La crainte d’un conflit majeur fait flamber les dépenses militaires

INFOGRAPHIE – Les budgets de défense des pays européens, comparés à ceux des États-Unis, de la Russie et de la Chine, traduisent la prise de conscience d’une augmentation des menaces.

Quel est le poids de la défense européenne ? Quelle est son importance par rapport à celle des États-Unis, de la Russie et de la Chine? Comment évolue son budget ? Depuis 2014, à la suite de l’intervention russe en Ukraine et de l’annexion de la Crimée, l’Europe a une perception plus aiguë des menaces. Une inquiétude qui se traduit par l’augmentation des budgets de Défense, comme le révèlent les données 2021 collectées par l’Institut international pour les études stratégiques (IISS), think-tank britannique fondé en 1958, qui vient de publier son rapport sur l’état des capacités des armées dans le monde. Il est déjà acquis que cette tendance à la hausse ne faiblira pas en 2022, comme le montrent les récentes décisions budgétaires prises en ce début d’année par plusieurs États, dans la foulée de l’invasion de l’Ukraine par la Russie le 24 février.

Les États-Unis restent loin devant tous les autres acteurs internationaux, avec un budget de 754 milliards de dollars en 2021, même s’il est à la baisse. Si l’on se réfère aux budgets nationaux, les dépenses militaires américaines sont équivalentes à celles des douze pays suivants. La Chine arrive en deuxième position avec plus de 200 milliards de dollars. Elle est suivie par le Royaume-Uni et l’Inde. La Russie, en cinquième position, a dépensé 62,2 milliards de dollars en 2021, un peu plus que la France, juste derrière à près de 60 milliards. Cependant, ces chiffres sont sous évalués pour certaines nations, comme la Chine et la Russie, car ils ne sont pas calculés en parité de pouvoir d’achat (PPA), c’est-à-dire en tenant compte des intrants moins chers (coût de production moins cher, salaires inférieurs, etc.). Dans ce cas, en PPA, le budget de la Russie approcherait les 180 milliards de dollars et celui de la Chine dépasserait les 330 milliards.

L’addition des dépenses de Défense de l’ensemble des 37 pays européens, incluant la Turquie, s’élève en 2021 à 350 milliards de dollars, soit deux fois moins que les États-Unis. Ce sont le Royaume-Uni et la France, les deux puissances nucléaires du Vieux continent, qui contribuent le plus à cet effort. Viennent ensuite l’Allemagne et l’Italie. Les analystes du rapport Military Balance notent que, depuis l’annexion de la Crimée par Moscou en 2014 et l’intervention militaire qui a suivi dans l’est de l’Ukraine, le paysage sécuritaire du continent a été bouleversé. Dès lors, depuis sept ans, ils constatent que les dépenses de Défense européennes n’ont cessé d’augmenter. En 2021, elles ont progressé de 4,8 % en termes réels (hors inflation), soit plus que dans toute autre région. Elles représentent 18,7 % du total mondial alors qu’elles oscillaient entre 16,5 % et 17 % par an depuis 2014.

En termes de % du PIB, c’est-à-dire par rapport à leur richesse, ce sont les Grecs qui fournissent le plus gros effort, à hauteur de 3,65 % de leur PIB, suivis par les Pays baltes et la Pologne qui rejoignent en tête de classement le Royaume-Uni et la France. Ces pays font partie des bons élèves de l’Otan, en consacrant plus de 2 % de leur PIB au secteur de la défense, objectif fixé par l’Alliance atlantique en 2006.

Concernant les effectifs, l’Europe dispose de près de 1,7 million de personnels intégrés dans les forces actives. Contre 754 000 pour les États-Unis, 900 000 pour la Russie et plus de 2 millions pour la Chine. Parmi les contingents européens les plus importants, la France arrive en tête avec 203 000 hommes et l’Allemagne avec 183 000 hommes. De son côté, la Turquie, membre de l’Otan, affiche une force armée de 355 000 hommes.

Au total et en dollars courants, les dépenses mondiales ont de nouveau augmenté, passant de 1841 milliards de dollars en 2020 à 1905 milliards en 2021, soit + 3,4 %. Mais cette hausse a finalement été impactée par une forte inflation (coût de l’énergie…) puisqu’en terme réel, les dépenses se sont contractées de 1,8 %, notamment en Amérique latine, en Afrique subsaharienne, au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, ainsi qu’en Russie.

Pour 2022 et les années à venir, guerre en Ukraine oblige, la hausse des budgets se confirme chez les anciens membres du Pacte de Varsovie. La Pologne devrait présenter un amendement pour porter ses dépenses à 3 % du PIB en 2023 contre 2 % actuellement. La République tchèque, la Slovaquie, la Hongrie, la Roumanie et la Bulgarie ont aussi déclaré revoir leurs budgets à la hausse pour atteindre (ou dépasser dans le cas de la Roumanie) les 2 %.

Les pays Baltes qui se sentent en première ligne, menacés par la Russie, ont reçu la visite du chef d’état-major américain pour les rassurer. Ces trois pays consacrent déjà plus de 2 % de leur richesse nationale à la défense. Malgré tout, la Lettonie a décidé de faire passer cette part à 2,5 % dès l’année prochaine.

En Allemagne, l’offensive de Moscou a contraint le pays à changer de cap. Non seulement en mettant d’un coup 100 milliards d’euros sur la table, mais également en annonçant, par la voix du chancelier Olaf Scholz le 27 février 2022, que le pays allait «à partir de maintenant, d’année en année, investir plus de 2 % de notre produit intérieur brut dans notre défense contre 1,3 % actuellement». Il s’agit d’un revirement de taille pour l’Allemagne qui, ces dernières années, traînait des pieds pour se conformer aux engagements de l’Alliance atlantique dans ce domaine, s’attirant régulièrement les foudres des États-Unis. Mais l’intervention de la Russie en Ukraine a pris le pays totalement par surprise, obligeant le successeur d’Angela Merkel à rebattre les cartes.

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