Disparition du « Tiarna » du Médoc, Anthony Barton

Ce qui vous frappait lorsque vous rencontriez Anthony Barton pour la première fois, c’était son charme et son élégance naturels, son regard bleu clair où perçait l’humour et la pointe d’accent qu’il n’avait jamais perdu. Le plus bordelais des Irlandais s’est éteint le 19 janvier, à l’âge de 91 ans.

Arrivé en 1950 en France, après des études à Cambridge, Anthony Barton représentait la sixième génération à se lancer dans la viticulture, son aïeul Thomas ayant été le premier à s’installer sur le port de la Lune en 1725, suivant ainsi la longue tradition de marchands de vins venus du Royaume-Uni. Après avoir travaillé pour le négoce familial, Barton & Guestier, il crée sa propre société de négoce avant de prendre, en 1983, la suite de son oncle Ronald à la tête des deux propriétés, acquises en 1821 et 1826. Il s’installe alors dans le Médoc, un ancrage qui ne se démentira jamais et qu’il portera avec une générosité et un art de vivre exceptionnels. 

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Reconnu comme un sage dans le monde du vin bordelais, Anthony Barton a toujours milité pour une certaine modération des prix lors des campagnes primeurs et n’hésitait pas à s’insurger contre la hausse des tarifs qu’il jugeait parfois insensée et beaucoup trop spéculative. Son esprit et humour britanniques sont résumés dans la réponse qu’il donnait chaque année aux nombreux importateurs en quête du prix du prochain millésime : «Sans doute moins que le double du prix de l’année dernière». Il confiait «étrangement ça semble satisfaire la plupart du monde, peut-être grâce à la mention du mot «moins» pour plaire aux consommateurs et le mot «double» pour plaire aux spéculateurs».

Très attaché à ses deux propriétés, Anthony Barton a été un moteur du renouveau du Médoc dans les années 1980, préservant les spécificités des deux propriétés familiales, avant d’acquérir Mauvesin, devenu Mauvesin-Barton, en Moulis-Médoc en 2011.

Travailleur acharné sous une apparente décontraction, Anthony Barton s’est toujours attaché à produire des vins d’une grande élégance et tout en finesse, sans aucune concession aux modes qui ont pu s’imposer à Bordeaux. Retiré des affaires depuis une dizaine d’années, c’est sa fille Lilian qui dirige les trois propriétés, secondée par ses enfants, Mélanie et Damien. L’entente entre père et fille a toujours été la clé de la réussite des propriétés et Anthony Barton voyait avec tendresse l’arrivée de ses petits-enfants, prolongeant ainsi la dynastie des Barton à Bordeaux, même s’il considérait comme tout à fait naturel «qu’ils soient plus français que britanniques». 

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