Au CHU UCL Namur, ce sera le bug de l’an 2022 (Namur)

L’obligation vaccinale est un coup fatal pour les hôpitaux du Centre hospitalier universitaire, affaiblis par la pénurie d’infirmiers. Qui sera suspendu dès le 1er janvier? Personne ne peut le prédire… avant le 1er janvier.

À 20 jours du premier de l’an, il est temps pour les directeurs de départements infirmiers du CHU (Dinant, Godinne, Sainte-Élisabeth) de façonner les horaires de prestations pour le début de l’année 2022. Ce casse-tête habituel se révèle être un acte kafkaïen cette année, suite à l’obligation vaccinale imposée aux soignants dès le 1er janvier. « Le RGPD nous interdit de connaître le statut vaccinal du personnel, je n’ai donc aucune idée si les infirmiers prévus pour le 1er janvier pourront travailler. Et s’ils ne sont pas là? qu’est ce qu’on fait? », raconte Olivier Gendebien, directeur infirmier du site Sainte-Élisabeth.

La solution ultime, malheureuse, a déjà été entamée ces derniers mois: fermer des lits. « La fermeture successive des lits et les refus à l’entrée nous obligent à reporter des opérations de moins en moins non-urgentes, faute de personnel, souligne Laurence Hallaux, directrice du département infirmier de Godinne. os valeurs nous obligent à ne pas diminuer la prise en charge qualitative et sécuritaire du patient. » Soit, ce sera la qualité au détriment de la quantité. À ce propos, les directions médicales des hôpitaux namurois ont récemment interpellé le ministre fédéral de la santé, Franck Vandenbroeck, sur les questions éthiques dans le choix des patients à soigner en priorité (voir notre édition du 4/12).

 

La goutte d’eau vaccinale

 

Cela fait des années que les infirmiers alertent sur les coups de boutoir portés à la profession par le politique: le passage de la formation de 3 à 4 ans sans reconnaissance de master, l’absence de valorisation salariale des spécialisations d’un an comme la gériatrie et la pédiatrie, la loi de délégation des actes infirmiers, l’harmonisation des salaires entre les infirmières brevetées et les bachelières et, dernier coup de massue, l’obligation vaccinale. « Nous ne discutons pas le fond de cette mesure, mais la forme. L’obligation vaccinale, décidée de manière autoritaire et unilatérale, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase » continue Olivier Gendebien.

Les directeurs infirmiers se posent la question du timing de cette décision. L’hiver n’a pas attendu la pandémie de coronavirus pour mettre à mal chaque année les effectifs hospitaliers. Pourquoi ne pas l’imposer en été? Ensuite, les sanctions sont plus lourdes pour le collectif que l’individu. Les soignants non vaccinés seront suspendus avec une allocation de chômage durant trois mois, avant un éventuel licenciement. « Il ne faut pas se leurrer, dans les hôpitaux, comme dans toutes entreprises, il y aura une infime minorité qui profitera de cette mesure et va attendre le dernier moment pour se vacciner. Mais quand on manque de personnel, cette minorité est précieuse », souligne Olivier Gendebien. Et finalement, les soignants sont les seuls à être soumis à l’obligation vaccinale. Or, dans un hôpital, d’autres corps de métier sont en contact avec le patient, qu’ils soient étudiants, brancardiers ou assistants logistiques.

Les trois directeurs infirmiers insistent également sur le courage sans faille et l’abnégation remarquée du personnel soignant, qui continue d’assurer ses devoirs malgré les conditions dantesques. « C’est un beau métier, il ne faut certainement pas l’oublier. Mais il ne faut pas non plus oublier qu’investir dans l’art infirmier, c’est faire des économies à long terme » ajoute Laurence Hallaux, qui étaie cette position par une étude de grande ampleur publiée dans la prestigieuse revue médicale Lancet. Celle-ci a prouvé qu’investir dans le personnel infirmier permet des économies. Plus d’infirmiers réduit les actes manquants, perfectionne l’efficacité de la prise en charge et diminue drastiquement les risques de rechutes et la durée de séjour d’un patient.

L’inverse, par contre, entraîne l’hôpital dans un cercle vicieux. Moins de personnel provoque plus de rechutes, un allongement des durées de séjour, des burn-out et des réorientations professionnelles. En Belgique, les soins de santé boxent malheureusement dans la seconde catégorie.

Related Posts

Comments

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Histoires récentes