Les tribulations d’un anthropologue français en Chine

Normalement, les ethnologues étudient des sociétés isolées. Il n’en reste plus beaucoup. Notre planète est hyperconnectée. C’est adéquatement ce qui a intéressé l’enseignant en ethnographie à l’EHESS de Marseille et directeur de recherches au CNRS, Boris Pétric. Se pencher sur «ce produit commercial à forte charge émotionnelle qu’est le vin dans notre culture judéo-chrétienne», la façon dont il «nous a échappé», et «comment les Chinois se le sont approprié pour en faire complètement autre chose». Plus concrètement, dans Château Pékin. La France, le vin la Chine(1), Boris Pétric s’appuie sur l’aventure de l’œnologue saint-émilionnais Gérard Colin (disparu en 2017) au domaine Taïla dans le Shandong. De ce projet pharaonique imaginé par le magnat chinois de l’immobilier, Monsieur Chen, comme un gigantesque parc d’attractions sur le thème du vin dans le fief historique de la culture viticole en Chine, Gérard Colin fut le conseiller et l’incarnation. Figure du Bordelais en Chine, artisan de l’implantation des domaines Barons de Rothschild dans le Shandong, Gérard Colin sert de fil rouge à cette enquête anthropologique très complète conduite à partir de 2013. L’exploration de terrain est minutieuse. Les joint-ventures associant partenaires chinois et occidentaux considérés comme le fer de lance de cette nouvelle économie du vin au XXIe siècle avant de quasiment s’effondrer depuis trois ans. Effet Covid oblige, mais également exhortations du président Xi Jinping à consommer chinois, et méfiance vis-à-vis de ses élites. Ainsi, quantité de domaines historiques du Bordelais rachetés à grands frais par ces grandes fortunes chinoises au mitan des années 2010 sont aujourd’hui en déshérence.

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