Les lourds impacts de la guerre en Ukraine et de la hausse des prix sur la filière vin

«Le prix du plein d’essence a quasiment doublé, celui du carton a augmenté de 40% et aujourd’hui, je ne trouve même plus de palettes, j’ai même dû cacher les miennes pour qu’on ne me les vole pas !» C’est le constat sidérant de Jean-Charles Fournet, vigneron au Château le Devay en IGP Collines Rhodaniennes, aux portes de Côte-Rôtie. Ses 3,5 hectares, conduits en biodynamie, ont vu ses coûts de production exploser en l’espace de quelques mois. «Des bouteilles, on n’en a plus, et quand on en trouve, elles sont 25 % plus chères que fin 2021» Quant aux produits phytosanitaires, le cuivre et le soufre ont pris 25 % de hausse, sachant que la potasse vient essentiellement… d’Ukraine.

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Avant la guerre, le prix du papier et du carton avait déjà augmenté, mais là, c’est toute une filière qui est fragilisée en raison d’une répercussion des coûts en cascade. Le bois manque cruellement, accaparé par les Chinois et les américains, ainsi les caisses bois sont désormais près de 60% plus chères. Autre exemple : le manque de fil de fer pour le palissage, et de piquets ou de containers pour exporter en Asie. «Une verrerie en Italie a même préféré fermer car cela coûte plus cher en énergie qu’en main d’œuvre, et en Finlande, autre pays de production de bouteilles, sept usines sont fermées en raison d’une grève».

Même constat amer à Bordeaux. Stéphanie Barousse, Directrice Générale du Château de La Dauphine à Fronsac, s’alarme des délais d’approvisionnements sur toutes les matières sèches indispensables. «Soit on a une augmentation des prix d’achat, soit des dates de livraison hallucinantes, soit les deux !». Elle s’inquiète surtout de ne plus trouver de capsules en aluminium pour son second vin, celles en étain, réservées au grand vin, coûtant quatre fois plus cher. «Idem pour les bouteilles, que j’ai commandées en décembre dernier et qui arriveront au mieux en mai…Quant aux cartons, leur prix a augmenté de 52% en quatre mois !». Alors elle tente de s’organiser, d’anticiper les prochaines hausses et les immanquables pénuries. «On va considérablement réduire notre marge, mais je suis inquiète pour toute la filière car on a mal vendu pendant deux ans et au moment où les ventes repartent, nous sommes pris en otages». Une chose est sûre : dans un tel contexte, on voit mal comment les prix des Primeurs de Bordeaux, qui approchent à grand pas fin avril, pourraient baisser. Heureusement, l’export, porté par les Etats-Unis, se porte bien, le Canada et l’Europe du Nord maintiennent leurs commandes, mais les nouveaux marchés ouverts avec la Russie sont annulés sine die.

Quant à répercuter cette hausse des coûts sur le prix du vin, il n’y a qu’un pas que Pierre Bories s’autorisera peut-être à franchir si la situation perdure. Mais pour le moment dit-il, «on fait le dos rond et on tient sur nos stocks. Dans six mois, nous verrons où nous en serons». À la tête du Château Ollieux-Romanis dans les Corbières, le vigneron constate les augmentations en séries du prix des matières sèches. «Sur les bouteilles, on en est à la 3e augmentation en neuf mois, on a du prendre +25% de hausse, il faudra donc choisir des bouteilles moins lourdes dorénavant». Idem pour les capsules en aluminium, indispensables, dont le prix a augmenté de 10 à 15%, jusqu’aux cuves en inox, en hausse de 40%. «Tout a flambé et la crise ukrainienne n’a fait qu’empirer la situation». Rien de bon pour la consommation en Europe analyse-t-il aussi, qui risque de pâtir de la baisse du pouvoir d’achat et peut-être délaisser en partie le rayon vins. Seule bonne nouvelle : le marché américain se porte à merveille en raison de la hausse du dollar qui, mécaniquement, rend les vins français moins chers. Pierre Bories ne s’y est pas trompé : dès les premières attaques russes, il a mis les bouchées doubles pour exporter un maximum au pays de Joe Biden.

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