Lelandais a-t-il prémédité le meurtre ?

L’après-midi du 7 février était dédié aux parents, à sœur de Maëlys ainsi qu’aux proches de la famille.

La salle d’audience est en larmes, bouleversée par les mots de Collen, 16 ans, sœur ainée de Maëlys, «ma guerrière, mon exemple, ma moitié, ma confidente ». À Lelandais, elle parle fermement mais sans haine, avec cet infime espoir qu’il dira ce qui s’est passé dans cette voiture et après. Elle évoque le jour de ses aveux : « Vous l’avez déposé dans la forêt comme un déchet, posé sur son corps une pierre de 13 kilos, la moitié de son poids. Vous nous avez tout enlevé, vous nous avez anéanti. C’est vous, le déchet ». Plantée maintenant devant lui, le regard fixe, elle l’assaille de questions, lui demande de dire les derniers mots de sa sœur. Silence. « Où est votre courage ? Vous n’avez pensé qu’à vous, votre place est dans le box. » Lelandais ne cille pas. « Vous avez violé ma sœur ? » – Non, j’ai pas violé votre sœur. « Ayez le courage et la dignité de parler comme je le fais en ce moment ». Silence. Elle ne lâche pas : « On ne sera pas dans le jugement, on veut la vérité, ayez un moment d’empathie. Vos mensonges, y’en a marre ». – Je répondrais plus tard, ose encore Lelandais, évoquant la journée de vendredi prochain, consacré à son interrogatoire sur les faits. Collen enchaine : « Vous nous dites ça depuis le début. Ça suffit. On a besoin de savoir maintenant. Vous avez tué toute ma vie. Aidez-nous, maintenant. » Face à lui, Collen croise les bras, signe qu’elle a tout le temps d’attendre. Lelandais murmure : « La vérité, j’ai essayé de l’expliquer à plusieurs reprises, personne ne me croit. » – Vous avez changé de version…Elle le regarde toujours, le silence s’installe que la présidente interrompt au bout d’une petite minute.

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Jennifer est convaincue que Lelandais a prémédité son acte

Avant Collen, Jennifer, maman de Maëlys, dira d’abord sa culpabilité de ne pas avoir davantage « surveillé sa fille ». De ne pas avoir « écouté son instinct ». De ne pas l’avoir « protégée des méchants », comme elle lui en avait fait la promesse. Ce « type avec ses chiens » qu’elle croisa à la table des mariés, ne regarde pas la photo de Maëlys que Jennifer a tenu à avoir devant elle pendant son témoignage. « Baisse les yeux, tu n’as que ça à faire », lui lance-t-elle. C’est pour sa fille qu’elle lui parle. « Une goutte de sang de ma vie était dans votre voiture. Heureusement que ma fille, mon héroïne, vous a mis en prison pour vous empêcher de continuer ». Car Jennifer est convaincue que Lelandais a prémédité son acte. « Comment réagissez-vous lorsqu’il dit l’avoir tué involontairement ? lui demande l’avocat général Jacques Dallest. « C’est un mensonge. C’était calculé. Il a tout fait pour se faire inviter au mariage. Il avait une arrière-pensée. Cela aurait pu être une autre petite fille ».

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En famille, dans la bonne humeur, ils se sont préparés à la noce. Mère et filles se sont coiffées, maquillées, habillées de neuf. Lorsque Maëlys disparait, sa mère cherche aussitôt « l’homme au tee-shirt bleu ». Elle le retrouve dehors alors que tout le monde s’affaire à chercher la petite fille de huit ans et demi. Jennifer demande à Lelandais s’il l’a vue. « Il m’a dit que non, sur un ton blasé, comme s’il n’était pas intéressé ou même touché par ma question ». Les six mois qui suivent sont un enfer, à se demander si Maëlys est vivante. Jusqu’à ce 8 février où ses parents sont convoqués chez la juge « pour quelque chose d’important ». Les gendarmes ont pu relever le sang dans l’Audi. « Je me suis dit « ça y est, je ne la reverrais plus jamais », poursuit Jennifer. La boule au ventre que je trainais comme un corps d’enfant depuis six mois est aussitôt partie ». Le 14, dans les bois d’Attignat-Oncin (Savoie) Lelandais tente de retrouver l’endroit où, dira-t-il, il a « déposé » Maëlys, mot choisi par lui, ou par son avocat, qui suggère une forme de délicatesse à l’heure de cette effroyable sépulture, dans un sous-bois bercé des flots de larmes d’une paisible cascade. La recherche s’éternise. Lelandais a été extrait de cellule, les enquêteurs pensent qu’il en profite pour se balader là où il emmenait ses chiens. « Il nous a mené en bateau, se rappelle Jennifer. Enfin, des chiens ont retrouvé les ossements. J’ai pensé qu’il avait plutôt dû la jeter dans la nature. » Le jour de l’enterrement, elle ne pourra pas regarder le visage de sa fille, si abimé dans son petit cercueil. Jennifer rêve souvent de Maëlys. « Parfois elle me dit « maman tout va bien », parfois je l’entends dire « maman il m’a violée ». Ne pas savoir, c’est insupportable. J’imagine tout ce qu’il a encore à cacher. Il n’a pas de courage, il n’assume pas », conclue-t-elle.

Depuis la mort de sa fille, Joachim, le père, vit « perdu en mer, porté par les vagues, sans destination ». Il est dévasté, détruit, mais sans colère : « Je la laisse à cet individu, sans cœur et sans âme ».

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