à quoi servent les classements dans le vin ?

Si le plus connu des classements reste celui des vins rouges du Médoc, à Bordeaux, datant de 1855, il existe toute une myriade de classements au sein des vignobles français. Celui de la Bourgogne préparé sous Napoléon III, celui des crus de Champagne créé en 1919, celui des vins de Graves, entériné par l’INAO (Institut national de l’origine et de la qualité) en 1953, celui des Saint-Emilion depuis 1955, celui des crus de Provence en 1955, celui des crus bourgeois à Bordeaux depuis 2003… La liste de cette passion française pour les classements ressemble à un véritable inventaire à la Prévert. Résultat ? Des grands crus, des premiers crus, des grands crus classés 1855, des crus classés de Provence, etc. A vouloir tout catégoriser, des classements sensés initialement faciliter le choix du consommateur finissent par le perdre, au mieux dans un maquis incompréhensible, au pire en l’induisant en erreur et le trompant par méconnaissance des critères de classement. 

Comment sont faits les classements ? 

Car il y a autant de manières de classer que de classements ! Le classement de 1855 a été créé par les courtiers, seuls acheteurs du vin de l’époque, sur la base des prix du vin des différents châteaux sur cinquante ans. Les premiers grands crus classés sont les plus chers, les seconds un peu moins. Autant dire que 167 ans plus tard, de l’eau et du vin ont coulé sous les ponts, et que ce classement n’a plus beaucoup de sens, tandis qu’en Alsace et en Bourgogne, les classements sont basés sur les terroirs – les mieux classés sont ceux réputés produire de grands vins. Un critère de base qui ignore totalement le savoir-faire du vigneron. Et même s’il est difficile de sortir une piquette d’un climat d’exception, tous les premiers crus ne se valent pas. 

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Saint-Emilion : le classement de la discorde 

Autre exemple éclairant, le classement de Saint-Emilion créé en 1955. Révisable tous les dix ans, il est à chaque fois contesté, souvent en justice. Au point que Château Angélus et Château Cheval Blanc se sont retirés et ne figureront pas dans le prochain, attendu pour septembre 2022. Dans ce classement, la dégustation compte pour 50% (seulement 30% pour les premiers grands crus), la notoriété du cru pour 20% (35% pour les grands crus), l’assiette foncière et l’homogénéité du terroir pour 20% (30% pour les grands crus) et la conduite du vignoble pour 10% (5% pour les premiers grands crus classés). En clair, il est important de souligner que des critères tels que la qualité de la présence sur les réseaux sociaux, la beauté du chai ou encore les infrastructures œnotouristiques rentrent en ligne de compte. Une information que le consommateur ignore souvent, persuadé à tort que les meilleurs vins sont les mieux classés. Pas si simple. Alors à quoi servent ces classements ? Essentiellement à trois choses : satisfaire l’ego du propriétaire, fournir un argument marketing qui rassure les consommateurs les moins avertis, et définir le prix du foncier. Il ne s’agit donc pas d’un guide d’achat, et le consommateur ne doit pas s’y tromper. Ainsi, il vaudra mieux se fier aux recommandations de vos organes de presse préférés… 

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