Pourquoi faut-il goûter Grand Siècle, la nouvelle pépite des champagnes Laurent Perrier

Elle a installé son bureau à côté de celui de Michel Fauconnet, le chef de cave de la maison, peut-être pour rester au plus près de la production et s’imprégner de la culture vinicole dont ce dernier a une totale maîtrise. Mais, à quelques dizaines de mètres, dans une autre aile des bâtiments historiques de Tours-sur-Marne, au siège de l’entreprise, c’est une pièce plus secrète dont elle pousse la porte avec émotion, celle du bureau de son grand-père, Bernard de Nonancourt, décédé il y a 11 ans. Elle avait moins de 20 ans.
Elle entre sur la pointe des pieds dans cette salle où personne n’a osé déplacer le moindre meuble et vous fait signe de la suivre. Bernard de Nonancourt y avait posé ses dossiers en 1948. Il avait 28 ans et devenait président de Laurent-Perrier. Il allait faire un must champenois de cette marque que personne n’attendait vraiment. La maison était encore dans l’ombre des grands noms installés depuis belle lurette. L’homme avait de l’énergie à revendre et une vision sur le long terme. Un chef d’entreprise né.

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Savoir s’entourer

Entre sous-main et pot à crayon, on remarque des photos du vicaire Henri Grouès, alias l’abbé Pierre, seul ou en compagnie du grand-père. Les deux hommes s’étaient rencontrés pendant la guerre, dans le maquis, quand Bernard de Nonancourt tentait de rejoindre l’Espagne. L’abbé Pierre dirigeait une filière de la résistance grenobloise.
Encadré au mur, le même Bernard en compagnie de l’acteur Michael Douglas dans une ambiance de paillettes. Quelques centimètres plus loin, le voici avec le prince Charles, le prince du Danemark, le comte Mountbatten de Birmanie ou en compagnie du grand-duc Wladimir de Russie. Souvent, l’homme dépasse les autres d’une bonne tête et affiche un large sourire. Avec une bonne humeur communicative, il a converti toute une génération aux fines bulles de cuvées en avance sur leur temps. «Il s’était engagé corps et âme dans l’aventure entrepreneuriale» commente sa petite-fille. Le succès et la prospérité de Laurent-Perrier furent son œuvre. Pourtant, c’était bien son frère Maurice, d’un an et demi son aîné, qui avait été désigné pour reprendre l’affaire. Le destin en décida autrement. Maurice, lui aussi résistant, fut arrêté par la Gestapo à Luchon, en Haute-Garonne et déporté dans le camp d’Oranienbourg, en Allemagne, où il trouva la mort.

Ame résistante

Plusieurs fois, Bernard de Nonancourt témoigna de son désir de vengeance. Un sentiment qui l’accompagna quand il rejoignit la division Leclerc, libéra le camp de Dachau, et se rendit jusqu’à Berchtesgaden, au nid d’aigle d’Adolf Hitler, où il fut chargé de faire l’inventaire de la cave du führer. Dans la famille, on dit que l’obstination de Bernard à faire de Laurent-Perrier une entreprise exemplaire fut aussi un hommage à son frère trop vite disparu.
Avec Edouard Cossy, en charge de la partie commerciale, Lucie Pereyre de Nonancourt veille sur Grand Siècle, une cuvée pour laquelle son aïeul s’était beaucoup investi.

Elle garde en tête l’image de ce «très bon vivant qui aimait les autres, les bons vins, la gastronomie, très rieur, blagueur, simple, sincère. J’aimerais aujourd’hui en savoir plus sur lui, sur cet esprit d’innovation qui l’animait, sur ce qui le poussait à se distinguer dans sa production, à faire un vin d’une grande fraîcheur, d’une grande pureté, éloigné de ce qu’élaboraient la plupart des autres. Grand Siècle allait à contresens de ce qui se faisait alors. C’était, en quelque sorte, une cuvée disruptive». Elle prend le relais sur ce «vin qui a la sagesse d’un homme mature et la vibration d’un homme jeune» dit-elle. Bref, elle doit redonner à la prestigieuse étiquette toute sa contemporanéité.

Une cuvée tournée vers l’avenir

Fille d’Alexandra de Nonancourt, elle est née à Nice, Poisson ascendant Cancer, ne se souvient pas de ses premières années passées à Londres. Elle grandit à Château-Thierry puis, un peu plus tard, sa famille part à Lausanne. Elle a étudié à Genève : «J’étais dans le monde de la psychologie scientifique, mais je trouvais ce secteur très fermé. J’avais l’impression de vivre dans un lieu clos. Cela ne me suffisait pas. Je me suis orientée vers le commerce». Elle a rejoint le service marketing de Marqués de Riscal, un acteur viticole de premier plan dans la Rioja, en Espagne. En parallèle, elle passait le WSET, son diplôme d’œnologie.

Lucie vit à Reims «ville agréable, écolo» depuis 2019. Depuis 2019, avec elle, le champagne Grand Siècle évolue : «Nous avons décidé de donner un numéro à chaque assemblage. Chacun ne compte que trois années». Elle est très investie dans son nouveau rôle. Dans la salle de dégustation, au cœur du cuvier repensé par l’architecte Jean-Michel Wilmotte, on déguste les derniers opus de Grand Siècle. La qualité de ce champagne, alliée à la détermination de Lucie Pereyre Nonancourt, laisse augurer un bel avenir à la maison. Aujourd’hui, Grand Siècle représente moins de 300 000 bouteilles, soit une toute petite partie de la production de l’entreprise.

Laurent-Perrier est aujourd’hui propriétaire de 170 hectares en propre et l’ensemble des approvisionnements en raisin représente une surface de 1 500 hectares. Le travail de précision est rendu possible par un arsenal de 700 cuves de vinification. La maison possède encore un réseau de 12 kilomètres de caves. Enfin, pour recevoir, elle a un château, un privilège rare pour une marque de champagne. Le Château de Louvois, construit au 13ème siècle, fut au fil des siècles embelli par Vauban, Le Nôtre ou Mansart. Bernard de Nonancourt en fit l’acquisition en 1989. L’orangerie va être transformée en lieu de réception. Les clients étrangers adorent poser leur hélicoptère dans ce domaine tellement français. Au moment où le monde entier veut du champagne, Lucie Pereyre de Nonancourt dispose d’une pure pépite. 

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