le monde de la nuit touché par une pénurie d’alcool

Les grandes marques de spiritueux et champagnes touchées

Des réserves de champagne qui s’épuisent et des livraisons de gin et de whisky qui tardent à venir : en Espagne, les problèmes d’approvisionnement inquiètent les cafés et discothèques, confrontés à des pénuries de marques prisées des noctambules. Après des mois d’atonie liés aux restrictions anti-Covid, l’activité est repartie en flèche depuis l’été dans les bars espagnols, où se concentre une part importante de la vie sociale du pays et de sa consommation de boissons alcoolisées.

Conséquence directe : les transporteurs et fournisseurs peinent à recréer les stocks face à cette forte demande. «Depuis 25 à 30 jours, c’est compliqué de se faire livrer… Certaines marques de gin, de tequila et de whisky sont devenues introuvables», constate Raul Garcia, responsable du Cafe Comercial. Comme nombre d’établissements, ce bar emblématique du centre de Madrid se heurte à des ruptures de stock touchant des marques internationales parmi les plus connues comme la vodka Absolut ou la tequila Patron, mais aussi les champagnes Ruinart, Moët&Chandon et même Dom Pérignon, jusqu’alors jamais touchés par un tel problème.

Une pénurie qui en entraine une autre

A l’origine de cette pénurie, une autre qui concerne des matières premières nécessaires au conditionnement des vins et spiritueux, comme le verre, l’aluminium et le carton. Sont également en cause le manque de bateaux et de camions qui transporte les marchandises. «Ce n’est pas un problème de disponibilité des produits, c’est un problème d’acheminement», insiste le porte-parole du groupe Pernod Ricard, numéro 2 mondial des spiritueux, qui constate des «tensions» sur le marché espagnol.

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Vers une pénurie généralisée?

Pourquoi cette situation? Pour la fédération de producteurs d’alcool Espirituosos España, ces difficultés ne sont pas dues «à une augmentation exponentielle de la consommation» en Espagne mais directement liées à «la conséquence de la crise mondiale des transports», attisée par la demande venue de Chine et des États-Unis. Ces marchés drainent une partie importante de la demande d’alcool et creuse la pénurie dans les autres pays demandeurs, ainsi l’ensemble du commerce international est impacté. L’Espagne ne semble pas être la seule concernée par ce problème et on craint que cela touche d’autres pays. Le Royaume-Uni rencontre lui aussi des complications liées au Brexit, où les rayons de certains magasins se retrouvent vides. Mais en Espagne, les tensions sont renforcées par les habitudes de consommation. Le marché espganol est très dépendant des cafés-restaurants, qui représentent près de la moitié des ventes, contre un cinquième dans des pays comme la France. Avec la reprise post-covid, «il faut que toute la chaîne se remette en route», explique Pernod-Ricard.

Une remise en route longue à la détente

«Avec le va-et-vient des restrictions sanitaires, les bars sont longtemps restés prudents en liquidant leurs stocks. On part donc de loin», souligne de son côté Daniel Mettyear, directeur de la recherche du cabinet d’analyse du marché des vins et spiritueux IWSR, qui évoque lui aussi un effet «entonnoir». L’Espagne est le pays au monde avec le plus grand nombre de bars et restaurants par habitant. Or le système d’approvisionnement de ces établissements est fragmenté et comprend beaucoup d’acteurs, ce qui peut «ajouter aux difficultés», avance cet expert. Combien de temps prendra cette remise en route? Du côté de Espirituosos España, on évoque une «situation conjoncturelle», qui ne devrait pas «durer trop longtemps».

Vers un réveillon sans champagne? 

Mais à l’approche des fêtes de fin d’année, certains ne cachent pas leur inquiétude. Pour certains champagnes, «on nous dit que ça va prendre six mois minimum. Ca va être long», souffle Roberto Ucelay, de Los Olivos Beach Resort.
«Tant que le marché ne sera pas fluidifié, le problème perdurera», prévient de son côté Vicente Pizcueta, porte-parole de «Noche de España», organisation patronale du secteur des discothèques, qui souhaite néanmoins tempérer les inquiétudes. «Nous avons un problème de marques, pas de types d’alcool. L’Espagne est un fabricant de spiritueux important et dispose de marques qui restent disponibles, dans toutes les catégories. Du coup, il y a des alternatives», souligne-t-il.

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