Les cinq cuvées coups de cœur de Frédéric Beigbeder

Ce matin, avant de descendre à la cave, Frédéric Beigbeder nous glisse quelques mots sur son rapport au vin et à l’ivresse, qu’il envisage comme une chose éminemment littéraire. «Je suis un disciple de Baudelaire, qui écrivait justement qu’il fallait toujours être ivre. Ce n’est pas seulement le vin, c’est une condition pour l’écriture, qui implique d’être libre et désinhibé», affirme-t-il en riant – et en s’excusant de désobéir à la Loi Evin – avant de poursuivre : «Baudelaire est un punk, il cherche ailleurs que dans la réalité une façon de ne pas être dans un état normal. Je suis libertaire sur les états seconds, ce sont des manières de se mettre au travail». Lorsqu’on lui parle des poèmes de Michel Houellebecq, il souligne (avec justesse) qu’ils n’ont certainement pas été écrits sobre.

Après cette entrée en matière, il nous explique être avant tout un «gentil père de famille, avec une structure qui me protège de mes excès. En ce sens, le vin rouge est un bon compromis. Je suis du Sud-Ouest, j’ai une prédilection pour les vins de cette région, Irouléguy, Madiran, les vins espagnols, plutôt au dîner qu’au déjeuner, à moins de vouloir chômer». Quand on l’interroge sur la vodka qu’il vient de lancer, Le Philtre, il s’enthousiasme autour de ce nom «littéraire, baudelairien, qui confère à l’alcool un pouvoir magique. Cela dit, la vodka bio est plutôt pour un usage tardif, des cas exceptionnels. Je déconseillerais à quiconque un alcool à 40% au petit déjeuner». 

Et le vin blanc, dans tout ça ?

«Uniquement en sauce. Pour les moules».

» À LIRE AUSSI : Les cinq cuvées coups de cœur d’Alexandre Mazzia, chef triplement étoilé du restaurant AM, à Marseille

Bodegas Protos – Protos Reserva 2014
Ribera Del Duero – Espagne
Prix : 25,19€

Un pur tempranillo, aussi appelé tinto fino, où l’on retrouve toute la chaleur du climat espagnol. «C’est très costaud. J’ai trouvé ça à la frontière entre la France et l’Espagne, et j’ai aimé son côté puissant, cette absence de légèreté qui pourtant fonctionne». L’accord idéal : une viande maturée cuite au charbon de bois, histoire de «se défendre face à un tel adversaire».

Disponible en ligne sur drinksco.fr

Château de Respide – 2018
Graves – Bordeaux
Prix : 11,60 €

Un assemblage de cabernet-sauvignon, de merlot et de petit-verdot, classique et élégant. «Ce vin m’a été conseillé par un caviste de Saint-Jean-de-Luz, à qui j’ai demandé un bordeaux qui puisse donner l’impression de boire un Grand Cru sans être hors de prix. C’est un 2018, et ce n’est donc pas du niveau d’un Cheval Blanc, mais il nous a sauvé la vie pendant le confinement. « Respide », cela fait penser à « Respire », et cette cuvée nous a en quelque sorte empêché d’étouffer». 

Disponible en ligne sur twil.fr

Château Chassespleen 2014
Moulis en Médoc – Bordeaux
Prix : 35,00 €

L’écrivain entretient une relation particulière avec ce vin, assemblage de cabernet-sauvignon, de merlot et de petit-verdot, dont il a eu la chance d’illustrer l’étiquette du millésime 2014 avec la phrase suivante : «Le chasseur de spleen finit par collectionner des trophées de mélancolie». Tout un programme. «Mon talent mis à part, dit-il en riant, je trouve ce vin d’une grande simplicité, quelque chose entre le grand bordeaux et le rouge du quotidien, sans oublier ce nom tellement génial». Il reconnaît choisir parfois les vins en fonction de leur nom, justement, et reconnait que s’il aperçoit «un Château Canon, j’ai immédiatement envie de l’acheter».

Disponible en ligne sur wineandco.com

Domaine Gramenon – Poignée de raisin 2020
Montbrison sur Lez – Côtes du Rhône
Prix : 13,90 €

Un 100% grenache noir de la Vallée du Rhône, découvert grâce au chef du restaurant Elément, à Biarritz. Une façon douce d’aller vers les vins naturels. «J’aime aussi cet effort dans l’onomastique. En buvant ce vin, je dirais que l’on peut être à la fois œnologue et œnomaste».

Disponible en ligne sur la-pangee.com

Domaine Fabien Coche – Côte d’Or Chardonnay 2019
Côte d’Or – Bourgogne
Prix : 24,50 € 

Un pur pinot noir plein de légèreté. «Je voulais un bourgogne rouge léger, avec du goût, pas trop sur le fruit, afin d’avoir l’illusion de boire un Gevrey-Chambertin». Le pitch ? «Toujours le même, assez simple, un peu boisé, avec de légères notes caféinées, et cette originalité qui pourrait presque le faire passer pour un vin naturel». 

Pour terminer notre entretien, il conclut, songeur : «Le vin, c’est aussi fuir le désespoir grâce à une boisson magique». 

Disponible en ligne sur vin-malin.fr

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