l’ONU rétropédale après un courriel interne suggérant d’éviter l’emploi du terme de «guerre»

Cette précision sémantique, calquant la propagande du Kremlin à l’attention des médias russes et étrangers, a déclenché une tempête médiatique internationale.

New York

La lettre est partie lundi 7 mars, sous forme de courriel, à 14h56 heure de Bruxelles. Elle émanait de la directrice du Centre régional d’information pour l’Europe occidentale (UNRIC), la Canadienne Sherri Aldis, et s’adressait à tous ses employés. Son message portait sur les précautions d’usage à respecter, et s’accompagnait d’éléments de langage inattendus : « n’employez pas le terme guerre, et utilisez “conflit” ou “offensive militaire”, et non pas “guerre” ou “invasion” lorsque vous faites référence à la situation en Ukraine ».

Cette précision sémantique, calquant la propagande du Kremlin à l’attention des médias russes et étrangers tout en évitant de mentionner l’expression consacrée «opération militaire spéciale», a tellement choqué qu’un de ses destinataires a partagé le courriel avec la journaliste Naomi O’Leary du quotidien Irish Times, déclenchant une tempête médiatique internationale.

Le tsunami diplomatique a touché terre à New York le lendemain, mardi 8 mars, obligeant l’ONU à basculer en mode de gestion des dégâts. « Nous avons été notifiés de l’existence d’un courriel, a précisé le porte-parole du secrétariat, Stéphane Dujarric, invoquant plusieurs messages du secrétaire général Antonio Guterres et de la directrice des affaires politiques Rosemary DiCarlo qui, eux, employaient bien le mot « guerre ».

Toutes les guerres sont des guerres de mots. Le conflit actuel entre l’Ukraine et la Russie ne fait pas exception. Et au cœur de la bataille pour l’information se trouve le mot de « guerre »

Farnaz Fassihi, du «New York Times»

« Je dirige les communications de l’ONU, a renchéri Melissa Fleming, secrétaire générale adjointe à la communication globale, sur Twitter. Aucune communication officielle de cet acabit n’a été envoyée au personnel à travers le monde, qui stipulerait de s’abstenir d’utiliser certains termes ».

« Toutes les guerres sont des guerres de mots, écrit Farnaz Fassihi, du New York Times. Le conflit actuel entre l’Ukraine et la Russie ne fait pas exception. Et au cœur de la bataille pour l’information se trouve le mot de “guerre”».

Reconnaissant que le message n’avait pas reçu le blanc-seing préalable de New York, le porte-parole des Nations unies a confirmé que le département concerné, l’UNRIC à Bruxelles, et sa directrice avaient bien été contactés, et très certainement réprimandés. « Aucun courriel n’a été envoyé à tout le personnel stipulant qu’on ne pouvait dire blanc ou noir, qu’on ne pouvait employer certains termes, OK ? a commenté Stéphane Dujarric. C’est juste, de toute évidence, quelque chose qui n’aurait jamais dû être envoyé ».

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