«Aujourd’hui, il n’y a plus aucun frein à l’achat de vin en ligne»

Pour son 10ème anniversaire, Le Petit Ballon s’offre le soutien d’un nouvel actionnaire, et les services d’Olivier Jaupart, nouveau PDG depuis le 1er juillet dernier. Après avoir passé le seuil symbolique des 100 jours, il livre une interview exclusive au Figaro Vin.

LE FIGARO : Après avoir passé la majeure partie de votre carrière dans la grande distribution, que représente pour vous cette nouvelle prise de fonction dans une entreprise telle que Le Petit Ballon ? 

Olivier JAUPART – C’est un nouveau défi pour moi. Le plus amusant étant d’avoir démarré ma carrière au rayon vin, en tant que caissier de service à temps partiel, jusqu’à devenir patron d’hypermarché, puis à la direction de la communication du groupe Auchan. J’ai ensuite l’aventure d’Auchan Drive, et de développer la partie e-commerce du groupe. Je me suis vite pris de passion pour ça. Après avoir goûté à l’expérience entrepreneuriale avec Storetail au Portugal et en Espagne, je voulais redonner du sens à mon action, mettre mon savoir et mon expérience au service d’une entreprise comme le Petit Ballon. Il me semblait important d’avoir un véritable impact sur l’activité des vignerons, et l’impression de pouvoir aider des gens. C’est la différence entre réussir dans la vie et réussir sa vie. 

» A LIRE AUSSI : Thomas Duclos, l’étoile montante de l’œnologie bordelaise : «A Bordeaux, il y aura autant de millésimes 2021 que de propriétés»

Quels vont être selon vous les plus gros challenges auxquels l’entreprise va devoir faire face, à court et long terme ? 

Tout d’abord, nous sommes face à un phénomène de concentration du marché, une prise de conscience de certains acteurs que la vente de vins et spiritueux en ligne est un marché immense. Avec 600 millions de bouteilles vendues en 2020 – contre 500 millions en 2019 – il n’y a plus aucun frein à l’achat de vin en ligne. Mais notre plus gros challenge va être de développer notre activité sans rentrer dans la guerre des prix, de conserver notre identité et notre rôle de dénicheur sans nous faire avaler par de plus gros acteurs. L’autre challenge va consister à répondre aux besoins d’une clientèle de plus en plus exigeante, qui veut boire moins, mais mieux. Les chiffres parlent d’eux-mêmes, avec un marché qui reste stable en valeur et des baisses de volumes sur certains segments compensées par des dépenses plus élevées. D’où l’importance d’avoir des vins de qualité et une politique de prix cohérente. Il y a une vraie demande de découverte, d’apprentissage, c’est pourquoi nous faisons un travail de pédagogie, via nos fiches, avec pourquoi pas l’ambition de créer une école du vin Petit Ballon.

Quelles sont les principales trajectoires de déploiement du Petit Ballon dans les mois à venir ? 

Notre savoir-faire reste l’abonnement (avec 135 000 abonnés à ce jour en France, NDLR). L’abonnement représente encore 80%, la vente en ligne via notre e-shop 20%. Il y a donc un énorme potentiel. Nous devons capitaliser sur cette base en développant d’autres segments, notamment sur le bio, la biodynamie, le label « Vin Méthode Nature », ainsi que sur les autres boissons, avec le lancement la semaine dernière d’une édition limitée de trois mois autour du whisky, mais aussi des projets autour du saké, du gin, de la bière… Nous prévoyons également d’exporter notre savoir-faire en Europe, en commençant par l’Espagne, puis la Belgique et l’Allemagne, avec toujours cette volonté de s’adapter à la culture d’achat de chaque pays, et de faire travailler des vignerons à l’échelle locale. 

Justement, comment se passe l’accompagnement des vignerons ? 

Au départ, nous allions solliciter des vignerons, mais aujourd’hui le rapport s’est inversé. A travers nos collaborations, nous assurons aux domaines un certain volume, une récurrence en termes de commandes, et un accompagnement qui passe aussi par du conseil, des cuvées exclusives réalisées avec nos abonnés, des opérations solidaires, etc. 

Ne risquez-vous pas de vous couper d’une partie du vignoble qui ne saura pas atteindre les seuils suffisants en termes de volume ? 

Non, car nous avons des formules à tiroirs, ce qui nous permet de jouer sur les quantités, avec des séries limitées, et donc la possibilité de collaborer avec de petits domaines. 

Le Petit Ballon propose une sélection de vins bios, biodynamiques et labellisée «Vin Méthode Nature». Celle-ci est-elle amenée à devenir de plus en plus importante ? Ne craignez-vous pas un risque de cannibalisation de votre offre conventionnelle ? 

Pas forcément, car nous allons ici chercher un autre public. Il y a des passages de l’un à l’autre, et un travail de pédagogie à faire autour de ces vins-là. C’est un segment que nous allons renforcer, car il y a une vraie sensibilité de la part des consommateurs.

La réduction de l’empreinte carbone figure parmi vos priorités. Avez-vous d’ores et déjà des objectifs précis ? Comment comptez-vous y parvenir ? 

Il y a la règlementation de fait, mais nous nous sommes mis une pression supplémentaire. Au départ, nous pensions que le fret constituait le plus gros de l’empreinte carbone, mais en réalité, ce qui plombe davantage notre bilan reste l’activité vigneronne, et notamment l’utilisation du verre. Il y a donc tout un travail d’accompagnement à faire, auprès des producteurs comme des consommateurs. Nous avons par exemple essayé de retirer les collerettes en plastique, et cela a déplu. Je pense que le marché français n’est pas encore prêt à passer certains caps. A terme, nous souhaiterions obtenir la certification B-Corp, afin de concilier une démarche environnementale mais également sociale. 

Une partie des références proposées est constituée de vins étrangers. Cela ne va-t-il pas à l’encontre de cette volonté de réduction de l’empreinte carbone, ainsi que d’une demande de plus en plus forte pour davantage de local et de circuit court ? 

Nos clients aiment les vins étrangers, nous devons donc trouver des solutions alternatives de transport. A titre d’exemple, nous voulons expérimenter l’utilisation de voiliers, ce qui rallonge le temps de trajet, mais c’est une chose qui s’anticipe dans le cadre d’une démarche commerciale.

Au-delà de l’abonnement et de la vente en ligne, vous êtes aussi présents sur le segment du retail. Pourquoi ? 

Nous encore beaucoup de choses à apprendre de l’acheteur en magasin, c’est pourquoi nous avons deux boutiques physiques à Paris, et des espaces dédiés au sein des magasins Monoprix, avec là encore une volonté d’accompagnement du client. En ligne, en fonction des informations renseignées, nous avons créé des personas qui nous permettent d’offrir une expérience personnalisée. Je reste persuadé que l’avenir est à la cave virtuelle, avec un ensemble de fonctionnalités rassemblées sur une application. En parallèle, grâce à notre nouvel actionnaire – qui possède une véritable expertise en matière de logistique – nous avons pour ambition de nous lancer sur le segment de l’hôtellerie-restauration, avec des cartes pensées pour chaque lieu. 

Ne craignez-vous pas ainsi d’uniformiser le marché ?

Non, au contraire. Je crois beaucoup à la géolocalisation, qui nous permettrait à terme de proposer des vins locaux, et une véritable personnalisation de l’offre. L’idée, derrière tout cela, reste de rendre le vin plus accessible, plus simple à acheter, et plus facile à déguster. 

La rédaction vous conseille : 
» Constituer sa cave idéale en 7 étapes
» Dix erreurs fréquentes à ne plus commettre en matière de vin
» Comment bien choisir son vin au restaurant ? 5 conseils malins et 5 erreurs à éviter

Related Posts

Comments

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Histoires récentes