Les Européens s’engagent à augmenter leurs dépenses militaires

L’UE a adopté lundi la «boussole stratégique» qui prévoit notamment la création d’une force de déploiement rapide de 5000 hommes.

Correspondante à Bruxelles

Les ministres des Affaires étrangères et de la Défense de l’UE ont adopté lundi «la boussole stratégique», équivalent européen du livre blanc de la défense. «Je ne veux pas abuser du mot historique, mais c’est certainement un tournant pour l’UE en tant que pourvoyeuse de sécurité», s’est félicité le Haut représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Sécurité. Il planche sur le sujet depuis deux ans sans que cela soulève un grand enthousiasme des Vingt-Sept. Le contexte des dernières semaines a changé la donne.

Le document de 47 pages recense les défis auquel doit faire face le bloc et les réponses à y apporter à l’horizon 2030, des risques liées aux cyberattaques en passant par le terrorisme ou encore le dérèglement climatique, des tensions en Afrique ou dans le voisinage proche. Bien évidemment, le document prend en compte les deux événements marquant des derniers mois, à savoir le retrait précipité des Américains d’Afghanistan et la guerre en Ukraine qualifiée de «bouleversement tectonique de l’UE».« Le retour de la guerre en Europe, avec l’agression injustifiée et non provoquée de la Russie contre l’Ukraine, ainsi que des changements géopolitiques majeurs, mettent à l’épreuve notre capacité à promouvoir notre vision et défendre nos intérêts», est-il stipulé en préambule.

Une force rapide de 5000 hommes

Si les Européens sont de plus en plus soudés sur ces questions, il aura tout de même fallu deux réunions des ambassadeurs lundi pour aboutir à un accord, ensuite formellement adopté par les ministres. «Il y a encore quelques équilibres à trouver», confiait un diplomate dans la matinée. Concrètement, ils s’engagent à être «capables d’agir rapidement et vigoureusement chaque fois qu’une crise éclate, avec des partenaires si possible et seuls si nécessaire». Pour ce faire, une capacité de déploiement rapide susceptible de mobiliser jusqu’à 5000 hommes va être créée à l’horizon 2025 afin de réagir aux «différents types de crises». Elle s’appuiera sur les «battle groups» créés en 2007 et sera constituée de «composantes terrestres, aériennes et maritimes». Elle sera aussi dotée de capacités de transport lui permettant de «mener des interventions pour sauver et évacuer des ressortissants européens» en cas de conflit. Des exercices seront menés régulièrement. Parallèlement, les missions civiles et militaires de l’UE bénéficieront de mandats «plus robustes et flexibles, favorisant une prise de décision rapide».

L’accent est également mis sur les dépenses militaires. Même si aucun chiffre n’est donné, il est probable que l’UE s’aligne sur l’objectif de l’Otan de leur consacrer 2 % de PIB par an. «Il nous faut investir davantage si on veut être en mesure de répondre aux crises», a souligné Josep Borrell. L’UE ne consacre que 1,5 % de son PIB par an à la défense, soit 200 milliards d’euros. «C’est 3 à 4 fois plus que la Russie. C’est autant que la Chine. Sommes nous aussi efficaces ? C’est une question», a interrogé Josep Borrell, en pointant le morcellement de la défense européenne mais en se défendant de vouloir créer une armée européenne. L’objectif est d’«investir plus et mieux dans les capacités et les technologies innovantes, combler les lacunes stratégiques et réduire les dépendances technologiques et industrielles». Le curseur est ainsi placé sur les équipements qui font défaut, par exemple les drones et les chars de combat. L’Allemagne, dont les dépenses militaires étaient chroniquement faibles, a d’ores et déjà, fait savoir qu’elle allait débloquer une enveloppe de 100 milliards d’euros dès cette année et consacrer plus de 2 % de son PIB à sa défense dans les années à venir.

«Un guide pour l’action»

La stratégie de l’UE s’inscrit dans des partenariats «renforcés» avec l’Otan, les Nations unies, l’OSCE ou encore l’Union africaine. À plusieurs reprises, l’article 42-7 des traités de l’UE, portant sur l’assistance mutuelle aux États membres, est mentionné. «L’environnement de sécurité plus hostile nous oblige (…) à assurer la solidarité et l’entraide», est-il stipulé. Manière de laisser entendre que les six pays neutres de l’UE – Autriche, Chypre, Finlande, Irlande, Malte et Suède- seraient aidés par l’UE en cas d’éventuelles attaques.

La boussole stratégique est assortie d’un calendrier de mise en œuvre s’étirant sur plusieurs années. Josep Borrell a admis à la fin de la conférence de presse que ce n’était pas, en soi, un outil miracle. «Aucun document ne change la réalité, a-t-il souligné. Mais les actions ont besoin d’un guide. Et c’est ça la boussole stratégique, un guide pour l’action». Les Vingt-Sept reviendront sur le sujet en fin de semaine, lors du sommet prévu à Bruxelles, et auquel se joindra jeudi Joe Biden.

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