«Au cinéma, la vraie vie n’existe pas, ça me fait du bien»

SDF attachant dans « Trois fois rien », l’acteur promène sa silhouette de hippie rêveur dans le cinéma français.

Veste de costume et cravate sur un jean et des baskets, sans oublier l’éternelle casquette qui couvre sa coupe hirsute et la clope au bec : voir Philippe Rebbot, c’est le comprendre. Refuser les codes d’une société qu’il tient à distance. Et collectionner les personnages poétiques, décalés, en errance, souvent au bord de l’abîme. « Ils me parlent, car ils me ressemblent. Je ne suis pas un acteur de composition. » Dans le très émouvant « Trois fois rien », de Nadège Loiseau, il incarne Casquette, un SDF poète et homo, dont on devine qu’il est sûrement malade et qui, avec deux compagnons de route, va décrocher le jackpot au Loto. Mais l’argent ne fait pas le bonheur. « J’ai été touché par les liens et l’infinie tendresse qui unissent ces trois mecs. Casquette croit encore que John Lennon peut sauver le monde. Ça me parle. J’ai beau être un privilégié, mon bonheur n’est rien si le reste du monde n’est pas heureux. Aujourd’hui, il faut penser aux Ukrainiens davantage qu’à nous-mêmes. »

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Romane Bohringer m’a donné deux enfants, mais surtout elle m’a porté très haut

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En plus de vingt ans de carrière, une soixantaine de longs et de courts-métrages, devant et derrière la caméra, participant souvent aux scénarios, il semble se promener en éternel dilettante. « Au cinéma, la vraie vie n’existe pas, ça me fait du bien, ça me rend presque élégant », tente-t-il. La série « Nos enfants chéris », de Benoît Cohen, et le film « Mariage à Mendoza », d’Édouard Deluc, l’ont fait remarquer. Sa dégaine de poète lunaire a fait de lui une gueule populaire. Il cite à l’envi Patrick Dewaere, Mastroianni, Piccoli ou Paul Newman comme icônes de son monde, où les gens sont forcément fragiles, sur le fil. Mais surtout Romane Bohringer, son double et ex-épouse , avec qui il a raconté leur presque séparation dans « L’amour flou », film ovni devenu un succès au cinéma puis en série, l’année dernière sur Canal+. « Je lui dois tellement. Elle m’a donné deux enfants, mais surtout elle m’a porté très haut. Je voudrais que tout le monde rencontre une fille comme ça dans sa vie. Comme Lennon avec Yoko Ono. Et un beau-père comme Richard [Bohringer]. »

Lire aussi.Philippe Rebbot : « Je suis devenu acteur par hasard »

La famille au sens large, autre moteur de Philippe Rebbot. S’il a fait « Trois fois rien », c’est aussi pour retrouver les acteurs (Côme Levin et l’incroyable Antoine Bertrand) du « Petit locataire », déjà réalisé par Nadège Loiseau, en 2016. « Je préférerai toujours faire un mauvais film avec ma famille qu’un bon avec Haneke. Je me fiche du cinéma, un rôle est une souffrance mais j’adore les gens qui font des films », sourit-il, disert, bavard. On n’interviewe pas Philippe Rebbot, on discute et on laisse ses pensées vagabonder, on philosophe sur l’humain, à la fois génial et minable. « Fais ce que tu peux avec tout ça pour ton article, lance-t-il. Si tu cites Romane, les Beatles, Richard, Newman et Mastroianni, ça me va. » Dont acte, cher Philippe.

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