l’infirmier syrien a fui les bombes pour les soins intensifs à Namur (vidéo) (Namur)

Maamon travaillait en tant qu’infirmier en Syrie. Mais il y était menacé. Au prix d’un parcours courageux, il est désormais infirmier dans une unité de soins intensifs à Namur.

« J’ai été franchement menacé. Je ne sais pas comment je me suis sorti de cette situation. À ce moment, je me suis dit: ‘la vie, c’est fini’. » Dans une brasserie du centre de Namur, Maamon Al Borum nous livre un passage troublant de sa vie en Syrie: « c’est la première fois que je raconte cette histoire. » Âgé aujourd’hui de 37 ans, l’infirmier s’est retrouvé au cœur d’un combat où il aurait pu y laisser la vie. Aujourd’hui, c’est dans l’unité des soins intensifs de la clinique Sainte-Élisabeth à Namur que Maamon Al Borum a pu trouver la sérénité et, surtout, un emploi. Pourtant, son quotidien, c’est aussi la « guerre » contre le Covid-19. Du sud de la Syrie à l’hôpital namurois, le parcours de Maamon est héroïque. Une réussite au prix de choix courageux…

«Les bombes arrivaient de partout»

 » C’était le 11 avril 2012. Je m’en souviens, c’était mon anniversaire.  » Maamon habite dans le village de Saisa et travaille dans l’hôpital de la ville de Derra. « C’était un hôpital public mais la plupart des patients venaient du service militaire. » Ce jour-là, le téléphone sonne. Sa directrice lui demande de transférer un  » commissaire » jusqu’à l’hôpital de Damas. « Il faut faire attention », met en garde la directrice. L’infirmier s’est alors retrouvé dans une ambulance au sein d’un convoi de l’armée régulière, celle de Bachar al-Assad. Dans un village,  » on est tombé dans un piège » tendu par les opposants de l’Armée Syrienne Libre (ASL). « Une personne est tombée dans la rue. Les soldats nous ont obligés à aller la chercher. J’étais avec un médecin mais on ne savait rien faire. Les bombes arrivaient de partout. J’étais par terre et je voyais les pierres qui volaient. Il y avait des bombes qui ont éclaté à côté de moi. Je me disais que la suivante, c’était pour moi. » Il n’y a heureusement pas eu de suivante. La peur du moment a fait place à une volonté de survie.  » C’est le premier jour où j’ai pensé à quitter la Syrie. Mais ça prend du temps de s’organiser, de savoir où aller… »

Trois ans plus tard, il quitte Damas par la voie régulière –  » j’ai dû payer pour avoir le cachet sur mon passeport  » -, transite par la Jordanie et rejoint le Qatar pour y vivre de petits boulots  » en noir « .

Maamon et sa famille n’ont jamais été confrontés à Daech. Les terroristes avaient fait de la zone du nord, à cheval sur la frontière irako-syrienne, leur endroit de prédilection pour y faire émerger leur califat. Mais, dans le sud, la paix peine à s’installer. Maamon est parti juste avant que n’éclate « la grosse guerre en juin 2018. » Sa famille s’est alors retrouvée au cœur d’un conflit associant les troupes russes et l’armée d’el-Assad contre les rebelles de l’ASL.

1 000$ pour traverser la mer

La détermination de l’ancien infirmier reste intacte. Il veut rejoindre la Grèce depuis le Qatar. Il passe par la Turquie et doit traverser la mer. Il repère une traversée assez courte entre la ville de Kas, non loin d’Antalya, et l’île grecque de Kastellorizo. Il n’y a que 7 km à parcourir. « Cela m’a coûté 1 000 $ mais c’était plus ‘safety’que par Izmir. » Il se souvient d’un trajet d’une vingtaine de minutes: « la peur existe toujours. Mais ce n’est pas la peur comme si je restais en Syrie. En traversant la mer, je voyais la lumière au loin et je savais que j’allais arriver. Si je restais en Syrie, je n’arrivais jamais… »

Sélectionné par la Belgique

Maamon débarque ainsi en Grèce en février 2016 où il se fait enregistrer. « Pour aller en Europe, il faut encore deux à trois mois,  » dit-il en pensant à l’Allemagne ou la France. Mais le candidat réfugié ne s’empresse pas de quitter la Grèce. Et la situation lui donne raison.  » J’y suis resté 11 mois et, un jour, j’ai reçu un appel de l’OIM…  » L’organisme intergouvernemental en charge de la migration lui annonce que  » la Belgique avait choisi mon dossier. »

Il devenait bénéficiaire du programme de réinstallation et d’un aller direct vers Zaventem. Maamon ne connaissait rien de la Belgique:  » je savais que c’était froid et qu’on y parlait plusieurs langues. Je n’y avais pas d’amis comme en Allemagne ou en France. » Au gré des formalités, c’est à Namur qu’il décide de s’installer en septembre 2017. « Namur, c’est comme ma ville en Syrie. Tout le monde est sympa. j’y croise des gens comme dans mon village. »

À l’époque, Maamon ne bredouille que quelques mots de français: « ‘bonjour’, ‘bonsoir’que j’avais appris au centre de la Croix-Rouge. » Mais il a une furieuse envie d’avancer, de progresser. Il suit des cours pendant deux ans: « à chaque quadrimestre, je gagnais un niveau. Pour reprendre des études supérieures, il fallait arriver au niveau P2. Je n’avais pas de temps à perdre. » Son objectif: redevenir infirmier. En attendant d’avoir le feu vert, il suit les cours à l’HENALUX comme élève libre « pour écouter le jargon médical. Et, le soir, j’avais mes cours de français. Cette année a été très importante car elle m’a bien orienté. Il n’y a pas de chose impossible, il n’y a que des choses compliquées, » sourit-il.

Deux années d’étude reconnues

Dans sa course contre le temps perdu, il essaye de faire valoir son expérience en Syrie ainsi que ses études.  » mais en 2018, c’est compliqué car c’est la guerre et je ne sais pas avoir les documents. » Maamon prend conscience  » que je vais devoir tout refaire, pendant quatre années. » Il est aiguillé vers la VAE (Valorisation des acquis et de l’expérience) qui lui offre une bouée de sauvetage inespérée en valorisant deux années d’études réduisant ainsi son cursus de moitié à l’HENALUX.  » J’étais fort content: j’avais valorisé deux ans de ma vie! » Il entame alors l’année académique 2019-2020 en troisième année, s’épanouit dans ses stages et est diplômé en août 2021. Quelques jours plus tard, il était engagé aux soins intensifs de Sainte-Élisabeth. « J’y avais fait un stage en 3e et c’était une super équipe. J’adore mon travail. Je ne regrette pas d’avoir étudié deux ans. » Mais du rêve à la réalité, c’est aujourd’hui les soins intensifs et les patients Covid. « Oui, c’est compliqué car on manque de personnel. » Les collègues sont aussi toujours disponibles pour l’aider.  » Je n’ai jamais eu le sentiment de travailler seul. J’ai toujours quelqu’un à mes côtés pour m’apporter de l’aide. »

«Je n’ai pas chois la Belgique, c’est le destin»

Maamon est désormais autonome, ne dépend plus du CPAS et passe son permis voiture en février. Pour en arriver là, il a laissé sa famille en Syrie, il a rompu avec des amis qui l’encourageaient plutôt à effectuer des petits boulots en noir. « Mon objectif, c’était de vivre de mon métier. Pour réussir, il faut pouvoir abandonner d’autres choses. Je n’ai pas choisi la Belgique, c’est le destin qui l’a choisie. »

Maamon Al Borum est engagé à Sainte-Elisabeth depuis le mois de septembre.

EdA Mathieu Golinvaux

Soins de santé: une majorité de demandes de diplômés libanais

Un réfugié syrien qui parvient à faire valoir deux années d’études, qui obtient en Belgique un diplôme d’infirmier et se fait engager tout aussi vite: l’histoire de Maamon Al Borum est assez exceptionnelle.

C’est la Fédération Wallonie-Bruxelles qui s’occupe des demandes d’équivalence des diplômes pour les demandeurs venus de l’étranger. Le processus est simplifié lorsqu’il s’agit de personnes ayant étudié en Europe.

En 2020, 1 225 décisions d’équivalence – tous domaines confondus – ont été rendues par la Fédération. Dans ce lot, 50 décisions portaient sur des diplômes d’infirmiers et 36 concernaient des diplômes de médecins.

Ce qu’on apprend également, c’est que la crise syrienne n’a pas forcément fait augmenter le nombre de demandes. En 2018, une quarantaine d’équivalences ont été octroyées à des ressortissants syriens « mais aucune pour des diplômes en soins de santé. » Dans les soins de santé, ce sont les Libanais qui rentrent le plus de demandes d’équivalence de diplôme; beaucoup plus pour les infirmiers que pour les médecins.

Les frais de procédure s’élèvent à 200€, ils sont ramenés à 150€ pour les demandeurs issus d’un pays bénéficiaire de l’aide publique au développement (APD) et sont gratuits pour les réfugiés.

Plus facile en Flandre?

Des différences peuvent aussi être perceptibles entre la Flandre et la Fédération Wallonie-Bruxelles. Puisqu’il s’agit d’enseignement, ce sont les communautés qui ont la main pour les reconnaissances. « Étant donné que nos systèmes de formation sont différents, cela a pour effet que les décisions d’équivalences ne sont pas forcément les mêmes puisqu’elles tiennent compte de la manière dont la formation est organisée au niveau de la Communauté concernée. » Exemple donné par la Fédération: le diplôme de sage-femme. En Flandre, il correspond à trois années d’étude (180 crédits ECTS) contre quatre années en Fédération (240 ECTS). Lors d’une demande d’équivalence, les deux autorités se référeront à leur formation de base. Et, dans ce cas, il sera alors plus facile d’obtenir une équivalence en Flandre.

En octobre dernier, le CIRÉ (Coordination et initiatives pour réfugiés et étrangers) avait publié une analyse sur la pénurie de professionnels de soins de santé. L’organisme dresse un constat: « des centaines de personnes migrantes, professionnelles de la santé, diplômées à l’étranger ont toutes les peines du monde à faire reconnaître et à exercer leurs qualifications. « 

En 2020, le CIRÉ annonce avoir rencontré 136 personnes diplômées dans les soins de santé et qui ne proviennent pas de l’Europe. Le CIRÉ estime qu’il est « quasi impossible d’obtenir la reconnaissance spécifique d’un diplôme non européen d’infirmerie ou de médecin auprès des services d’équivalence de diplôme en FWB.  » La procédure serait beaucoup plus accessible en Flandre, soutient l’organisme qui reconnaît orienter les demandeurs vers la procédure flamande.

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