«Le prix des single malt est dicté par la demande»

LE FIGARO : Pourquoi avoir racheté Glenturret, l’une des plus anciennes distilleries écossaises, il y a deux ans maintenant ?  

Silvio DENZ : Ce n’est pas tous les jours qu’une distillerie de taille humaine se retrouve sur le marché. 80 autres candidats étaient sur les rangs, avec des offres souvent supérieures à la nôtre. Mais Edrington, son propriétaire d’alors (Macallan, Highland Park, Cutty Sark, NDLR), a finalement retenu notre proposition.

Pour quelles raisons, selon vous ?  

Lalique fournit des carafes d’exception à Macallan depuis 20 ans, un partenariat vertueux pour les deux partenaires. Edrington souhaite également développer le spiritourisme en Ecosse ; sur ce point, ses dirigeants ont apprécié le travail accompli dans le sauternais où les visiteurs affluent de nouveau depuis l’ouverture du Lalique Restaurant, désormais étoilé, à Lafaurie-Peyraguey. Voilà pourquoi, nous avons créé dans les murs de la distillerie une table gastronomique dirigée par Mark Donald, ex-une étoile au Balmoral d’Edimbourg. 

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Le spiritourisme, un vecteur de recettes important ?  

Glenturret accueillait déjà 70 000 visiteurs avant le rachat. Ces revenus couvrent intégralement le salaire de nos salariés. Ce n’est pas une manne à négliger, nous comptons bien la développer ! 

Quel prix avez-vous mis sur la table pour cette acquisition ? 

Trente millions ce qui est très raisonnable, surtout avec un stock d’un million de litres de whisky…

Ces stocks contiennent-ils des eaux-de-vie âgées ?

Oui, ils vont nous permettre de sortir 750 bouteilles de 30 ans chaque année pendant deux décennies. Sans compter les stocks qui se reconstituent naturellement. Nous prévoyons aussi d’embouteiller un 40 ans dans 7 ans…

Quelles sont vos ambitions, allez-vous augmenter la production ?

Nous voulons rester dans un marché de niche. Notre gamme compte désormais six expressions avec des comptes d’âge de 8 ans pour le Triple Wood à 30 ans. Nous allons néanmoins passer de 200 000 à 500 000 litres, en rallongeant simplement les périodes de distillation. Aller au-delà de cette quantité irait à l’encontre de la qualité. Notre ambition n’est pas de devenir une industrie mais de garder un côté «fait main».

Comment voyez-vous le monde du whisky actuellement ? 

Les single malt ont connu ces derniers 14 ans, une croissance annuelle de 12 %, c’est inédit dans l’univers des spiritueux. En revanche, cette famille souffre du manque de comptes d’âge importants. Nous l’avons constaté l’an dernier avec notre 30 ans vendu 9 800 £, une série limitée qui ne nous a pas permis de répondre à la demande des marchés nord-américains, asiatiques et russes. Un facteur de frustration et de spéculation, les amateurs déboursent aujourd’hui le double sur le marché parallèle, surtout depuis que Bob Dalgarno (chez Macallan pendant 30 ans et récemment élu meilleur master-blender du monde, NDLR) signe nos assemblages. Le prix est désormais dicté par la demande.

Quelle est la différence entre gérer une propriété viticole et une distillerie ? 

Prenez le millésime 2021 à Sauternes, entre le gel et le mildiou, nous avons pratiquement perdu 70 % de notre récolte. En Ecosse, même si une catastrophe touchait nos fournisseurs voisins, nous pourrions toujours acheter de l’orge ailleurs en Angleterre. Ces approvisionnements sécurisés font toute la différence !  

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