les meurtriers d’un jeune Noir en procès

Ahmaud Arbery, 25 ans, avait été abattu le 23 février 2020 par un père et son fils en Géorgie.

La justice pénale est un champ de mines aux États-Unis, surtout lorsqu’elle traite la question raciale dans l’ancien Sud ségrégationniste. Une preuve en a été donnée lundi à Brunswick, petite ville côtière, résidentielle et majoritairement blanche au sud de la belle Savannah (État de Géorgie). C’est là que le jeune Noir a été abattu par Gregory et Travis McMichael, qui le soupçonnaient d’être un cambrioleur alors qu’il effectuait son jogging quotidien dans leur quartier de Satilla Shores.

Le procès de ses assassins présumés s’est ouvert lundi 18 octobre avec le processus laborieux de sélection du jury. Plus de 1000 citoyens sont convoqués afin de pourvoir les douze sièges de jurés, plus quatre remplaçants, qui trancheront in fine sur le sort des McMichael et d’un complice présumé, William «Roddie» Bryan, 52 ans, qui filma la scène et la divulgua en espérant la clémence.

Lourdes peines de prison

La controverse n’a pas tardé. Les avocats de la défense avaient demandé préalablement au juge Timothy Walmsley s’ils pouvaient interroger les jurés potentiels sur leur opinion au sujet du drapeau confédéré et de sa connotation raciste. Oui pour le drapeau, leur fut-il répondu, à condition que «cela ne s’étende pas en longueur». Non pour évoquer le mouvement Black Lives Matter, en revanche. «Ça ne fait pas partie de ce cas, a argué Walmsley, et ça ne fait pas partie de l’instruction criminelle.»

Interrogés sur ce qu’ils pensaient des McMichael, sept des vingt premiers jurés auditionnés ont reconnu éprouver un «sentiment négatif». Trois autres au moins ont précisé percevoir dans le drapeau confédéré un symbole raciste. Le pick-up appartenant à Travis McMichael, 35 ans, arborait des plaques d’immatriculation avec le vieux drapeau rebelle, retiré de la plupart des porte-étendards dans les États du Sud depuis l’avènement du mouvement Black Lives Matter.

L’affaire Arbery, antérieure à la mort de George Floyd, était passée initialement inaperçue. Un juge local avait, deux mois durant, enterré le cas, avant d’être contraint de se récuser. Il était apparu que Gregory McMichael, un ancien policier âgé de 65 ans, avait travaillé un temps comme enquêteur pour le compte du tribunal du comté de Glynn, qui englobe la ville de Brunswick. Son fils Travis, leur voisin Roddie Bryan et lui-même encourent de lourdes peines de prison, et possiblement la réclusion à vie, pour meurtre, voies de fait graves et séquestration. Tous trois plaident non coupables. Les McMichael clament avoir voulu procéder à une «arrestation citoyenne» qui aurait mal tourné.

La vidéo de Bryan, mal cadrée, dévoile une soudaine course-poursuite entre le joggeur et les deux hommes ayant sauté à bord de leur pick-up, une sommation tout aussi courte fusil en main, une brève lutte entre Ahmaud Arbery et le fils McMichael, toujours fusil en main, puis un coup de feu. Et un jeune homme qui baigne dans son sang, touché à bout portant dans le ventre. «Nous savons que c’était un crime raciste, mais je m’en remets à Dieu», soupire le père d’Ahmaud, Marcus Arbery.

Related Posts

Comments

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Histoires récentes