La Bretagne, nouveau terroir viticole ?

Le réchauffement climatique est bien là, et après deux étés déjà chauds en 2017 et 2018, le millésime 2019 confirme la tendance pour la majorité du vignoble français. Et si cette cette montée du thermomètre inquiète chez les vignerons, elle pourrait aussi rebattre les cartes, et faire émerger de nouveaux terroirs viticoles. 

La bretagne, nouvel eldorado du vin français? 

Le climat breton pourrait en effet se montrer de plus en plus favorable à la vigne dans les prochaines années. D’après les dires d’un climatologue à Météo France, Franck Baraer, Rennes pourrait d’ailleurs connaître dans 50 à 100 ans le climat actuel de Bordeaux. Aujourd’hui, on observe plusieurs projets de vignobles qui fleurissent sur ce territoire peninsulaire, et l’Association pour la Reconnaissance des Vins de Bretagne (ARVB), ne recense pas moins de 25 projets professionnels en devenir sur la région.

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Un vin contre vents et marées, phylloxéra et législation

Mais si ce phénomène peut sembler curieux pour ceux qui imaginent la bretagne plutôt comme un vaste champ d’artichauts, il n’a pourtant rien de nouveau selon Bernard Hommerie, membre de l’association (ARVB) : «à l’époque romaine, la vallée de la Rance (qui se jette dans la Manche, ndlr) était couverte de vignes et, en 1850, le tiers de la commune de Redon (sud de l’Ille-et-Vilaine) était occupé par la vigne !» Mais à la fin du 19ème siècle, la crise du phylloxera a entraîné la disparition d’une large partie du vignoble breton. Puis une législation très stricte a interdit la vigne dans de nombreux territoires, dont trois départements bretons. Jusqu’à une directive européenne du 1er janvier 2016 : la France peut désormais accroître chaque année ses plantations de 1%, soit 8 000 hectares et ce, sauf exception, sur l’ensemble du territoire. 
Même s’il faudra patienter quelques années avant de déguster le fruit de ces nouveaux arpents bretons de vigne, l’ARVB, qui tient son assemblée générale ce week-end, va connaître une petite révolution: «une association sœur va naître. Elle regroupera les vignerons professionnels de Bretagne», annonce M. Hommerie. De plus, un lycée agricole du Morbihan propose, depuis la rentrée, la première formation viticole de Bretagne. Les choses semblent donc bel et bien évoluer vers un véritable avenir viticole dans la péninsule.

Un projet viticole d’envergure à Belle-Ile-en mer

A Belle-Ile-en mer, le premier projet de vignoble professionnel d’envergure en Bretagne vient de recevoir le feu vert de l’administration, y signant le retour de la vigne à la faveur du changement climatique et de l’évolution de la réglementation. Douze hectares de vignes devraient ainsi voir le jour sur la plus grande des îles bretonnes sous le nom des «Vignes de Kerdonis». Quatre hectares ont déjà été plantés et le reste devrait suivre par étapes sur les communes de Locmaria, où la vigne était cultivée autrefois, et de Bangor.

Bernard Malossi, le futur gérant du domaine, n’en est pas à son galop d’essai : il gère de longue date le domaine de la Vallongue, appartenant à l’homme d’affaires Christian Latouche, PDG de Fiducial. Le Domaine de Vallongue, avec ses 300 hectares de garrigues et de rochers dans les Alpilles, produit notamment du vin, sur plusieurs AOP. Porté financièrement par Christian Latouche, le projet à Belle-Ile est aussi de créer un vin haut de gamme avec un objectif de 70 000 bouteilles par an. «Belle-Ile, c’est de la rentabilité assurée. Chaque vacancier aura envie de repartir avec une bouteille, c’est la stratégie de l’objet rare. Au début, le vin en Bretagne, à Belle-Ile ou ailleurs, ça va être ça», déclare Bernard Hommerie, cheville ouvrière de l’association pour la renaissance des vins bretons (ARVB) qui inclut la Loire-Atlantique. Créée il y a une quinzaine d’années, l’association, qui «rassemblait jusqu’à présent une soixantaine de viticulteurs amateurs et hors-la-loi» en raison de la législation en vigueur jusque 2016, est un bon observatoire de l’évolution du monde du vin en Bretagne.

Mais d’autres projets viticoles plus confidentiels essaiment aussi sur le territoire breton. A Saint-Pierre-Quiberon par exemple, les propriétaires du petit hôtel de charme «Le Petit Hôtel du Grand Large» ont fait le pari de planter 1750 pieds de chenin pour faire naître leur propre vin breton et le proposer à leurs clients d’ici 2025.

Et pour les épicurieux impatients de juger la qualité d’un cru armoricain, le Breizh’Cadet, un Muscadet Sèvre et Maine sur lies propose déjà ses services, drapeau breton scandé sur l’étiquette. Et c’est signé Christophe et Maxime Chéneau, fiers Vignerons-Artisans de Bretagne.

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