nouveau coup dur pour le classement de Saint-Emilion

Cette condamnation ébranle un peu plus la hiérarchie prestigieuse du classement 2012 de Saint-Emilion, dont les critères sont aussi contestés devant la justice administrative. 

Copropriétaire du célèbre château Angélus, Hubert de Boüard a été condamné à 60.000 euros d’amende, dont 20.000 avec sursis, pour de «multiples participations à tous les stades de la procédure», entre 2010 et 2012, alors qu’il était chargé d’une mission de service public (membre du comité des vins de l’INAO, rattaché au ministère de l’Agriculture) et avait des intérêts dans plusieurs propriétés candidates et primées, dont Angélus.

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Philippe Castéja, autre ponte du Bordelais et propriétaire du château Trotte Vieille, qui avait comparu également fin septembre, a été relaxé.
En 2012, Angélus avait été promu premier grand cru classé « A », sommet de la pyramide, et Trotte Vieille maintenu « B ». Huit autres propriétés candidates pour lesquelles M. de Boüard était consultant ou superviseur avaient par ailleurs été récompensées. Au procès, les deux prévenus avaient toutefois nié en bloc avoir usé d’une quelconque influence dans ce prestigieux classement, révisable tous les dix ans, qui garantit d’importantes retombées commerciales, financières et médiatiques. Mais le tribunal correctionnel a finalement estimé que le comportement de M. de Boüard, absent lundi, était «manifestement l’expression d’un entre-soi » et un « trouble grave à l’ordre public économique et social». 

«Des termes cinglants», a relevé Me Eric Morain l’avocat des parties civiles, trois propriétés familiales recalées en 2012. «C’est un bel épilogue et un soulagement après huit ans de parcours du combattant», a-t-il ajouté, malgré la pointe de déception de ses clients qui n’ont pas obtenu de dommages et intérêts.

 – «20 caisses d’Angélus !» –

«Il est condamné à 20 caisses d’Angélus!…», déplorait ainsi l’un d’eux, dans une analogie avec le prix élevé du vin de M. de Boüard, qui avait déclaré à l’audience entre 500.000 et 3 millions d’euros de revenus annuels. «Mais on a gagné!», s’empressait de lui rappeler une autre. «Ce jugement, c’est aussi un appel pour que les choses se fassent mieux à l’avenir», a repris Me Morain. Ce classement «est une vitrine qui doit être irréprochable et qui ne l’a pas été (en 2012)». Conseil de M. Boüard, Me Antoine Vey a indiqué à l’AFP qu’ils se laissaient le temps  de comprendre le jugement avant de décider de faire appel ou non.

Même si la tentation de laver son nom pourrait l’emporter, un appel prolongerait la procédure pénale de plusieurs mois avec le risque de jeter le discrédit sur la mouture 2022 du classement, en cours d’élaboration sur des critères plus ou moins semblables à celui de 2012 et attendue pour juin.
D’autant plus que sur un autre front judiciaire, la cour administrative d’appel de Bordeaux doit se prononcer sur la validité de ce classement, contestée pour la pertinence de certains critères de notation. Une décision est attendue pour début 2022, avant la publication du nouveau classement.

«Si le juge administratif annule le classement 2012, alors le 2022, un copié-collé du précédent (en termes de critères, ndlr), risque la même chose. Et il pourrait même ne plus y avoir un classement de Saint-Emilion avant un bon bout de temps»…, souligne Pierre Carle, propriétaire associé de Croque-Michotte, un des trois châteaux plaignants.

Hors des prétoires, la stature du classement a été égratignée cet été par la non candidature pour 2022 des châteaux Ausone et Cheval-Blanc, un séisme à l’échelle locale. Comme d’autres, ces poids lourds historiques, les deux seuls à être premiers grands crus classés « A » depuis l’origine, jugent que ses critères laissent trop de place à des « éléments secondaires » (notoriété, accueil du public…) au détriment des «fondamentaux» (terroir, dégustation…).
Un claquage de porte que tout le monde ne peut pas se permettre. Selon l’INAO, il y a plus de domaines candidats en 2022 qu’en 2012.  

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