«Je suis passionné de passé»

Sa rencontre avec le liquide, il la doit à un saint-émilion 1959, bu un soir de mai 1997. Ce verre fut la première flèche d’Éros. «J’ai la passion sanguine. Je me suis lancé dans les vieux millésimes de Bordeaux.» La deuxième lui sera décochée en découvrant le monde des spiritueux. Karim Karroum crée alors Les Petits Celliers, cave en ligne sur laquelle sont proposés des flacons allant du XIXe siècle aux années 1970. En quelques années, il devient collectionneur et chasseur de trésors, deux fonctions regroupées sous le poétique vocable «d’antiquaire de spiritueux».

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Aiguillé par un nombre de snipers dont il préfère taire le nombre, il sillonne l’Hexagone afin d’explorer les caves des bistrots endormis, d’expertiser celles d’héritiers ne sachant que faire des vieilles Chartreuses de leurs aïeux. «Nous sommes entrés dans une période hygiéniste. Beaucoup de gens ne boivent plus d’alcool et se défont de leurs bouteilles.» Un désamour dû à une profonde transformation des mœurs. Il se souvient avec nostalgie d’un âge où chaque repas impliquait de facto un apéritif, un blanc, un rouge et un digestif. «En France, on a perdu quelque chose. Il y a encore vingt ans, on était moins regardant.» un clos de griffier 1738

Pourtant, le vent semble tourner, avec une jeune génération qui redécouvre les vieux alcools, un désir de consommer moins, mais mieux, et un attrait de plus en plus marqué pour la mixologie. Exit la piña colada sucrée et son chapeau chinois en papier, place aux cocktails sur mesure, et un marché dont les prix s’envolent. «Contrairement à celui du vin, où l’on connaît chaque année le nombre de bouteilles mis en vente, le marché des spiritueux anciens n’a pas de cote, car il n’a aucune pérennité de production.» En janvier dernier, il a vendu à un Polonais le plus vieux cognac connu au monde, un Clos de Griffier 1738.

À partir d’un vieux grimoire de la fin du XIXe siècle, il s’est aujourd’hui mis en tête de faire revivre «les grandes stars de la culture apéritive et digestive française», en créant la Distillerie de Grandmont, au beau milieu du Limousin. D’abord une gentiane, puis un triple sec de curaçao blanc, qu’il exporte dans le monde entier. «Tout est bio, sauvage et naturel.» Au total, il y en aura une dizaine. Mais rien ne l’empêchera de conserver cette passion quasi mystique pour les flacons centenaires. «Si Dieu existe, il aura bu de la Chartreuse», murmure-t-il. Oui, mais sans doute pas que.

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