«Je ne suis pas loin de penser que nous sommes d’utilité publique»

Au départ, rien ne prédestinait Jean-Hugues Bretin à devenir l’un des personnages les plus influents du milieu du vin naturel. Première application dédiée à la géolocalisation des lieux où boire des vins vivants et rencontrer des vignerons «natures», en France et à travers le monde, Raisin a réussi à fédérer une communauté d’amateurs qui ne cesse de grandir au fil des ans. Aujourd’hui, la jeune entreprise ambitionne de «démocratiser la connaissance et l’accès au vin naturel, pour en stimuler la demande et encourager, par ce biais, une viticulture écologiquement responsable et économiquement viable». A quelques mois du lancement de leur site web, qui se veut être un prolongement de l’application, son fondateur a répondu aux questions du Figaro Vin.

LE FIGARO – Comment est née l’idée de créer l’application Raisin ?

Jean-Hugues BRETIN – Assez simplement. Nous sommes en 2011. A l’époque, je ne consommais pas de vin, ou seulement à de rares occasions. Un soir, une amie me fait goûter un vin blanc de chez Thierry Puzelat, du Clos du Tue Bœuf. Cela a été un véritable déclencheur. Je suis ensuite allé chez un caviste afin de découvrir d’autres choses, et le vin naturel est vite devenu une passion. J’ai rapidement réalisé qu’il était très compliqué d’en trouver sans être connaisseur, et ai eu l’idée de créer un blog qui recenserait toutes les adresses parisiennes en proposant. «On boit quoi ce soir» était né. La deuxième étape aura lieu en 2013, à l’occasion du salon de vin naturel La Dive Bouteille, à l’occasion duquel un couple de vignerons de Tasmanie me suggère d’étendre le concept au monde entier. Cela m’est resté en tête. Même si je n’ai jamais eu la fibre entrepreneuriale, j’étais là dans une logique militante. L’application Raisin a vu le jour en 2016, et le nombre de téléchargements a été très rapide, comptabilisant non moins de 50 000 utilisateurs au bout de deux ans.

Aujourd’hui, nous employons 4 personnes et sommes aidés par 10 bénévoles… Même si plus de 1300 établissements sont encore en attente de modération !  Il faut un certain temps pour que nous puissions vérifier qu’au moins 30% de leur offre est bien dédiée aux vins natures. Ceux qui veulent passer en priorité peuvent souscrire à un abonnement annuel de 135 euros.

Comment expliquez-vous que Raisin soit la seule application dédiée au vin naturel ?

Une des raisons principales de cette absence de concurrence s’explique par le fait qu’il n’y avait pas de modèle économique prédéfini. Nous avons dû construire notre propre marché et dès que cela générera des revenus suffisants, je suis certain que de nombreux acteurs apparaîtront. Toutefois, je ne vois pas cela comme un danger, bien au contraire. Nous nous sommes volontairement fixé un objectif inatteignable, à savoir que tout le monde puisse avoir accès au vin naturel, or nous parlons ici de quantités encore confidentielles, avec une consommation de vin bio (dont les vins naturels représentent une infime partie, ndlr) qui représente seulement 5% en volume. C’est peu, mais il y a urgence à ce que notre rapport au monde et à la consommation change.

Avec 1506 établissement répertoriés,  la France occupe aujourd’hui la position de leader, devant l’Italie (858 établissements) et les Etats-Unis (526 établissements). Pensez-vous qu’elle la conserve au cours des prochaines années ?

La France est clairement loin devant tous les autres pays. Cela dit, le pourcentage d’établissements à ajouter est le même en France que dans les autres pays, il y a donc un véritable engouement en la matière, et il y aura peut-être un effet de rattrapage. Un des phénomènes particulièrement intéressants serait dans la typologie des commerces répertoriés : au-delà des bars et des restaurants, nous avons des garagistes, des bouchers, des libraires, etc. Selon moi, cela démontre l’importance de la variable émotionnelle du vin naturel, qui n’a pas forcément de lien avec l’activité principale du lieu qui en propose. C’est une démarche de passionné.

On trouve également sur l’application un grand nombre de vignerons «natures», en France comme à l’étranger. Quels sont les critères de sélection ?

Notre définition du vin naturel est basée sur la charte de l’Association du Vin Naturel (AVN). Nous demandons aux vignerons de nous transmettre leurs certifications (AB, Demeter, etc.), les analyses de leurs vins, une description de la façon dont ils travaillent, un BAT des étiquettes… L’idée étant de créer des fiches complètes sur chaque domaine.

Les vignerons « natures » ne souhaitant pas obtenir de certification ni faire analyser leurs vins ne peuvent donc pas être répertoriés ?

C’est ici toute la difficulté. Il est très difficile pour le consommateur final de savoir qui fait quoi. Notre rôle consiste aussi à faire un travail de terrain, et certains vignerons sans certification mais dont nous connaissons les méthodes peuvent figurer sur l’application. Nous nous basons dans ce cas sur un critère de confiance.

Quels sont les ambitions de l’application, ainsi que les projets en cours ?

Avec le lancement du site web début 2022, nous souhaitons nous positionner davantage sur des termes et contenus en lien avec la gastronomie, afin d’amener aussi les amateurs de bonnes tables au vin naturel, et élargir le périmètre. Par le biais de la géolocalisation, il sera possible de faire des recherches par ville, par pays, ainsi que de réserver sa table via le module Formitable. Notre ambition serait à terme de porter le vin naturel vers le type d’expérience que l’on peut avoir sur les grands sites de e-commerce. Nous avons le mérite de mettre en avant des gens qui proposent des produits que l’on ne trouve pas ailleurs, dans des lieux qui se désertifient chaque année davantage. Et je ne suis pas loin de penser que nous sommes d’utilité publique !

Pour découvrir l’application et retrouver tous les détails de la collecte actuellement en cours, rendez-vous sur Raisin et Lita.

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