Pourquoi le vin naturel est-il cher ?

Si le vin naturel est plus cher, les vignerons qui le produisent ne sont pourtant pas riches. Les raisons évoquées sont toujours les mêmes : ce sont des vins faits à la main, sans mécanisation à la vigne. Les surfaces cultivées sont plus petites qu’en conventionnel et les rendements moindre (moins de 40 hl/ha en moyenne). L’utilisation de peu ou pas de produits phytosanitaires rend le travail plus long, plus minutieux et, globalement, plus coûteux. Et les choses ne vont pas aller en s’améliorant : «Cette année, à cause du gel, il a fallu sortir beaucoup plus de trésorerie que d’habitude pour les bougies, les éoliennes, les salaires» explique la vigneronne Catherine Breton (Restigné, Loire). «Ces changements sont très onéreux. Il y a trente ans, on arrivait à anticiper les charges variables. Le coût des vendanges pouvait passer de trois à huit, mais les traitements étaient les mêmes. Désormais, avec le changement climatique, il ne doit plus y avoir un seul grain de sable dans l’engrenage : les fluctuations sont trop importantes». 

Sauver un patrimoine

Résumons. Chez les viticulteurs qui se revendiquent du mouvement «nature», la plupart des gestes sont faits à la main : taille, traitement, binage, ébourgeonnage, palissage, récolte, sans compter toutes les étapes au chai, pour un total de «160 gestes à la vigne et autant sur le vin» affirme le vigneron Pierre Breton (Restigné, Loire). «Or, dans les vins naturels, il faut un employé pour quatre hectares ; en conventionnel, il en faut un pour 20».

Quant aux néo-vignerons sans patrimoine, ils doivent emprunter et mobiliser beaucoup de ressources pour se lancer. Et même lorsqu’ils sont du cru, les débuts sont forcément difficiles : «J’accuse le coup de la conversion en biodynamie, de l’achat de matériel, du petit outillage » nous confie la jeune Justine Vigne  (Richerenches, Rhône méridional), installée depuis quatre ans et qui élève ses vins en amphores. « Je viens d’acheter 5 hectares, j’ai des stagiaires et je prévois embaucher. La vraie question, c’est : jusqu’où je peux dégrever sur mon propre salaire pour garder un employé ?».    

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Un choix militant 

Si les vins naturels sont plus chers, entre vingt et trente euros en moyenne, ils sont dans tous les cas synonymes d’un travail d’artisan et non un produit de luxe. Beaucoup d’amateurs revendiquent un geste militant : «Non seulement le vin naturel est meilleur pour le corps, affirme Pierre Breton, mais en faisant ce choix, on encourage une économie locale et la vitalité des campagnes. Je paie mes employés correctement et ils travaillent avec moi depuis vingt-cinq ans : ce sont autant de familles qui vivent en zone rurale, où l’école et La Poste restent ouvertes». Pour Justine Vigne, c’est aussi contribuer à une agriculture propre, tournée vers la pérennité des sols : «Si l’on payait le vrai coût pour la planète d’un produit en conventionnel en matière de bilan carbone, elle coûterait beaucoup plus cher !». Même son de cloche chez Catherine Breton : «Dans une bouteille de 75 cl, il y a l’humain et la préservation d’un terroir, mais aussi et surtout la protection de la nature. Parfois, dans les coteaux, on se dit qu’on est fous… Il faut avoir des convictions écologiques très profondes pour continuer».

Vraiment plus cher ? 

Co-auteur du Glou Guide (éditions Cambourakis), le journaliste Jérémie Couston nuance cependant cette idée de cherté : «Si certaines bouteilles sont chères, c’est aussi à cause des intermédiaires : une bouteille vendue 10 euros par le vigneron sera vendue deux fois plus chère chez le caviste, voire 2,2 fois plus chère à Paris, et cinq fois plus au restaurant. Pourtant, les vignerons ne roulent pas sur l’or, ne partent pas en vacances et n’ont pas de grosses voitures». Le premier vigneron nature du Glou Guide t. 1 (2018) est, d’ailleurs, le moins cher de France : Louis Julian, à Ribaute-les-Tavernes dans les Cévennes, propose une bouteille de blanc à 2,70 euros le litre. Avec plus de 450 références à ce jour, le Glou Guide offre autant de pépites pour se régaler sans se ruiner. 

GlouGuide t.4, Terroirs, cépages et élevages rares. 120 vins naturels EXCEPTIONNELS, Antonin Iommi-Amunategui, Jérémie Couston et Olivier Grosjean, Cambourakis, 2021. 

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