La torpille d‘Emmanuel Macron ébranle l’Australie

Traité de menteur par le président français, le premier ministre de Canberra veut sauver la face.

Sydney

La réponse cinglante d’Emmanuel Macron – «je ne le pense pas, je le sais» – à un journaliste australien, qui lui demandait en marge du G20 à Rome s’il pensait que le premier ministre australien, Scott Morrison, lui avait menti sur son souhait de dénoncer le «contrat du siècle» de sous-marins signé en 2016 avec Naval Group, n’en finit pas de faire couler de l’encre sur l’île-continent. Il est vrai que le même jour, quelques heures plus tôt, «Scomo» avait déjà été lâché par Joe Biden, le président américain qualifiant la rupture de ce contrat de «maladroite» et «manquant de grâce».

Il en faudrait plus à Scott Morrison pour faire amende honorable. Lors de l’émergence de l’affaire des sous-marins, en septembre, il a réaffirmé qu’il n’avait pas à s’excuser, car il avait agi dans l’intérêt national, puis a appelé le gouvernement français à «franchement passer à autre chose». Mais les accusations de mensonge ont visiblement fait mal, puisque dès le lendemain, plusieurs médias australiens publiaient en exclusivité des SMS échangés entre les deux chefs d’État, deux jours avant l’annonce du partenariat trilatéral anglo-saxon Aukus, censés prouver qu’Emmanuel Macron savait qu’il y avait de l’eau dans le gaz…

«Dois-je attendre de bonnes ou de mauvaises nouvelles à propos de nos ambitions communes en matière de sous-marins?» s’interroge Emmanuel Macron dans un message adressé à Scott Morrison. Le premier ministre australien a fini par confirmer mercredi, sur la route du retour vers l’Australie, qu’il était à l’origine de cette fuite, la jugeant «nécessaire». Celle-ci avait été vertement critiquée plus tôt dans la journée par un proche du président français dans Le Parisien, pour qui la «confiance (avec le gouvernement australien, NDLR) est totalement rompue». Cette fuite a aussi été critiquée par certains officiels australiens, d’après le Sydney Morning Herald.

Dois-je attendre de bonnes ou de mauvaises nouvelles à propos de nos ambitions communes en matière de sous-marins ?

Emmanuel Macron dans un SMS envoyéà Scott Morrison, le 13 septembre

Pour sa première prise de parole publique depuis son retour à Canberra, l’ambassadeur de France en Australie, Jean-Pierre Thébault, n’y est pas non plus allé de main morte mercredi devant le National Press Club: «Nous venons de chuter encore plus bas en termes de vie privée mais aussi en termes de vérité et de confiance ; on ne se comporte pas comme ça avec des échanges personnels entre leaders alliés. Cela envoie un très mauvais signal à tous les autres États: attention, en Australie il y aura des fuites, et ce que vous dites sur le ton de la confidence à vos partenaires sera éventuellement utilisé contre vous.» L’ambassadeur a laissé entendre que la suspension des négociations d’un traité de libre-échange entre l’Union européenne et l’Australie était liée au «coup dans le dos» reçu par les Français, indiquant qu’il avait eu «une forte résonance» auprès des Vingt-Sept. Mais ne souhaitant pas insulter l’avenir, il a ajouté que «nous pouvons reconstruire quelque chose de substantiel. Mais nous partons de très très loin, malheureusement. Désormais il nous faudra plus que des belles paroles, ou des promesses d’amour. Des preuves d’amour c’est beaucoup mieux».

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