Les parents qui perdent un enfant ne sont pas tous égaux face à la résilience (Namur)

Voir leur enfant emporté de la même manière tragique, à savoir une noyade dans une piscine, ne va pas forcément mener des parents sur le même chemin de résilience. Deux histoires complètement différentes, l’une à Boitsfort et l’autre à Namur. Une seule chose les rapproche: l’importance de la famille.

AVANT DE LIRE

Chaque semaine durant deux mois, un(e) jeune journaliste sélectionné(e) pour le concours Belgodyssée propose un reportage avec pour thème la résilience. Cette semaine: Juliette Pardon.

Fabienne et son fils, Kostia, dans les bras. «Mon fils était si beau, on ne pouvait pas croire que c’était fini.»

D.R.

« Mon fils Kostia a eu un accident en 1991, dans le Sud de la France, il avait 21 mois, se souvient Fabienne. Nous étions tous là, en famille chez mes parents. Tout à coup, un matin je ne le retrouvais plus. Il gisait au fond de la piscine, étant resté 20 minutes dans l’eau. »

Ma vie a basculé à ce moment-là.

« Le verdict cruel » des médecins parlait d’un état végétatif pour la vie, Fabienne ne pouvait le croire.

Tout en ayant un mari et deux autres enfants, elle cherchait par tous les moyens de l’aide en veillant sur Kostia, en lui parlant, le dorlotant, et le soignant.

« C’est toute une histoire, une histoire de 17 ans, un long chemin. J’ai tellement de choses à raconter. »

Après l’accident de Kostia et l’état végétatif dans lequel il est resté, Fabienne a, par la suite, encore subi la perte d’un enfant à la naissance. Tout ce chagrin s’est cristallisé en un cancer du sein, une séparation momentanée avec son mari pour aboutir à la mort de Kostia à 18 ans.

L’aide qu’elle cherchait, elle ne l’a trouvée qu’après huit ans. Elle n’a jamais abandonné. « J’avais une force en moi, cela m’a sauvée. »

Mon enfant n’est parti que quand j’ai eu fini mon travail.

«Ce livre a été un travail thérapeutique, de libération, explique Fabienne, la maman de Kostia. Il m’a rendue plus forte. J’ai été jusqu’au bout.»

J.P.

Après 15 ans de silence, Fabienne a décidé de ne plus se taire.

Elle a commencé à écrire un livre sur l’accident et sur la vie qui a suivi. La rédaction lui a pris deux ans. Son fils est décédé peu après la fin du livre.

La maman avait tellement de choses à dire qu’elle avait besoin de s’en libérer.

Ce livre lui a pratiquement sauvé la vie. En l’écrivant, elle espérait peut-être un miracle.

On est souvent seul face à un combat, en fait, on est seul.«L’unité fait la force. C’était à nous, tous ensemble de chercher à s’en sortir.»

Kostia entouré par ses frères et ses sœurs.

D.R.

« Pendant 17 ans où j’étais à la maison avec mes enfants dont Kostia, j’étais là sans être là. Il y a plein de choses que je n’ai pas faites avec eux. J’étais tellement en osmose avec Kostia que j’ai occulté tout le reste. »

Chez l’enfant petit, on ne les voit pas, mais les dégâts sont là.

Fabienne explique les souffrances vécues par ses autres enfants, leur adolescence, le présuicide de l’aîné.

« J’ai pu aider mes enfants grâce au travail que j’ai fait durant les deux ans d’écriture de mon livre. »

« Ma famille est là. Chacun a appris énormément grâce à Kostia qui nous a donné une autre dimension de la vie. Tout va bien. Maintenant, on va à l’essentiel, mes enfants sont magnifiques. Nous sommes une famille tellement unie et soudée. »

La maman insiste sur le fait que « la famille est pour moi primordiale. J’ai réussi… j’ai réussi à transformer tout cela. C’est une mutation et c’est cela, la résilience. »

Les petits jouets de Kostia

Les petits soldats de plomb de Kostia.

J.P.

Des soldats. Cela représenterait bien son fils Kostia, la vie de Fabienne et la vie de la famille avec quatre enfants. Il fallait s’en sortir, elle devait être forte. En trouvant sa solution pour ne pas sombrer, Fabienne a transformé son chagrin en une force, en une arme. Tout devenait possible.

« Je suis une femme très forte, une femme solaire. Je me suis renforcée. J’ai transformé tout le côté sombre de l’histoire et de ma personne au point de donner de l’espoir partout où je vais grâce à des paroles, des sourires, un mot. »

« Kostia, mon fils, mon livre est ma résilience. »

Une loi pour Victor

«Quand c’est cicatrisé, si on commence à gratter ses cicatrices, ce qu’on risque de faire, c’est de les faire saigner», estime Alain, le papa de Victor.

J.P.

Il faut remonter à 1999, année du décès du petit Victor pour comprendre la tragédie qui a traumatisé Alain, son papa. Ce qu’il a vécu est, selon ses dires, « le pire qu’un parent puisse vivre avec son enfant ».

Les parents de Victor ont essayé, après l’accident, de donner une impulsion pour la création d’une loi visant à sécuriser les piscines. Ils n’ont pu faire aboutir ce projet car il était primordial pour eux de se reconstruire.

Pour Alain, « c’était trop lourd à un moment donné. On n’avait plus la force, cela nous replongeait chaque fois dans l’accident. »

L’affiche dessinée par un élève lors d’un concours scolaire.

J.P.

Le projet d’Alain, de sensibiliser la population, a malgré tout été concrétisé par une affiche. Celle-ci devait attirer le regard sans être sinistre. Elle a été dessinée par un élève via un concours scolaire, le but étant d’attirer l’attention des jeunes.

On peut y voir un triangle de danger et une piscine en avant-plan. Le titre, « Pour que sa vie ne chavire pas », est illustré par un bambin risquant de tomber.

Si le projet de loi n’a pu aboutir, ce qui a tiré Alain vers le haut, selon ses dires, ce sont ses deux autres enfants.

Nous nous sommes focalisés sur nos enfants vivants sans l’oublier, il est toujours là. On a voulu tourner la page mais pas l’arracher.

Alain exprime qu’après ce deuil, plus rien n’avait d’importance que ses enfants, tout le reste est passé en dernier lieu. Le couple s’est oublié et n’a pas survécu à ce drame.

« Le poids était peut-être moins lourd à porter chacun de notre côté. »

Pour Alain, la culpabilité inconsciente de n’avoir pu sauver Victor était trop pesante pour le couple. Après la séparation, chacun ne gardait que « son morceau de culpabilité ».

Alain, on le lit, est encore sur le chemin ardu qui le mènera à la résilience.

François Colinet, son expertise de psychologue associée à son vécu de personne handicapée

François Colinet, 42 ans, est né avec une infirmité motrice cérébrale. Il est notamment psychologue de formation, son expérience personnelle couplée à son expérience professionnelle apporte un double éclairage sur la résilience.

Les particularités de son parcours et de son vécu lui permettent d’être en résonance avec les témoignages de Fabienne et d’Alain.

La résilience, pour lui, a lieu tout au long de la vie. Dans son cas personnel, s’il doit vivre avec son handicap, il doit aussi vivre avec l’évolution de son infirmité au jour le jour.

« Le travail de résilience est multiple, il se fait par chapitres. »

Qui est l’auteure de ce reportage?

Emmanuel Crooÿ

Juliette Pardon, 22 ans – Boitsfort

Je viens de terminer mes études de communication à l’ISFSC. Amoureuse des voyages, de l’Afrique en particulier, des tournages et de l’écriture, j’ai toujours essayé d’exprimer mon vécu de combattante. Je suis, en effet, atteinte de troubles moteurs depuis l’âge de cinq mois à la suite d’une anesthésie qui a mal tourné.

J’ai pu franchir beaucoup d’obstacles car je suis obstinée et j’ai toujours voulu dépasser mes limites.

Le thème de la résilience m’a interpellée car c’est ma vie, tous les jours, depuis 22 ans.

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