouan (au Maroc) est tombée comme un couperet, ce mercredi, pour le belgo-marocain Mounir Kiouh (40 ans), reconnu coupable de la mort de Théa (2 ans) dans un appartement de Namur, il y a seize ans. Fidèle à lui-même, il est apparu la veille, à l’audience, comme un être froid, ne reconnaissant pas sa culpabilité.

« Lors de l’audience, j’ai expliqué le dossier étape par étape, sur base des photos du dossier répressif et notamment des taches de sang retrouvées sur le lit et les murs », nous explique l’avocat tangérois Me Fouad Harouach qui a défendu les intérêts de la famille de la petite victime, avec le bâtonnier Brahim Semlali. « L’inculpé a, à nouveau, nié les faits, arguant que la petite était tombée de la mezzanine. Ce qui n’est pas logique au vu des constatations des enquêteurs et du médecin légiste. Il a déclaré que la seule faute qu’il avait commise, c’était d’avoir pris la fuite de la Belgique. »

Des coups répétés en l’absence de sa mère

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Retour sur ce funeste 7 novembre 2005, à Namur. Théa, une ravissante fillette à boucles blondes, s’apprête à célébrer son anniversaire. Sa jeune maman s’absente pour une courte durée, en confiant son bébé à l’homme qui partage sa vie depuis son divorce, Mounir Kiouh, un belgo-marocain. Une décision qu’elle va regretter toute sa vie… Théa a, en effet, subi les coups du nouveau compagnon de sa maman, dans l’appartement familial de Namur. Des coups fatals à la petite Théa, qui décédera le 10 novembre 2005 en milieu hospitalier.

Juste après les faits, le Bruxellois est placé sous mandat d’arrêt. Libéré après 18 mois de

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détention préventive dans l’attente de son procès, il comparaît libre, en juin 2011, devant le tribunal correctionnel de Namur. Il écope de 15 années fermes d’emprisonnement pour coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner. En attendant que l’affaire soit prise en appel, Mounir Kiouh est libre. Au plus grand désarroi de sa maman, Jennifer Devos, mais aussi de Claude et Mathilde Gramtine-Bouchat, les grands-parents paternels de Théa, et sa tante Karine qui ne décolèrent pas.

Condamné en appel, il prend la fuite au Maroc

Six mois plus tard, devant la cour d’appel, Mounir Kiouh est absent. Sa peine de 15 ans de prison est confirmée. Son arrestation immédiate est ordonnée, mais il est trop tard. L’homme a pris la fuite au Maroc. Là-bas, il se sait protégé par la loi: on n’extrade pas les ressortissants marocains vers la Belgique.

Remuant ciel et terre pour que justice soit rendue pour leur Théa, la famille de la petite victime trouve une faille dans le code judiciaire marocain. Tout Marocain ayant commis un crime à l’étranger et se trouvant sur le territoire du royaume peut y être poursuivi, à condition que le jugement ne soit pas définitif. En l’espèce, n’ayant pas comparu en seconde instance, le jugement belge n’est donc pas considéré comme étant définitif.

Accompagnée de la maman de la petite victime, l’ex-belle-famille se rend donc à Tétouan, au Maroc, il y a deux ans, pour déposer plainte, permettant à la justice marocaine d’interpeller et d’incarcérer Mounir Kiouh après l’avoir inculpé d’assassinat d’un enfant mineur d’âge. « Si on ne l’avait pas fait arrêter, il aurait pu revenir cette année en Belgique pour cause de prescription », peste la famille de la victime.

Depuis deux ans, la famille de Théa attend que le procès se tienne enfin. Une attente insoutenable. Du courage, il lui en faut, l’audience étant reportée à plusieurs reprises. Désespérée, la famille contacte l’ambassade de Belgique au Maroc, ainsi que la reine Mathilde, « pour avoir un peu d’aide ». Les démarches sont fastidieuses, l’attente est longue. « J’ai reçu une réponse, me disant que ma demande était transférée à la ministre des Affaires étrangères, Sophie Wilmès. »

J’apprends ce jour la condamnation à 20 ans d’emprisonnement pour celui qui m’a enlevé ma fille et j’apprends le même jour que la vie m’offre une fille.

Ce mardi, le tribunal de Tétouan s’est enfin penché sur cette sordide affaire. Alors que la justice belge l’avait condamné à 15 ans de prison, Mounir Khiou écope désormais de 20 ans dans une prison marocaine loin d’être confortable, a appris ce mercredi L’Avenir. La roue a tourné. Une peine qui a le don de soulager la famille de la petite victime, mais la sentence, aussi importante soit-elle, ne lui rendra pas Théa. « J’apprends ce jour la condamnation à 20 ans d’emprisonnement pour celui qui m’a enlevé ma fille et j’apprends le même jour que la vie m’offre une fille », dit Jennifer Devos. « Quel hasard, quel cadeau. »

Le répit sera peut-être de courte durée. Un quatrième (!) procès – si le condamné interjette appel de la condamnation – pourrait alors se tenir prochainement. Mais quand?

La famille de Théa: « On est soulagé, même si cela ne nous la ramènera pas »

Ce mercredi soir, la famille de Théa a pu s’entretenir avec son avocat établi au Maroc. L’occasion pour les proches de la petite victime de remercier « la justice marocaine d’avoir bien suivi notre dossier, d’avoir fait le nécessaire pour juger le meurtrier d’une enfant », selon le droit pénal marocain qui garantit la protection des droits des enfants. « On a le sentiment d’avoir été entendu par les membres de la chambre criminelle du tribunal de Tétouan, qui ont bien compris le dossier. » Une famille anéantie, mais qui se dit aujourd’hui « soulagée de la peine rendue par le tribunal ». « On ne réalise pas encore totalement, on sait que cela ne nous ramènera pas Théa, mais on se sent soulagé », confie sa tante, Karine Gramtine. « Dans notre malheur, on a eu de la chance d’être tombé sur de très bons avocats. Si un nouveau procès devait être porté en appel, nous espérons avoir la confirmation du présent jugement. »La maman de Théa, Jennifer Devos, abonde dans le même sens. « Ce jugement ne nous la ramènera pas, mais c’est quand même un soulagement que le meurtrier de ma fille soit enfin reconnu coupable. Surtout qu’il le soit au Maroc, où les conditions en prison sont plus difficiles. D’une certaine façon, ce jugement venge un peu ma fille… »

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