Que boivent les vignerons à Noël ?

Au cours d’un reportage en Corse, la vigneronne Muriel Giudicelli nous confiait qu’en vacances, elle ne buvait jamais – non pas pour avoir un teint de pêche, mais parce que chaque gorgée de vin, que ce soit le sien ou celui de ses collègues, s’apparentait à un travail. Serait-ce donc impossible, pour un vigneron, de boire de manière insouciante et joyeuse ? Quid des moments de fêtes et ses repas joyeusement arrosés ?

Voyager par les papilles

«C’est difficile de boire sans analyser le vin» confirme Jérôme Neumeyer du Domaine Neumeyer (Molsheim, Alsace). «Forcément, à Noël, je ne bois pas mes vins. C’est important de goûter beaucoup de choses, pour ne pas s’enfermer dans une vision unique». Pour ce vigneron alsacien, Noël est l’occasion d’ouvrir des bouteilles des grands domaines du Beaujolais (Thévenet, Foillard), de la Loire (Domaine Ménard) ou étrangers, comme un Barolo du Domaine Ceretto. 

Une impression confirmée par Sébastien David (Saint Nicolas de Bourgueuil, Loire) :  «J’ai réalisé que je n’associais plus mes vins avec le repas. Quand j’invite des amis, j’évite de boire mes vins ! Mais je crois que c’est un tort. En Géorgie, on mange le vin, on sort du culte du vin, pour aller vers la culture. Et comme je profite de Noël pour aller en Arménie et en Géorgie, je bois aussi beaucoup de vins de ces régions». 

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Difficile consensus 

Il arrive aussi que les vins des vignerons nature ne fassent pas consensus autour de la table. Fabien Chanavas par exemple, du Domaine du Petit Bonhomme (La Motte d’Aigues, Vaucluse) en a fait l’expérience. «Je n’arrive pas à imposer mon goût pour les vins naturels», explique-t-il. «J’essaie de présenter au moins des vins bio ou en biodynamie. Mais avec ma famille élargie, on ne boit pas mes vins parce que c’est trop atypique  ! Ma mère me traite d’écolo… Pour elle, c’est un défaut».

Célia Rostand et David Large, en couple à la campagne et dans la vie, abordent cette période de façon radicalement opposée. Installés à Montmelas (Beaujolais), Célia, d’un naturel enthousiaste, devient nostalgique à l’approche des Fêtes : «Je suis originaire de Tarerach, un petit village du Roussillon. A Noël, j’aime bien boire les vins de ma région, comme ceux de Gilles Troullier par exemple. J’adore les vins du Beaujolais et nos propres vins, mais c’est un moment où j’ai envie de retrouver quelque chose de plus ancien». David, lui, a envie de voyager. Vigneron amateur de hip hop (ses étiquettes laissent toujours apparaître quelques vers de rap), il profite de Noël pour s’évader : «Je goûte surtout des vins autrichiens et allemands. Le grüner veltliner du Domäne Wachau, par exemple, ça vaut le voyage».

Le temps des millésimes 

Pour la jeune Zoé Puzelat, fille de Thierry Puzelat (Clos du Tue-Boeuf, Les Montils, Loire), Noël est un moment d’étude très à part : «Je ne bois pas mes vins sur une base régulière, mais, pendant des périodes exceptionnelles comme Noël, mon père et moi en profitons pour goûter de vieux millésimes : les nôtres et ceux des amis». Père et fille s’amusent donc à déceler, entre telle et telle année, les particularités imprégnées par une personne au style reconnaissable ou la marque d’une météo capricieuse ou clémente. Voyager dans le temps ou l’espace : même avec des restrictions aux frontières, le vin reste toujours le plus élégant des moyens de transports, dans tous les sens du terme. 

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