Grosperrin franc tireur du cognac

La maison de cognac Grosperrin est un véritable OVNI dans le monde du cognac. Déjà par son jeune âge, à peine 30 ans, autant dire un bébé face aux histoires séculaires des géants du secteur; sa localisation, à Saintes et qui en fait désormais l’unique maison à être installé dans cette ville de l’ouest de l’appellation ; sa production de quelques dizaines de milliers bouteilles à l’année face aux quelques 210 millions de l’appellation mais surtout le caractère totalement unique de ses eaux-de-vie. 

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Grosperrin va pour ainsi dire à contresens de la norme fixée par les appellations commerciales – VS, VO, VSOP et XO – qui désignent des tranches d’âge pour un assemblage d’eaux de vie dont le nombre est sans limite. L’enseigne de négoce propose plus «simplement» des cognacs historiques sans coupe et sans ajout d’adjuvant (sucre ou caramel), issus d’un seul fût et dont le millésime est explicitement affiché. Des single casks selon l’expression consacrée pour qualifier un whisky de ce type. Le cru dont est issu l’eau-de-vie est lui aussi précisé, tout comme l’historique, repris du registre des douanes, est notifié par souci de transparence vis-à-vis du consommateur.
Si les terroirs de la Grande Champagne et la Petite Champagne sont souvent mis en avant par les grandes maisons, il existe d’autres territoires dont les noms échappent la plupart du temps à toute mention, et donc à l’attention du public : Borderies, Fins Bois, Bons Bois, Bois Ordinaires. «Pour nous, il n’y a pas un terroir meilleur qu’un autre, il y a juste des caractéristiques bien distinctes qui vont délivrées des eaux de vie aux histoires toutes différentes , C’est le terroir, la maitrise de la distillation, puis de l’élevage qui vont faire le style, et donc l’intérêt ou non d’une eau-de-vie» souligne Guilhem Grosperrin, à la tête de la maison depuis 2004.

L’histoire de l’entreprise a commencé une douzaine d’années auparavant tandis que son père, Jean, se lance dans une activité de courtage. Il parcourt alors la campagne cognaçaise, notamment les crus considérés moins «nobles» à la recherche d’eaux de vie de qualité qu’il va pouvoir revendre aux gros faiseurs. Parmi ses achats, il découvre des pépites qui selon lui méritent de ne pas d’être fondues dans la masse et plutôt à l’inverse révélées pour ce qu’elles sont. Peu à peu, ils gagnent la confiance des viticulteurs qui lui proposent des bariques jalousement conservées et donc parfois oubliées. En 1999, souhaitant s’affirmer comme un négociant, il décide d’embouteiller ses premières eaux-de-vie issus de cinq futs très anciens (années 1940) «qui vont mettre un certain temps à partir mais qui vont nous permettre de nous positionner» explique Guilhem. Des bouteilles telles que Petite Champagne 1958, Borderies 1964, Grande Champagne 1971, Grande Champagne 1980… vont suivre et  étoffer le catalogue de ces cognacs de collection 
Progressivement, Guilhem a réussi à imposer le style de la maison à de vrais amateurs de spiritueux qui portent un intérêt à ces «nouveaux» cognacs dont les goûts échappent à la norme, notamment celle d’une sucrosité souvent très présente. «Nous n’avons fait que renouer avec l’histoire du cognac dont une partie du travail et la recherche d’un style passe par l’élevage» rajoute-t-il pour expliciter sa démarche d’artisan et non simplement de négociant. Il rachète alors des chais situées au bord de la Charente à Saintes pour trouver un contexte humide particulièrement propice à un vieillissement doux et naturel qui évite toute réduction artificielle. Ne se laissant pas influencer par le degré «traditionnel» de commercialisation d’un cognac -entre 40° et 43°- Guilhem décide de passer à la phase d’embouteillage selon le degré d’alcool qu’il juge optimal pour l’eau de vie concernée.

Ainsi, peut-on par exemple trouver au catalogue une Petite Champagne de 1970 titrant 61,5° voire une Grande Champagne N° 39 à 44,3%. De même, il utilise principalement des fûts aux tannins légers afin de préserver les typicités des terroirs et des cépages employées que sont l’Ugni blanc ou plus historique le Colombard et la Folle Blanche. D’ailleurs, la maison s’autorise aussi des écarts vis-à-vis de la collection de millésimes en sortant des bouteilles très atypiques comme cette Folle Blanche de 12 ans d’âge ou bien cette série de trois «Moûts mutés au cognac» dont l’un d’eux a été réalisé en 1979. «Evidemment, trouver des vieilles eaux-de-vie devient de plus en plus compliqué» souligne Guilhem Grosperrin. Mais avec les 500 bariques de cognacs anciens soigneusement conservées dans les chais de Saintes, l’artisan éleveur a encore de quoi surprendre les amateurs d’eaux-de vie hors normes.

Une sélection :

Bois Ordinaires n°90 Ile d’Oléron (46,2°)
On ne sait pas forcément que l’appellation du cognac, avec les Bois Ordinaires, s’étend jusque dans les îles de la côte atlantique. Ce cognac ancien produit sur l’Île d’Oléron est très rare, environ 30 fois plus qu’une Grande Champagne. Il possède un caractère iodé qui fait saliver. Un cognac réconfortant ! 160 €

Fin Bois 52-22 Héritage (46,1°)
Distillé dans un très petit alambic, ce cognac est le fruit de l’assemblage de deux fûts (1952  et 1922) réalisé il y a une vingtaine d’années. D’une qualité rare, il dispose d’arômes ciselés et envoutants. Superbe ! 680 €

Petite Champagne 1973 (60,3°)
Cette eau-de-vie millésimée provient d’une famille de notaires installée à Cognac depuis plusieurs générations. Il s’agit d’un cognac fin et gourmand avec des notes élégantes de rancio. Finale très longue et fruitée. 340 €

Cépages Grande Champagne (42°)
Ce cognac est issu des cépages de Folle Blanche, Colombard et Ugniblanc, qui ont été assemblés en brouillis (première distillation). Ce procédé unique et propre à Grosperrin permet de donner au cognac le meilleur de chacun de ces trois cépages : La finesse aromatique de la Folle Blanche, la gourmandise et la graisse du Colombard, et la vivacité et la puissance de l’Ugniblanc.  50 €

MMC2 (19,6°)
MMC pour Moût Muté au Cognac. Élevé sur lies pendant plus de 25 ans, ce lot a passé ses nombreuses années de vieillissement sous bois. Jolie robe ambrée pour ce vin de liqueur qui affiche, au nez, des arômes de fruits confits, une belle minéralité et un caractère très vineux. En bouche, son attaque est puissante et dense, son acidité parfaitement équilibrée avec le sucre. 39,90 €

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