«En tant qu’actrice, je n’ai pas envie de plaire»

L’actrice luxembourgeoise incarne l’épouse de Fernand Iveton, ouvrier français qui fut condamné à mort en Algérie pour avoir rallié la cause du FLN.

Repoussée par la pandémie, la sortie de « De nos frères blessés » prend aujourd’hui une force nouvelle, tant la thématique des couples déchirés par un conflit s’inscrit dans l’actualité. « Le film évoque la beauté du dialogue et de la compréhension de l’autre dans un couple que tout oppose politiquement, dans un pays en guerre, analyse Vicky Krieps. Et soixante ans plus tard, alors qu’on célèbre l’anniversaire des accords d’Evian, rien n’a changé. Les politiques s’affrontent et les civils sont les victimes directes d’une violence qui écrase les idéaux. Notre désir d’humanisme en prend un nouveau coup… »

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Après le très remarqué « Vandal », Hélier Cisterne a adapté le récit de Joseph Andras, Goncourt du premier roman 2016 – qu’il a refusé –, avec Vincent Lacoste dans la peau du seul Européen exécuté durant la guerre d’Algérie. Un film écrit à quatre mains par Cisterne et sa compagne, la réalisatrice Katell Quillévéré. « J’ai ressenti cette écriture “amoureuse”, elle m’a parlé par son honnêteté, reprend Vicky Krieps. C’est plein de reproches et plein d’amour. Ce sentiment se nourrit aussi de l’affrontement. »

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Le thème des couples déchirés par un conflit s’inscrit dans l’actualité

Dix ans après ses débuts et des passages chez éric Rochant, Raoul Peck ou Roland Emmerich, cette jeune maman trentenaire a été réellement découverte par le cinéma en 2018 dans « Phantom Thread », de Paul Thomas Anderson, autre histoire d’amour aux côtés de Daniel Day-Lewis. D’un coup Hollywood lui fait la cour. Mais elle rentre vite en Europe et accepte plutôt le projet d’Hélier Cisterne, à la grande désolation de ses agents d’alors. « Je travaille sans compromis. En tant qu’actrice, je n’ai pas envie de plaire, martèle-t-elle. à Hollywood, j’avais l’impression qu’on ne me parlait pas à moi, Vicky, mais à l’image qu’ils avaient de moi. Accepter le film d’Hélier, c’était fermer la porte à Hollywood. »

Elle y est pourtant repartie depuis, à Hollywood (pour les nouveaux films de Barry Levinson et M. Night Shyamalan), tout en tournant encore beaucoup en France, jusqu’à cette nomination comme meilleure actrice aux César le mois dernier pour sa performance saisissante de veuve perdue dans « Serre-moi fort », de Mathieu Amalric. Encore une histoire de couple brisé. « Ces personnages me parlent. J’ai un côté presque scientifique qui veut comprendre pourquoi l’amour est un sentiment à ce point compliqué », ose-t-elle. Elle a refusé par avance toute question personnelle sur Gaspard Ulliel, récemment disparu, dont elle était très proche. Vont suivre dans la ribambelle de films qu’elle a tournés d’autres personnages troublés, Anne d’Autriche dans « Les trois mousquetaires » ou même Sissi. Une évidence. Son fort accent luxembourgeois et son regard à la fois séducteur et perdu font immanquablement penser à Romy Schneider. « Je l’admire pour avoir été une femme libre dans une autre époque. Aurait-elle pu dire, elle aussi, “je ne veux pas plaire” ? Je n’en suis pas sûre. J’espère juste connaître une vie plus heureuse que la sienne. » 

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«De nos frères blessés», en salle actuellement.

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