La vie après la chancellerie: le dilemme d’Angela Merkel

À 67 ans, celle qui va quitter le pouvoir après l’avoir exercé pendant 5860 jours semble hésiter sur son avenir.

Une dernière réunion de son cabinet, une ultime séance au Bundestag, et Angela Merkel quittera le pouvoir, mercredi 8 décembre, après 5860 jours passés à l’exercer. La chancelière transmettra officiellement le témoin à Olaf Scholz et une longue page de l’histoire politique allemande se tournera, même si le record de longévité appartiendra encore, avec neuf jours de plus, à son mentor, feu Helmut Kohl. Les compliments vont pleuvoir. Son successeur social-démocrate a déjà salué une «chancelière qui a réussi» et est «restée fidèle» à elle-même.

Sa cote de popularité pourrait susciter des envieux, outre-Rhin. 80 % des Allemands jugent que Mutti a effectué un bon travail à la tête du pays, selon l’institut national Destatis, contre seulement 17 % partageant un avis contraire. Nul doute que l’intéressée accueillera les louanges avec sa retenue habituelle, sans pathos, concentrée jusqu’à la fin sur sa tâche, en l’occurrence la gestion de la crise sanitaire qui a entraîné, à ce jour, plus de 103.000 décès.

«Une pause» pour réfléchir

Madame la chancelière – son titre reste inchangé – n’a donné aucune indication précise sur ses projets ultérieurs. Elle qui a toujours gardé secrète sa vie privée a simplement l’intention de se ménager «une pause» pour réfléchir. Lors d’une rencontre récente avec Mario Draghi, Angela Merkel avait émis son vœu, une fois partie de la chancellerie, de «vivre (son) amour pour l’Italie d’une tout autre manière». Il se trouve que depuis juin 2021, son mari, Joachim Sauer, spécialiste de physique quantique âgé de 72 ans, a été nommé membre étranger de l’université de Turin. De quoi relancer les spéculations.

La future ex-chef de gouvernement possède par ailleurs une maison dans le Brandebourg, la région voisine de Berlin (ex-RDA), où son père, pasteur, s’était installé après-guerre. Elle-même est née à Hambourg, en RFA, où elle n’entend pas retourner. Une fois à la maison, «j’essaierai peut-être de lire, puis mes yeux se fermeront parce que je serai fatiguée, je dormirai un peu et on verra bien où j’émergerai», a-t-elle déclaré à la Deutsche Welle d’un ton énigmatique.

Angela Merkel aime aussi préparer des tartes aux prunes et des soupes de pomme de terre, mais la cuisine ne devrait pas suffire à remplir ses journées. «Elle ne va pas disparaître si facilement et rester dans sa datcha à ne rien faire. Elle s’engagera d’une manière ou d’une autre», prédit sa photographe Herlinde Koelbl. Mais certainement pas comme son prédécesseur Gerhard Schröder, qui s’est fait embaucher par la compagnie russe Gazprom.

Ses seules fonctions passées de chancelière lui offrent durant trois mois un revenu mensuel de 25.000 euros, divisible de moitié au cours des vingt et mois suivants. Elle gardera jusqu’à sa mort une voiture de fonction et un bureau au Bundestag. Elle a souhaité à ses côtés la présence de neuf collaborateurs, un chef de bureau et son adjoint, deux conseillères, trois chargées mission et deux chauffeurs. «Ce qui nous manque, a-t-elle également dit, on ne le remarque que lorsqu’on ne le possède plus.»

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