Charles Heidsieck passe à table

Si Charles Heidsieck – alias Charlie, comme l’avaient surnommé les Américains à la fin du 19ème siècle – était encore de ce monde, il ferait sans doute sauter les bouchons à la manière d’un Verstappen, nouveau champion du monde de Formule 1. Son champagne vient en effet de faire une année record et a vu ses ventes bondir de près de 70 %. « Privé de voyages, de restaurants, les Français ont eu envie de se faire plaisir autrement. Ils se sont tournés vers la gastronomie et les vins, en ont profité pour déguster autre chose que du brut, très classique, dont l’image est associée à de grandes réceptions. Ils lui ont préféré des bouteilles plus prestigieuses, plus sophistiquées », explique Stephen Leroux, le directeur général de cette maison champenoise. Cette notoriété retrouvée, elle est aussi le fruit de plusieurs années de travail, depuis le rachat de Charles Heidsieck par Christopher Descours, « un amoureux des grands vins qui a réveillé cette belle endormie », précise-t-il. Aujourd’hui, ses champagnes sont servis dans les plus grands palaces de la planète, comme le George V à Paris ou le Balmoral à Édimbourg. Du côté des consommateurs, on assiste à une « premiumisation » de la demande, dixit Cyril Brun, le chef de cave qui élabore des vins gourmands et puissants, idéal pour accompagner un repas de fêtes. Le blanc de blancs – que Charles Heidsieck a été l’un des premiers à lancer au 20ème siècle, en le servant sur le premier vol transatlantique de la Paname, aux côtés du Château Haut-Brion – est un des jolis succès de la maison, qui en produit environ 60 000 bouteilles par an. « Le chardonnay, pierre angulaire de la maison de Charlie, fait partie de notre ADN. Il y a cinq ans, il était donc tout à fait logique de relancer ce vin. Nous lui avons apporté générosité et ampleur pour lui donner à la fois de la minéralité et de la gourmandise». Il accompagnera aussi bien un plateau de fruits de mer, des coquilles Saint-Jacques qu’un parmesan, un comté de 18 ou 24 mois. « Il y a un côté salin et légèrement gras dans ces fromages qui fonctionnent bien avec l’acidité de notre blanc de blancs », ajoute Cyril Brun.

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« Une matière vivante »

Autres mets, autre cuvée : avec une viande blanche en sauce – comme une volaille aux morilles – ou un foie gras, le Blanc des Millénaires 2006 se révèle intéressant à plusieurs titres. « Il a passé quinze ans en cave et donne tout son potentiel aujourd’hui, poursuit Cyril Brun. Rond, puissant, épanoui, généreux, il offre des arômes de fruits mûrs – de la mirabelle, des abricots, du pamplemousse légèrement confit – associé à des notes fumées ». Osons le dire, il a tout d’un grand bourgogne avec sa texture enveloppante et soyeuse, ses bulles légères qui font l’effet d’une caresse en bouche. Les crayères gallo-romaines que possède Charles Heidsieck à Reims y sont pour beaucoup. « Le champagne est une matière vivante qui, même dans une bouteille en verre, fermée, procède à de vrais échanges avec le monde extérieur. La craie diffuse des éléments qui feront partie de l’aromatique du vin. Lorsqu’il est stocké dans les caves pendant plusieurs mois, plusieurs années, ce dernier s’en imprègne et, au final, je suis convaincu que cela lui donne sa profondeur, son côté minéral et salin, explique Cyril Brun. Plus le champagne est vieux, plus cela est vrai».
Terminons ce tour des champagnes de fêtes par le rosé, très prisé des amateurs « Curieusement, ceux qui l’apprécient le plus sont ceux qui n’aiment pas le rosé, ironise Cyril Brun. Car il va plus loin que certains concurrents, qui restent sur un goût de fruits rouges prononcés. Il offre pour sa part un panel d’arômes très larges autour de la mangue, de l’abricot sec, du gingembre confit». Généreux, avec une belle texture, c’est un rosé de gastronomie qui se marie avec les jambons italiens ou espagnols, un peu gras, qui contrastent avec l’acidité du champagne. Son accord est également parfait avec de la mimolette vieille. Enfin, à quelques jours des fêtes, Cyril Brun aime bien rappeler que la température idéale de dégustation des bulles doit être comprise entre 9 °C et 11 °C et que celles-ci ne doivent surtout pas se boire dans une coupe mais dans un verre à bourgogne blanc pour révéler tous ses arômes. Il prêche aussi pour sa paroisse et affirme que « faire un dîner au champagne, c’est l’assurance de se réveiller frais comme une fleur ». À vérifier.

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