le monde sous le choc après le bombardement du théâtre de Marioupol

Le bâtiment, au centre de ce port assiégé, a été touché par une frappe aérienne alors qu’il servait de refuge à des centaines de civils. Le bilan n’a pas été établi clairement.

Le parallèle a été soigneusement choisi. Jeudi, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a comparé le sort de Marioupol, assiégé depuis dix-sept jours, à celui de Leningrad. Il n’ignore pas que le martyre de l’ancienne capitale tsariste, pilonnée par les Allemands de septembre 1941 à janvier 1944, est, en Russie, le symbole de la barbarie nazie et des souffrances du peuple.

La frappe qui a éventré, mercredi, le théâtre du port ukrainien a ravivé ces souvenirs. Dans les sous-sols de ce gros bâtiment néoclassique, quelque 500 à 1000 personnes avaient trouvé refuge, selon les autorités locales. Presque la moitié du théâtre semble s’être effondrée sur le coup d’une frappe aérienne. Jeudi, les sauveteurs s’échinaient à dégager les accès aux sous-sols bloqués par les débris. Un député local, Serguiï Tarouta, a indiqué sur Facebook que les abris auraient cependant résisté et des survivants auraient été secourus. «Les abris ont tenu. Mais on ignore encore s’il y a des morts», a expliqué un adjoint au maire, Petro Andrushchenko, tandis que parquet général d’Ukraine affirmait que «des informations» faisaient état de «blessés dont des enfants». Des comptes de la messagerie Telegram évoquent 130 personnes qui ont pu fuir les ruines. Sur Facebook, Sherity Taruta, une ancienne responsable de la région de Donetsk, se voulait, elle aussi, prudemment optimiste: «Après une nuit d’angoisse, nous avons de bonnes nouvelles. Des gens commencent à sortir». Lesia Vasylenko, une députée, a de son côté assuré qu’il y avait des blessés mais pas de morts. Aucun bilan précis officiel de ce drame n’avait pu encore être établi jeudi, d’autant que les bombardements permanents qui touchent la ville ralentissent les secours.

Kate, 38 ans, est restée dans les sous-sols du théâtre pendant dix jours. «Au début, c’était très dur car nous n’avions rien à manger», a-t-elle expliqué à la BBC. Enfermée avec son fils, dormant sur les sièges de la salle étalés au sol, elle a guetté le moyen de fuir. «Nous savions qu’il allait se passer quelque chose», dit-elle. Elle a pu finalement s’extraire juste à temps, mardi, en voiture avec un convoi d’évacuation.

Le maire de Marioupol, Vadim Boïtchenko, a qualifié le bombardement «d’effroyable tragédie» quand le gouvernement américain évoquait un possible «crime de guerre». Le président ukrainien a accusé l’aviation russe d’avoir «sciemment bombardé» le théâtre de Marioupol. «Le monde doit finalement admettre que la Russie est devenue un État terroriste», a-t-il ajouté. Une photo du théâtre prise lundi et publiée mercredi par la société d’imagerie satellitaire américaine Maxar, montre en effet, bien visible depuis le ciel, le mot «enfants» écrit au sol en immenses lettres blanches, devant et derrière le théâtre.

Le sort Marioupol avait déjà ému le monde quand le 9 mars, l’hôpital pédiatrique de la ville avait été bombardé, causant la mort de trois personnes, dont un enfant

La Russie a affirmé ne pas avoir bombardé la ville, et assuré, comme toujours depuis le début du conflit, que l’immeuble avait été détruit par le bataillon nationaliste ukrainien Azov. L’ONG Human Rights Watch (HRW) a indiqué de son côté manquer d’informations, sans toutefois pouvoir «exclure la possibilité d’une cible militaire ukrainienne dans la zone du théâtre».

Le sort Marioupol avait déjà ému le monde quand le 9 mars, l’hôpital pédiatrique de la ville avait été bombardé, causant la mort de trois personnes, dont un enfant. Ce port stratégique sur la mer d’Azov, est assiégé depuis plus de douze jours par les forces russes bloquées par la résistance féroce des soldats ukrainiens. La rapidité de l’offensive de Moscou, qui a pris en tenaille la ville depuis le nord et l’ouest et la Crimée annexée de force en 2014, a piégé de centaines de milliers d’habitants. La situation des civils y est chaque jour un peu plus «dramatique» selon Médecins sans frontières.

La ville est privée d’eau, d’électricité, de gaz et de chauffage depuis des jours. Les rares témoignages qui filtrent, le réseau de téléphone et internet étant largement hors service, décrivent des conditions affreuses. Sur Telegram, des habitants racontent être contraints de boire l’eau des radiateurs ou de faire fondre de la neige sur des braseros. Les vivres sont rares, provoquant des rixes violentes entre affamés. Circuler hors des abris où la population se terre se révèle particulièrement dangereux, l’artillerie et l’aviation russe bombardant presque sans arrêt. Selon le maire, plus de 2100 personnes ont déjà trouvé la mort. Un chiffre invérifiable de manière indépendante, mais des vidéos montrent largement des corps gisant dans des rues dévastées.

À VOIR AUSSI – Guerre en Ukraine: des images satellites montrent le théâtre de Marioupol avant le bombardement

Succession de barrages

Les tentatives pour faire parvenir une aide humanitaire à Marioupol ont pour l’instant toutes échoué. L’évacuation des civils est également ralentie depuis des jours. Lundi et mardi, des convois de quelque 4000 voitures ont cependant pu rejoindre des zones un peu plus sûres. Quelque 30.000 personnes ont été évacuées en une semaine. Mais le trajet de près de 300 kilomètres au cœur de la guerre n’est pas sans danger. Sur Facebook, Yulia, 17 ans, qui a pris la route lundi après que son quartier a été bombardé, raconte sa «peur», la succession de barrages où les soldats «fouillent les téléphones» et «vous traite d’extrémiste». Elle est finalement arrivée saine et sauve avec les siens.

Marioupol n’est qu’un exemple des souffrances de l’Ukraine. Jeudi matin, un obus a ravagé une école et un centre culturel à Merefa, une banlieue de Kharkiv. Ce bilan-là est connu. Il s’élève à 21 morts et 25 blessés.

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