l’étonnante histoire du vignoble Vérité, le vin qui ne ment pas

Ce vin-là a un goût unique, celui de l’aventure. Vérité, c’est le Far West dans une bouteille. Certes, les fameux 100 points, les trois étoiles du vin, note maximale attribuée par Robert Parker et obtenus seize fois en vingt ans, ont contribué à sa gloire. Mais ce domaine de la Sonoma Valley que l’on a envie de visiter à cheval, un colt glissé dans la ceinture, c’est avant tout l’histoire d’une famille de pionniers contemporains. Un peu comme les Ingalls dans La Petite Maison dans la prairie, mais en version gersoise, rugby et accent du Sud-Ouest en prime, avec réussite économique au bout du rang de vigne.
«Il faut faire attention aux pumas. Ils sont tapis dans les arbres et ils vous sautent dessus à votre passage. Il y a aussi les ours bruns et les coyotes. Ils adorent les raisins et ils sont connaisseurs. Ils ne mangent que ceux qui sont bien mûrs», explique sans plaisanter Pierre Seillan. Et mieux vaut ne pas mettre le pied sur un serpent à sonnette. Nous sommes à quelques dizaines de miles au nord de San Francisco, dans une large plaine dédiée à la vigne et à l’élevage, entourée de forêts de chênes, d’eucalyptus, de séquoias et de coteaux couverts d’avoine folle. C’est dans cette région que l’écrivain Jack London passa les dernières années de sa vie. Et ici aussi que le Gersois Pierre Seillan et sa famille ont posé leurs valises, à la fin du siècle dernier. Peu de temps auparavant, Seillan, chargé de plusieurs domaines à Bordeaux, avait fait la connaissance de l’homme d’affaires Jess Jackson. Ce dernier venait de faire l’acquisition d’Alexander Moutain Estate, un ranch de 2500 hectares, en Sonoma Valley, où il voulait faire du vin.

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Un sorcier autodidacte 

La mission de Seillan : transformer une terre jamais cultivée en vignoble. Il va défricher des centaines d’hectares, planter une nuée de pieds de merlot et de cabernet franc, irriguer quand c’est nécessaire, construire un cuvier. La famille Jackson lui donne carte blanche pour réaliser ses travaux titanesques. Il va dessiner un canevas, composé de dizaines de parcelles différentes pour autant de sols distincts. Car Seillan est un sorcier, il sent les vibrations de la terre. Il est aussi un magicien de la taille de la vigne, capable d’adapter le coup de sécateur à la géologie, l’exposition, l’altitude de la parcelle. Son troisième atout est «de jamais avoir eu la chance ou la malchance d’aller à l’université». Seillan est un autodidacte. Ses vins plaisent. Les deux premiers, La Muse, plutôt typé Pomerol, et La Joie, dans un registre plus médocain, trouvent vite leurs fans. Quelques années plus tard, ayant complètement maîtrisé le cabernet franc, il sort Le Désir qui fait la part belle à ce troisième cépage très bordelais. Le Désir est marqué par l’esprit de Saint-Émilion. Son élégance fait craquer les Américains. À l’œil, le Désir 2008 est aussi sombre qu’une nuit sans lune. Au nez, le fruit se révèle particulièrement gourmand, avec des notes de framboise, de mûre et de cerise noire, soulignées par des arômes plus herbacés de thym séché, de menthe et d’herbes de garrigue avant que des notes de sauge et de menthe, une pincée d’épices, de cannelle et de vanille ne se déploient. «La matière est large et puissante, avant une finale éblouissante. En bouche, l’équilibre entre acidité et maturité est parfait, avec une intensité et un charme très français», commente la critique du Figaro Béatrice Delamotte.

Une volonté à toute épreuve

Avec trois vins ultrarécompensés, le domaine compte aujourd’hui parmi la nouvelle élite viticole internationale, au même titre que Screaming Eagles, Opus One, Colgin et quelques autres stars de la région. Tout cela n’a pas été simple. Il y eut les coups bas des locaux, pas toujours ravis de voir arriver ce Français avec ses drôles de méthodes, l’éloignement, les caprices du climat, le feu… «En 2019, la maison de notre domaine d’Alexander Mountain Estate a été engloutie par les flammes. Mais, ce qui est formidable, c’est qu’après chaque incendie, la vie reprend».

Au fil des ans, le volubile sexagénaire aux chemisettes hawaïennes a élargi son champ d’action. À une douzaine d’heures d’avion de la Californie, il veille sur le domaine de Castelnuovo Berardenga en Toscane, et sur le château Lassègue à Saint-Émilion, acquis dans le cadre d’une joint-venture avec la famille Jackson. Sa fille Hélène a pris en charge Vérité. Son fils Nicolas a délaissé depuis belle lurette le monde de la finance pour participer à l’aventure familiale et s’occupe en particulier de Lassègue. «Avec Monique, notre seule crainte était de voir nos enfants devenir des urbains. Heureusement, nous avons toujours été sous l’influence de la terre», commente Pierre Seillan. Sinon, l’homme continue de produire Bellevue, à Montestruc-sur-Gers, ses racines.

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