Pourquoi les États-Unis sont-ils autant touchés par les tornades ?

DÉCRYPTAGE – Plusieurs dizaines de tornades ont dévasté cinq États américains, causant au moins 94 morts et plusieurs dizaines de blessés. Pourtant, il est rare que celles-ci se développent en cette saison.

Dans la nuit de vendredi à samedi 11 décembre 2021, une série de tornades s’est abattue sur le centre sud des États-Unis, causant au moins 94 morts et des dizaines de blessés. Cet événement historique a été qualifié comme l’un des pires que le pays ait connu. Alors que le Tennessee dénombre quatre décès, l’Arkansas deux, le Missouri deux et l’Illinois quatre, le Kentucky a été l’État le plus touché avec au moins 80 morts. Son gouverneur Andy Beshear a dit craindre que le bilan ne dépasse les 100 décès.

Comment se forment ces tornades et pourquoi les États-Unis en sont souvent victimes ? La France pourrait-elle connaître des épisodes météorologiques similaires ?

Tout d’abord, une tornade est un phénomène orageux plus ou moins violent, provoquant un mouvement tourbillonnaire d’une centaine de mètres. D’après Cyril Bonnefoy, météorologiste à la Chaîne Météo*, pour que celle-ci se forme, il faut un contraste d’air important entre l’air froid et l’air chaud : «L’air chaud en fait plus léger que l’air froid à tendance à s’élever. Il va se mettre en relation avec l’air froid qui lui va descendre vers le sol.» Ce qui va créer un mouvement rotatif.

Toutefois, ce phénomène ne va pas se produire n’importe où. Pour cela, il faut que plusieurs conditions soient réunies, explique à son tour Fabio d’Andrea, chercheur du CNRS au Laboratoire de météorologie dynamique au Figaro. Tout d’abord, il faut «un terrain plat, comme une grande plaine». Ensuite, «il faut un orage très fort ainsi que des rotations de haut en bas». La conjugaison du contraste de masse d’air et de terrain va alors réunir toutes les conditions pour qu’une tornade se forme.

C’est pourquoi les États-Unis, avec ses grandes plaines, sont particulièrement propices à ce phénomène climatique. «Tout est réuni pour qu’il y ait des outbreak (épidémie) de tornades», fait savoir Cyril Bonnefoy. À cela s’ajoute une particularité : les États-Unis sont au carrefour de différentes influences climatiques, dont celle du Mexique où le climat est tropical. Les eaux chaudes du golfe du Mexique et son air chaud, chargé en humidité, peuvent remonter jusqu’aux grands lacs et parfois jusqu’au Canada. A contrario, au Canada, une masse d’air sec et froid va descendre jusqu’au nord-ouest des États-Unis, ce qui va créer des situations orageuses comme nous avons pu l’observer le week-end dernier.

Cela peut-il arriver en France ?

À la différence des États-Unis, la France n’est pas constituée de grandes plaines aussi étendues. «Des tornades peuvent effectivement se former, mais dans des proportions bien moindres», souligne le météorologiste Cyril Bonnefoy. Selon lui, il a déjà été possible d’en observer certaines dévastatrices dans les Hauts-de-France. Mais à la différence de celles outre-Atlantique, les tornades en France auront une durée de vie beaucoup plus courte car elles ont moins de terrain pour se déplacer.

De plus, le contraste thermique n’est pas aussi marqué. «On a la Manche, la mer du Nord, qui ont tendance à adoucir la masse d’air. Donc cela serait très difficile de rencontrer des conditions similaires», continue le spécialiste. «Mais ça peut arriver!». Pour Fabio d’Andrea, la côte Atlantique, le nord-ouest de la France et la côte méditerranéenne sont aussi sujets à de violents orages, «surtout au début de l’automne avec la chaleur de la Méditerranée», ajoute-t-il.

Le réchauffement climatique a-t-il un impact sur les tornades ?

D’après les deux chercheurs, les études ne permettent pas de prouver pour le moment que le réchauffement augmente la fréquence de ce phénomène météorologique ou son intensité. Toutefois, celui-ci peut avoir un impact sur leur apparition. Par exemple, il est rare que celles-ci se produisent en hiver, «c’est plutôt au printemps que les contrastes thermiques sont importants», note Cyril Bonnefoy. Or, cinq États des États unis ont été ravagés ce week-end, en plein milieu du mois de décembre. Comment expliquer cela?

La semaine dernière, il a été possible d’observer des hausses de températures allant parfois jusqu’à 22 à 25 degrés dans des régions où il gèle à cette époque. Pour le chercheur, cela explique pourquoi cet événement s’est produit : «Le changement climatique peut amener à des situations propices à des formations de tornades à des périodes où avant on n’en avait pas.»

Pour résumer, les États-Unis ont un terrain géographique propice à la formation de tornades, d’abord par ses grandes plaines, mais aussi du fait de son carrefour entre les différentes influences climatiques. A contrario, la France ne dispose pas des conditions nécessaires à ce type de phénomène météorologique, du moins à cette intensité.

*La Chaîne Météo appartient au groupe Figaro.

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