Comment l’armée « identifie les menaces du futur » avec des auteurs de science-fiction

INTERVIEW

Quand des artistes s’associent à l’armée pour préparer la défense de demain. Réunis au sein de la « Red team », des auteurs de science-fiction travaillent en collaboration avec l’armée et exercent leur imagination fertile pour identifier de potentielles menaces futures et les meilleurs moyens de les éviter. Invité jeudi d’Europe 1, Emmanuel Chiva, directeur de l’Agence de l’innovation défense du ministère des Armées, nous en dit plus sur ce surprenant projet. 

Cette équipe d’auteurs et de dessinateurs « nous aide à penser différemment, à nous projeter dans le futur pour identifier les menaces et voir quelles sont les actions qu’on pourrait faire pour s’en prémunir », explique-t-il.

« Réfléchir l’avenir sans schéma préconçu »

Ces auteurs sont utiles car « ils ont une créativité et la capacité de réfléchir l’avenir sans avoir de schéma préconçu », poursuit Emmanuel Chiva. « Ils sont très libres (…) et vont prendre des schémas complètement différents de ceux qu’on a l’habitude de considérer. »

L’objectif est notamment de voir « comment, à partir d’une situation sociétale, avec par exemple des migrations climatiques, du bio-terrorisme, imaginer ce que peuvent être les menaces qui en découlent, et quelles sont les innovations qu’il faut imaginer dès aujourd’hui pour éviter d’être surpris ».

Deux scénarios dévoilés

Et les membres de la « Red team » ont déjà rendu deux scénarios précis, dont Emmanuel Chiva décrit les grandes lignes. Le premier s’intitule « Chronique d’une mort culturelle annoncée ». Il décrit « une espèce de balkanisation du réel », indique Emmanuel Chiva. « On se projette dans un futur où chacun a une bulle communautaire, une espèce de ‘safe sphère’ qui lui permet de ne voir que ce qui lui correspond. » Or, continue-t-il, « imaginez une société dans laquelle c’est difficile d’avoir une réalité commune, dans un contexte où, dans une grande ville, on a une crue centennale, une attaque de terroristes, avec chacun qui est abonné à sa propre ‘safe sphère’… Qu’est-ce qu’il va se passer ? Comment peut-on organiser une opération d’exfiltration de ressortissants ? »

Le deuxième scénario s’intéresse à une nouvelle course à l’armement, avec « des théâtres d’opérations saturés de drones, avec des armes hyper-véloces ». « Comment fait-on pour s’en prémunir ? La réponse est la création d’un programme qui consiste à bâtir des hyper-forteresses… Sauf que ces hyper-forteresses, qui sont des accumulations de moyens de protection, seront très énergivores », développe l’invité d’Europe 1.

Pour les membres de la « Red team », l’objectif est donc « de pousser le bouchon à l’extrême », confirme Emmanuel Chiva. Et dans leur travail, les artistes sont assistés par une « Blue team » composée de militaires, d’ingénieurs de l’armement, « qui sont là pour un petit peu les orienter, discuter avec eux dire, leur dire ‘ça, ça nous intéresse, vous pouvez y aller’, ou ‘là, vous êtes hors sol' ».

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