Oser les russian lips, c’est politique !

Et si les russian lips étaient une nouvelle façon d’afficher son refus de faire la guerre ? La chronique hebdomadaire de Catherine Schwaab.

Par conscience politique, on avait déjà boycotté la vodka russe, le caviar russe – et iranien aussi, tant qu’à consommer correct. Mais question beauté, la décision est rude. Bannir ou oser les « russian lips » ? That is the question. Obligée de convenir que, si la beauté est sans frontières, le mannequinat est dominé depuis des années par ces sublimes créatures slaves, pommettes hautes, peau de velours, regard de chat et… bouche pulpeuse. Enfin, pulpeuse, c’est au-delà de la pulpe. Quand on parle de russian lips, on ne parle pas de lèvres russes au naturel, non, on parle de « Création » avec un grand C. Les russian lips, comme on dit en bon français, c’est d’abord une technique hautement sophistiquée pour tourner le dos à la vulgaire bouche de canard.

Les russian lips vous font une bouche en cœur, comme celle de toutes les filles russes

L’idée, en résumé, est une augmentation de la lèvre en hauteur et non en épaisseur. Apporter un arrondi et redessiner l’arc de Cupidon en forme de cœur. C’est subtil. Je m’explique : on injecte l’acide hyaluronique dans le contour des lèvres et non dans leur bombé. Ainsi, on les retrousse plutôt que de les projeter en avant comme un canard. Vous me suivez ? Pour comprendre, observez la bouche de Kim Kardashian et celle de Marina Ovsiannikova, la courageuse journaliste qui a brandi la pancarte antiguerre sur le plateau du 20 heures à Moscou . Comparez les deux, c’est l’évidence. Les russian lips vous font une bouche en cœur, comme celle de toutes les filles russes. Oui, baladez-vous à Moscou, il n’y a guère que les babouchkas et Poutine qui n’ont pas la bouche en cœur. Je blague, évidemment. D’ailleurs le camarade président ne crache pas sur la seringue, c’est visible à l’œil nu. Si ses injections étaient du gaz hilarant, il serait mort de rire depuis longtemps.

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Sérieusement, les russian lips proviennent en fait d’une mode des patientes les plus difficiles dans le monde de la médecine esthétique : les épouses – et maîtresses – d’oligarques. Ce sont elles, ces créatures de rêve, qui ont bâti la fortune de pas mal de nos grands spécialistes français. Elles qui ont fait confiance à leur sens de l’esthétique, à leur regard laser et à leurs injections parfaites, ni trop ni trop peu. Enfin, parfois un peu trop, mais ce que Vlada, Natacha, Svetlana veulent… Le Dr David Modiano en voit arriver tous les jours dans son cabinet, des lèvres-catastrophes tellement boursouflées « qu’elles cachent les dents, le sourire, bref, le charme ». Dieu de la seringue – et de la correction –, il retire le produit, resculpte, redonne confiance, enseigne à ses jeunes patientes l’« esthétique de la beauté dynamique ». Certaines l’écoutent et comprennent, d’autres sont sourdes. Leur objectif : arborer en permanence une bouche en train de faire un bisou. Un parti pris pour harponner tous les Abramovitch de la terre.

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Lire aussi. On peut désormais créer sa propre teinte pour les lèvres

Jusqu’ici donc, la bouche en cœur se pratiquait en soirée, entre blinis et Shampanskoye, de préférence avec un décolleté et quelques bricoles de chez Chaumet. Ou au Goum, en face du Kremlin, chez Gucci, Chanel ou Vuitton, quand vous vouliez ressembler à vos très chères clientes. Mais, aujourd’hui, on s’interroge : et si les russian lips étaient une nouvelle façon d’afficher son refus de faire la guerre ? Une bouche en cœur, au fond, c’est que du grand cœur. Puisque toute manifestation d’opposition en Russie vous vaut un brutal corps-à-corps avec la « Securitate » voire des années sans Botox au goulag sibérien, eh bien, montrer une bouche pleine d’amour et d’acide hyaluronique exprime ce que les mots ne peuvent clamer. Faites vos lèvres, pas la guerre.

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