On a goûté le plus vieux Single Malt du monde

La carafe et l’écrin d’un Single Malt âgé de 80 ans ont été vendus aux enchères par Sotheby’s à Hong-Kong ce 7 octobre. Les 166 775 € (hors frais de Sotheby’s) qui ont été recueillis seront versés à l’organisation caritative écossaise Trees for Life. Elle œuvre à la reconstitution de la forêt calédonienne. Seules cinq carafes (sur 250 pour le monde) seront disponibles à la vente en France et en exclusivité à la Maison du Whisky (98 000 € pièce) !

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C’est fin septembre dernier, sous les ors des salons de l’Ambassade de Grande Bretagne, que «Generations 80», le premier joyau d’une série à venir, faisait son apparition à Paris, dévoilé par Gordon & MacPhail, seul éleveur-embouteilleur à faire remplir ses propres fûts sélectionnés au sein des distilleries. Dans un silence recueilli et reconnaissant, quelques privilégiés impressionnés par l’extrême rareté du produit, ont pu approcher le plus vieux Single Malt du monde, l’observer attentivement avant de savourer avec respect quelques centilitres de ce témoin miraculé d’une époque malmenée. Il a en effet été mis en fût le 3 février 1940 à la distillerie Glenlivet par Gordon & MacPhail à qui l’a embouteillé 80 ans plus tard, le 5 février 2020. 

Un flacon design et contemporain

Royal, le single malt trônait sur le socle de son écrin en bois de chêne créé par l’architecte et designer ghanéen-britannique, Sir David Adjaye Obe, très investi dans sa mission. Il a pensé le coffret comme une «maison» ajourée pour laisser filtrer la lumière et dont la porte coulisse vers le haut  pour symboliser le chêne –premier berceau du whisky – qui grandit en forêt pendant 80 voire 100 ans pour atteindre sa maturité. Les sillons creusés dans le cristal de la carafe carrée comme un encrier d’autrefois, n’ont pas seulement un superbe effet design et contemporain. Ils ont été imaginés pour qu’un droitier aussi bien qu’un gaucher puisse la saisir. Lentement, en prenant le temps. 

C’est tout d’abord rempli de Jeres que le fût partit d’Espagne pour rejoindre l’Ecosse. Vidée de son contenu, la barrique poursuivit son périple jusque chez Glenlivet dans le Speyside. A l’époque, la distillerie maltait son orge et chauffait ses alambics à feu nu, produisant un distillat plus massif et huileux, en parfaite communion avec le fût de Jerez spécialement sélectionné pour l’accueillir. Un tonneau sur mesure pour un sommeil long de huit décennies sous la surveillance accrue, patiente et attentive de plusieurs générations de la famille Urqhart, fondatrice de Gordon & MacPhail en 1895. Car ce whisky fut pensé bien avant ces temps O combien difficiles pendant lesquels la distillerie resta bloquée à un tiers de sa production avant de s’arrêter complètement en 1943 comme des centaines d’autres. C’est parce que Gordon & Mac Phail était une maison familiale et indépendante qu’elle a pu s’assurer du suivi de ses fûts sélectionnés. D’autant que le début du XXème consacrait les blended élaborés avec des single malts dont les stocks diminuent à vue d’œil… Il faudra attendre 1980 pour que le single malt retrouve ses lettres de noblesse.

Une robe sirupeuse et lascive

Nimbé des mystères d’antan, l’octogénaire plein de vigueur nous en a mis plein la vue (le nez et la bouche aussi). La robe sirupeuse s’est déployée lascivement, le tournoiement léger insufflé au verre impulsant une valse étourdissante de beaux reflets dansants, miroitants, auburn et chatoyants. Miel, orange, bois précieux et bois noble tout juste ciré, myriade de pétales de fleurs séchées, clémentine fraîchement épluchée, fruits secs, tabac, menthe, épices douces, réglisse… Un florilège d’émanations relatait le passé au présent. Comme si chaque jour des 80 années avait amené au breuvage son lot d’effluves et sa patine tout en retenant avec force les fragrances – mais pas que – des meilleurs havanes. Et les cinq sens de vagabonder vers ces grands cigares cubains au toucher doux, tendre et moelleux, vers les volutes enivrantes de ce Sir Winston fabuleux roulé dans sa cape aussi brune que le whisky de jadis qui a laissé son odorante empreinte jusque dans sa boîte en bois pour la communiquer au vieux malt. Parfois très sec en bouche parfois doux, onctueux, crémeux, ce Générations 80 ans associe profondeur, maturité, fraîcheur, chaleur, élégance. Un splendide brut de fût titrant 44,9%, unique au monde.

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