l’armée accusée des pires exactions depuis 2012, selon Human Rights Watch

L’ONG alerte sur une nouvelle vague d’exécutions de civils dans le centre du pays, perpétrées notamment par des soldats maliens, avec un fort soupçon sur une complicité des mercenaires russes de Wagner.

«Mon cœur battait la chamade. Je n’ai pas pu supporter de rester très longtemps». Le 2 mars dernier, un témoin raconte avoir découvert, dans la région de Ségou, au centre du Mali, 35 corps calcinés, bâillonnés et mains liées. Dans ce hameau de Danguèrè Wotoro, les groupes djihadistes ne sont pas en cause, selon Human Right Watch, mais bien les soldats maliens. L’ONG a recueilli de nombreux témoignages directs, et alerte, dans un rapport publié le 15 mars, d’une «hausse dramatique» d’exécutions de civils dans ce pays du Sahel en proie aux groupes armés terroristes.

Il s’agit là de «l’allégation la plus grave impliquant des membres de l’armée gouvernementale depuis 2012», alerte le rapport. Entre décembre 2021 et début mars 2022, l’ONG recense 107 civils exécutés sommairement. Parmi ces exécutions, 36 impliqueraient des membres de groupes islamistes armés, 71 des membres des forces gouvernementales, selon les sources de l’ONG, parmi lesquelles des chefs communautaires, du personnel médical ou encore des diplomates étrangers.

Les civils, des «commerçants, des chefs de villages, des responsables religieux et des enfants», auraient été soupçonnées par les forces armées maliennes de complicité avec les djihadistes. Également au centre du pays, à Tonou, dans la région de Mopti, 14 civils de l’ethnie dogon auraient été exécutés sommairement par des militaires, apparemment en représailles de la mort par engin explosif improvisé (EEI) de deux militaires non loin de là.

Wagner en ligne de mire

L’armée malienne n’est pas la seule à être pointée du doigt par le rapport. Parmi les témoignages recueillis par HRW, plusieurs évoquent sur les lieux des exactions la présence «d’hommes blancs» qui, rapportent-ils, s’exprimaient dans une langue autre que le français.

«J’étais détenu au camp militaire de Diabaly, de nombreux autres prisonniers sont arrivés. Moi et un grand nombre d’autres hommes avons été terriblement tabassés par des militaires maliens et quelques soldats blancs qui parlaient une langue que je n’avais jamais entendue… Beaucoup d’entre nous avons été torturés», rapporte un commerçant arrêté mi-février dans la région de Ségou.

Mi-janvier à Feto et Wouro Gnaga, également au centre du Mali, cinq civils, dont deux personnes âgées, auraient été tués avec la participation de ces mystérieux soldats. «Jusqu’à dix soldats “blancs“ d’une nationalité incertaine, qui se déplaçaient à moto, (auraient) pris part à l’opération et se trouvaient dans les environs du lieu où les meurtres avaient été perpétrés» par l’armée malienne, explique le rapport de l’ONG, sans jamais toutefois citer explicitement le groupe de sécurité privé Wagner – ces mercenaires russes, dont la présence pointée par les renseignements occidentaux a précipité le départ de la France et de ses partenaires au Mali est encore niée par les autorités bamakoises.

Selon le média Africa Intelligence, Washington aurait prévu d’envoyer une mission à Bamako fin mars, menée par la responsable des organisations multilatérales au Département d’État, Michele J. Sison, pour s’entretenir avec des responsables à Bamako au sujet de la milice russe.

Des «fake news», selon le gouvernement de transition

Le 4 mars, Human Rights Watch a adressé un courrier au gouvernement malien faisant part des conclusions alarmantes de ce rapport. L’ONG a enjoint le gouvernement de transition à mettre en place, rapidement, «des enquêtes crédibles et impartiales», ainsi qu’à faciliter celles de la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH) et la mission de maintien de la paix des Nations Unies au Mali. En réponse, le ministère malien de la Défense, après avoir qualifié dans un premier temps les accusations envers ses soldats de «fake news», dont «l’objectif est de discréditer les FAMA», a annoncé malgré tout l’ouverture d’une enquête par l’État-major des Armées.

Le rapport entache significativement les nombreux résultats mis en avant par l’armée malienne depuis le départ annoncé de Barkhane. Mais depuis l’arrivée de la junte militaire au pouvoir, HRW avait déjà épinglé les services d’État pour des exactions. En décembre 2021, un rapport sourcé faisait état de tortures de la part des services de sécurité maliens ont torturé six hommes accusés d’avoir préparé un coup d’État contre le pouvoir dominé par les militaires, en leur infligeant des chocs électriques et des simulations de noyade. Les auteurs étaient proches, voire faisaient partie du groupe d’officiers qui ont renversé le président civil Ibrahim Boubacar Keïta le 18 août 2020.

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