l’appel de Volodymyr Zelensky à la France

À la veille du Conseil européen, le président ukrainien s’est adressé au Parlement français pour que Paris se mobilise davantage pour Kiev.

À chacune de ses interventions vidéo devant les parlements nationaux, dont il fait la tournée pour tenter d’arracher un soutien supplémentaire à l’Ukraine, Volodymyr Zelensky appuie là où ça fait mal. Devant la Knesset, il a sommé Israël, enfermé dans une neutralité frileuse, de choisir «entre le bien et le mal».

Lui, le juif, a rappelé aux Israéliens qui refusent d’appliquer les sanctions contre la Russie que l’Ukraine fait face aujourd’hui à la même menace d’effacement que l’État juif après sa naissance. Devant les Britanniques, il a invoqué Churchill, mais aussi Hamlet: «La question, pour l’Ukraine, est d’être ou ne pas être.» Au Congrès américain, il a rappelé l’attaque surprise des Japonais contre la base navale de Pearl Harbor en 1941 mais aussi les attentats du 11 septembre 2001. Au Bundestag, il a demandé aux Allemands d’«abattre» le nouveau «Mur» érigé en Europe comme ils avaient fait tomber celui de Berlin. Il a aussi reproché à leur gouvernement de ne pas vouloir rompre les liens économiques qui le lient à la Russie.

Dans son discours aux parlementaires français, Volodymyr Zelensky a rappelé les valeurs de la République: liberté, égalité, fraternité. Ovationné avant et après son discours, il a comparé les ruines de la ville martyre de Marioupol à celles de Verdun. Mais il a aussi demandé aux entreprises françaises implantées en Russie, notamment Renault, Auchan et Leroy Merlin, de cesser de soutenir «la machine de guerre» et de quitter le pays. «Les valeurs valent plus que les bénéfices», a-t-il affirmé.

Un plaidoyer pour la défense de la «liberté»

Dans son fauteuil marron sur fond blanc, à côté du drapeau ukrainien, barbe d’une semaine et tee-shirt de guerre kaki, déterminé et sévère, le jeune président ukrainien transformé en chef de guerre a rappelé aux élus français que l’Ukraine défendait les valeurs qui avaient fondé l’Europe. Chacune de ses adresses aux parlements occidentaux est un plaidoyer pour la défense de la «liberté» et des valeurs démocratiques, où l’émotion est toujours présente. L’intervention française n’y a pas échappé.

C’est en partie à sa demande qu’Emmanuel Macron continue à parler régulièrement au téléphone avec Vladimir Poutine. Mais les Ukrainiens aimeraient que le président français réussisse à convaincre les Européens d’aider davantage Kiev

Un diplomate est-européen.

Alors que Volodymyr Zelensky redoute de voir une «apathie» s’installer progressivement en Europe, il a aussi demandé davantage d’aide militaire pour l’Ukraine. À la veille d’un sommet extraordinaire de l’Otan, il n’a pas réitéré ses demandes d’une zone d’exclusion aérienne qui interdirait aux avions russes de voler au-dessus de l’Ukraine mais qui a été refusé par les Occidentaux qui ne veulent pas prendre le risque d’entrer en guerre.

Mais il a exhorté les Français à faire davantage. «Comment arrêter cette guerre? La plupart des réponses sont dans vos mains», a-t-il dit. Il a aussi demandé à la France d’aider à la restauration de l’intégrité territoriale de l’Ukraine. «Nous avons besoin de davantage d’aide et de soutien. Pour que la liberté ne se perde pas.»

Dans son tour d’Occident des parlements, l’étape française était importante pour Volodymyr Zelensky, surtout à la veille d’un Conseil européen. Comme tous les responsables ukrainiens, le président a sans doute été un peu déçu des résultats modestes sortis du sommet de Versailles la semaine dernière.

Il se souvient probablement que Paris a été l’une des deux capitales, avec Berlin, à poser son véto à l’ouverture d’une procédure d’intégration à l’Otan de l’Ukraine et de la Géorgie au sommet de Budapest en 2008. Mais il a salué les efforts diplomatiques de Paris et le rôle de «leadership» de la France, qui préside pour six mois le Conseil européen. «C’est en partie à sa demande qu’Emmanuel Macron continue à parler régulièrement au téléphone avec Vladimir Poutine, alors que les États-Unis préfèrent pour l’instant rester dans l’ombre, fidèles au “leading from behind” de Barack Obama. Mais les Ukrainiens aimeraient que le président français réussisse à convaincre les Européens d’aider davantage Kiev», résume un diplomate est-européen. Il a renouvelé l’appel à l’aide au gouvernement français, à la France et à Emmanuel Macron, qui l’avait reçu quand il était candidat. «Nous attendons de la France votre leadership, votre force pour mettre fin à cette guerre», a-t-il dit. Sera-t-il entendu?

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