Dans quels pays d’Europe la diaspora ukrainienne vit-elle ?

FOCUS – Plus de 3 millions de citoyens ukrainiens ont fui l’invasion russe, trouvant refuge chez leurs voisins européens, et notamment auprès de la diaspora née à la suite de la chute de l’URSS.

«Stoppez la guerre ! Stoppez Poutine !» De Varsovie à Madrid en passant par Berlin, Paris ou Rome, des milliers d’Européens ont manifesté leur soutien à l’Ukraine, envahie par l’armée russe depuis le 24 février. Parmi eux, de nombreux Ukrainiens issus de la diaspora formée à partir de la chute de l’Union soviétique en 1991. Soit autant de points de chute potentiels pour les plus de trois millions de réfugiés qui ont fui les bombes. Depuis le 3 mars, les exilés de guerre peuvent ainsi bénéficier d’un droit automatique au séjour d’un an renouvelable dans l’ensemble de l’espace Schengen, au titre de la directive de «protection temporaire».

Selon Eurostat, en 2018, 1,2 million d’Ukrainiens ayant obtenu un permis de séjour vivent dans l’UE. Mais ce phénomène migratoire dépasse les frontières du continent européen. Une des plus importantes diasporas s’est constituée au Canada dès le début du XXe siècle. De même, aux États-Unis, un quartier new-yorkais surnommé «Little Odessa» rassemble depuis les années 1970 l’une des communautés russes et ukrainiennes les plus importantes du continent.

«En Ukraine, il y a eu plusieurs grandes vagues migratoires depuis le début du XXe siècle, mais des pics ont eu lieu en 1991, dès l’indépendance de l’Ukraine et lorsque la guerre au Donbass éclate en 2014», estime l’historien Eric Aunoble, chargé de cours à l’Université de Genève. «Entre mars et juin 2016, on dénombre 1,4 million de réfugiés dispersés en Europe», ajoute Hervé Amiot, chercheur en géographie à l’Université de Bordeaux Montaigne.

En 2017, l’émigration est aussi facilitée par l’adoption d’un règlement européen sur l’exemption de visa pour les Ukrainiens. De ce fait, ceux-ci sont autorisés à séjourner 90 jours au sein du territoire de l’UE. «En 1991, l’Ukraine compte 52 millions de citoyens, alors qu’en 2015, ils ne sont plus que 45 millions», souligne Eric Aunoble.

Ruée vers la Pologne

«La Pologne demeure leur première terre d’accueil», indique au Figaro Hervé Amiot. Selon Eurostat, 34% des migrants ukrainiens installés en Europe y ont obtenu un permis de séjour. Sur les 37 millions de Polonais, le bureau de statistiques du pays estimait fin 2019 qu’ils sont plus de 1,3 million. De même, les Tchèques, marqués par leur souvenir commun de l’Union soviétique, ne rechignent pas à leur tendre la main. Au moins 130.000 Ukrainiens vivent dans ce petit pays d’un peu plus de 10 millions d’habitants. Cependant, ces recensements d’Eurostat ne comptabilisent pas l’immigration clandestine.

La proximité des cultures et leur histoire commune favorisent un lien fort entre ces pays de l’Est. La Pologne est devenue membre de l’Union Européenne en 2004 et de l’Otan en 1999, au même moment que la République tchèque. Comme l’Ukraine, du fait de sa géographie, les Polonais ont souvent été exposés aux invasions, notamment de la Russie. Environ 1,79 million de personnes ont ainsi trouvé refuge en Pologne depuis l’invasion russe, selon le tableau de bord du Haut-Commissariat aux réfugiés de l’ONU.

«Les Ukrainiens sont devenus la classe ouvrière polonaise», commente l’historien Eric Aunoble. Ils exercent essentiellement dans les secteurs à bas salaires (bâtiment, services à la personne…). «En Pologne depuis 2007, il leur suffit de présenter une simple déclaration d’intention d’embauche d’un employeur polonais pour venir travailler quelques mois, plus précisément pour venir travailler 6 mois, sans permis de travail », précise Hervé Amiot.

Sur le sol allemand, plus de 120.000 Ukrainiens ont été dénombrés en 2018, selon Eurostat. Dans ce pays, «une part des Ukrainiens sont des « Allemands d’URSS », c’est-à-dire des Ukrainiens d’origine allemande, plus ou moins lointaine, appelés « Aussiedler » qui s’y sont installés dès le début des années 1990», détaille Hervé Amiot.

À VOIR AUSSI – À la frontière polonaise, ce pianiste allemand joue pour les réfugiés ukrainiens

Italie, eldorado des Ukrainiennes

L’Italie est le deuxième pays de l’UE à accueillir le plus de ressortissants ukrainiens. Selon Eurostat, en 2018, plus de 200.000 d’entre eux y ont élu domicile. «Ce sont essentiellement des femmes seules, qui exercent le métier d’aide à domicile auprès des personnes âgées. Elles comblent le manque d’Ehpad dans la péninsule. Ces Ukrainiennes envoient une partie de leur salaire à leur famille restée au pays, notamment pour financer les études des enfants», souligne Julia Efromova, présidente de «A travers l’Europe», une association franco-ukrainienne.

Les diasporas ukrainiennes sont des points d’attache forts au sein de l’UE. «Entre 2000 et 2010, énormément d’Ukrainiens sont arrivés en Italie, Espagne et Portugal, profitant de la prospérité économique, afin d’exercer dans les secteurs des services à la personne, ou encore du bâtiment», observe Hervé Amiot. Les diasporas de l’ouest de l’Ukraine (Lviv, Ivano- Frankivsk) se retrouvent alors autour des églises gréco-catholiques. «Par l’Église, on trouve du travail, c’est un réseau de solidarité, d’échanges», témoigne Julia Efromova, également journaliste pour le média Ukrainian Week.

En Espagne, plus de 90.000 Ukrainiens en 2018 étaient dispersés entre la Catalogne, Madrid et la région de Valence. Le ministre espagnol de l’Inclusion, de la Sécurité Sociale et de la Migration, Jose-Luis Escrivá, a annoncé le 8 mars l’ouverture de «12.000 places dans des centres d’accueil» pour les réfugiés ukrainiens. Enfin, en 2018, l’État portugais estimait à 30.000 le nombre d’Ukrainiens sur son sol.

En France, une diaspora ukrainienne peu nombreuse

Avant l’invasion russe de l’Ukraine, le stock de titres de séjours accordés à des Ukrainiens dans l’Hexagone n’était que de 18.000. De ce fait la diaspora ukrainienne demeure peu importante sur le sol français. Mais ce chiffre pourrait évoluer nettement à la hausse. Le nombre de réfugiés s’élève pour le moment, à 13.500 environ, estime le ministre de l’intérieur.

La plupart des réfugiés cherchent désormais à rejoindre des proches déjà installés dans les différents pays de l’Union européenne (UE), d’où la décision des autorités et des compagnies de transport de faciliter leurs déplacements.

À VOIR AUSSI – «Ça me touche»: à la cathédrale Saint Volodymyr le Grand à Paris, la diaspora ukrainienne inquiète de la crise

Related Posts

Comments

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Histoires récentes