Le jour où Cartier a rencontré l’art oriental

EXPOSITION – Louis Cartier, passionné par les objets d’art venus d’Orient, a fait naître au sein de sa maison de prestige un style joaillier visionnaire aux confins de l’abstraction. Le Musée des Arts Décoratifs retrace l’influence des arts de l’Islam sur ses créations.

En haut des marches qui mènent à l’exposition, une première vitrine met en confrontation deux objets. D’abord un coffret d’Iran daté du XIXe siècle, fabriqué en bois et marqueterie, incrusté d’ivoire et de métal. Puis sa déclinaison, réalisée en 1924. Celle de l’ère Louis Cartier.

Un précieux nécessaire en or, platine et nacre, serti d’émeraudes, de diamants, de perles et d’émaux. «On voulait que le visiteur visualise tout de suite le sujet», explique Évelyne Possémé, commissaire de l’exposition issue du département des bijoux anciens et modernes du Musée des Arts Décoratifs. Avec sa partenaire Judith Henon-Raynaud, elle-même conservatrice en chef du patrimoine des arts de l’Islam au Musée du Louvre, elle souhaitait «retracer le processus créatif de la Maison Cartier».

Langage géométrique

Tisser le lien entre l’inspiration orientale et la création d’Occident. Durant trois ans, les deux femmes ont décortiqué, analysé, passé à la loupe les archives de la collection Cartier afin de définir les contours de ses influences. «Nous nous sommes plongées dans les productions, grâce à une sélection de bijoux que nous avons minutieusement mise en parallèle avec les archives de la Maison, notamment le fond du dessinateur Jacqueau et les livres de la bibliothèque Cartier», renchérit Judith Henon-Raynaud. «Il était intéressant de voir l’investissement de Louis Cartier dans les créations. Souvent, ses sources, mises à disposition de son équipe, étaient accompagnées de notes. Il soulignait un motif au crayon rouge lorsqu’il voulait que ses dessinateurs s’en imprègnent.»

Cette fascination, Louis Cartier l’a trouvée dans le contexte du début du XXe siècle, alors que l’Europe pose un nouveau regard sur les arts de l’Islam. Plus savant, éloigné des clichés de l’orientalisme un siècle plus tôt par les peintres et les écrivains. On montre cette fois la complexité de ce langage géométrique et de l’association des couleurs, qui puise aux confins de l’abstraction.

On flatte sa modernité et redécouvre la richesse de ses territoires, étendus du Maghreb jusqu’en Inde. Avec le commerce international, la Ville Lumière se fait le haut lieu de ce nouveau marché et acquiert des œuvres qu’elle expose dans ses plus grandes institutions. À ce titre, l’exposition cite deux grands événements ayant fait chavirer le cœur de Louis Cartier: au Musée des Arts Décoratifs en 1903, puis à Munich en 1910. Le début d’une véritable passion.

Au Musée des Arts Décoratifs. www.madparis.fr

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