«Pour « De son vivant », je me suis posé des questions existentielles »

Récompensé du prix du meilleur acteur lors de la cérémonie des Lumières de la presse internationale, Benoit Magimel s’est confié avec émotion sur le rôle de Benjamin dans «De son vivant».

Paris Match. Eprouvez-vous de la fierté de ce recevoir ce prix de la part de la presse internationale?
Benoit Magimel . Pas vraiment de la fierté car cela fait des années que j’ai commencé ma carrière mais c’est intéressant que ce soit un prix de la presse internationale. Le cinéma est un art universel, et c’est intéressant que le film «De son vivant» d’Emmanuelle Bercot , malgré son sujet difficile (la maladie et la mort, Ndlr) parle à des personnes de cultures différentes.

C’est important pour vous que ce soit un prix pour ce rôle-là précisément, pour votre interprétation de Benjamin?
C’est un film qui parle de transmission, de vie, de mort, Benjamin est un personnage difficile à garder à distance. C’est toujours nécessaire à un moment de tirer le rôle vers sois-même. Emmanuelle Bercot m’avait donné un peu de nourriture, des documentaires sur des gens en fin de vie, comme on les suit. Tout ça a été très émouvant. Puis, elle m’a donné le contact avec une cancérologue. J’ai assisté discrètement à des entrevues avec des gens qui venaient pour obtenir les résultats d’un examen. Mais très vite, on s’aperçoit que ça ne sert à rien, en définitive. C’est leur parcours, c’est leur histoire. Une fois que l’on a compris ça, on n’a pas d’autres choix que de tirer vers soit et à partir de là, ça a un impact car on réalise ce qui est précieux, ce qui est essentiel. Forcément, on passe par des étapes de colère, de déni. Il y a tout un tas de choses comme ça qui se mettent en place. Qu’est-ce qu’on fait quand on sait le temps qu’il nous reste à vivre. Cela devient obsessionnel. Le médecin Gabriel Sara est quelqu’un de particulièrement étonnant par ses méthodes, par sa manière d’approcher les patients.

Pendant très longtemps, je n’étais pas du tout d’accord avec lui. J’étais contre sa méthode. On a tous un rapport différent à la mort, suivant ce qu’on a vécu, ce que l’on aurait aimé vivre. Cela m’a pris un certain temps avant de comprendre ce que ce médecin souhaitait et donc d’approcher mon personnage. C’est un homme incroyable, Gabriel Sara. Aujourd’hui en France, on enseigne la médecine en expliquant qu’il ne faut pas avoir trop d’empathie, qu’il ne faut pas approuver trop de compassion car vous allez avoir beaucoup de cas graves et que les bonnes nouvelles sont rares. Comment faire pour que le personnel soignant ne soit pas éprouvé? Ce film soulève tout un tas de situations et de questions. Le supposé savoir médical est parfois tellement écrasant que quand vous avez un proche qui doit être soigné, vous vous sentez démunis, vous n’osez pas prendre la parole Quand vous commencez à plonger dans un univers comme celui ci, ça raisonne en vous de manière assez immédiate, alors qu’avant ça ne vous effleurez même pas l’esprit. Le film est un parcours initiatique pour ce jeune homme d’une quarantaine d’années que j’interprète. Qu’est-ce qu’on laisse derrière soi? C’est très dur d’accepter de dire que l’on est passé à côté de sa vie. Ce sont toutes ces questions existentielles que je me suis posées.

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