La Bourgogne en Slovénie

Il faut atterrir à Venise et rouler un peu plus d’une heure pour apercevoir enfin les contours de la région des vins de Brda, où s’alanguissent les 140 hectares de vignes de Vini Noue Marinic. C’est en 2017 que le vicomte Charles-Louis de Noüe, associé du domaine Leflaive à Puligny-Montrachet, tombe en pamoison devant ce délicat millefeuille de schiste argilo-calcaire. À l’origine de cette dentelle géologique, une compression de la lagune de Venise consécutive à l’érection des Alpes juliennes, sols bénis où de pimpants cépages de nos contrées prospèrent déjà depuis la fin du XIXe siècle. Sauvignon, chardonnay, merlot, cabernet et autres cépages y côtoient les plus locaux malvasia d’Istrie et friulano (ex-tocai), «sur des collines orientées nord-sud, comme en Bourgogne, avec une première exposition à l’ouest lorsque le soleil se lève», souligne Charles-Louis, songeur.

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Un vin d’Outre-Bourgogne, quelque part entre Puligny et Chassagne

En une seconde, le voilà profondément épris de ce croissant doré qui s’étend jusqu’à Trieste, seule zone de Slovénie à jouir d’un climat si méditerranéen, balayée par un vent puissant, la bora, savant mélange de chaleur maritime et de fraîcheur alpine. Il s’associe sans tarder avec le maître des lieux, Alis Marinic, alors à la tête d’un agrotourisme, qui vendait à l’époque l’intégralité de sa récolte à des négociants. «Nous nous sommes rencontrés au bon moment et voulions tous deux l’excellence, celle de Puligny-Montrachet. Nous cultivons notre -vignoble de manière naturelle, sans ¬intrant chimique, et attendons deux ans avant la mise en vente de nos cuvées».

En 2018, un premier vin test se révèle être une véritable merveille, malgré une petite sortie de route en fin de parcours. Qu’à cela ne tienne, les deux partenaires se vengent aujourd’hui avec un millésime 2019 qui n’a de cesse d’enflammer les palais de la critique mondiale. Sur nos lèvres, ce chardonnay Sotto la Chiesa Bigliana, 2e cru au superbe classement de l’impératrice Marie-Thérèse d’Autriche – initié dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, au départ pour d’obscures raisons fiscales. En bouche, la longueur délicieusement coupable d’une fraîche grasse matinée d’hiver, puis des amers qui s’échouent sur une finale étonnamment saline. Peut-être parce qu’au loin, par temps clair, on aperçoit d’ici l’Adriatique.

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