que sait-on des deux Britanniques détenus par l’armée russe ?

FOCUS – Aiden Aslin, 28 ans, et Shaun Pinner, 48 ans, sont apparus dans deux vidéos russes, demandant à Boris Johnson d’être échangés avec Viktor Medvedchuk.

«Je suis Shaun Pinner, je suis un citoyen britannique et j’ai été capturé à Marioupol». C’est ainsi que commence la vidéo publiée sur les écrans russes lundi 18 avril. Bien rasé, le visage tiré, le citoyen britannique, vêtu d’un pull à capuche marqué, semble fatigué. Face caméra, l’homme d’une cinquantaine d’années dit s’être fait capturer à Marioupol, la ville portuaire assiégée depuis plusieurs semaines. Aujourd’hui, il demande à Boris Johnson d’être échangé, -avec un autre citoyen britannique-, contre un homme politique ukrainien proche du Kremlin.

Le deuxième Britannique en question se nomme Aiden Aslin. Ce jeune homme de 28 ans est apparu à la télévision russe quatre jours plus tôt, le 14 avril, dans la soirée. À la différence de Shaun Pinner, celui-ci était menotté et directement interviewé par un journaliste russe, qui lui posait des questions très directes : «pourquoi certaines personnes tuent des civils», ou encore «n’êtes-vous pas surpris de cette attitude envers les civils»… L’homme répond aux questions, assis sur une chaise, vêtu d’un t-shirt arborant l’emblème du bataillon d’extrême droite ukrainien Azov. Si ces deux citoyens britanniques se retrouvent au cœur de la propagande russe, plusieurs questions se posent : que faisaient-ils en Ukraine ? Qui sont-ils ? Peuvent-ils être échangés ? Le Figaro fait le point.

Qui sont les deux Britanniques retenus par les Russes ?

D’après les informations du Times , un quotidien britannique, Aiden Aslin, 28 ans, est un ancien soignant. Originaire de Newyark, le jeune homme a déjà connu la guerre : il s’était engagé en 2015 auprès des unités de protection du peuple Kurde (YPG) en Syrie, il a participé en 2017 à la «bataille de Raqqa» où il a été confronté une nouvelle fois aux djihadistes, et s’est ensuite rendu en Grèce dans un camp de réfugiés Kurdes. Lors de son premier retour de Syrie en 2015, il avait été arrêté pour soupçons d’infractions terroristes. Les charges à son encontre avaient finalement été levées.

Après toutes ces aventures, Adrien Aslin a quitté son pays natal pour rejoindre l’Ukraine et y rencontre sa femme, ukrainienne. Il rejoint alors le corps de l’infanterie de Marines de l’Armée ukrainienne. C’est dans ce cadre-là qu’il intègre la 36e brigade de Marine. Il n’a donc pas le statut de mercenaire, comme l’ont affirmé les Russes dans la vidéo. En effet, le mercenariat consiste à se vendre comme soldat à un pays étranger, c’est une personne qui n’habite pas dans le pays concerné qui est recrutée pour se battre.

Shaun Pinner, originaire du Bedfordshire, est un ancien militaire britannique. L’homme de 48 ans a servi pendant neuf ans, selon The Times , dans le Royal Anglian Regiment – un régiment d’infanterie de l’armée britannique. Sa famille l’a décrit dans un communiqué publié lundi comme un homme «drôle, très aimé et bien attentionné». D’après elle, il était «très respecté» dans l’armée britannique. En tant que militaire, il a effectué plusieurs missions à l’étranger, notamment en Irlande du Nord et en Bosnie.

Mais comme Aiden, en 2018, il quitte son pays et s’installe en Ukraine, qu’il décrit comme sa «terre d’adoption», a fait savoir sa famille. Il y rencontre sa femme, s’enrôle dans l’armée ukrainienne pour y mettre «à profit son expérience antérieure et sa formation». «Il évolue bien dans la marine ukrainienne et est fier de son unité», précise encore ses proches. Là aussi, Shaun Pinner ne peut être décrit comme un mercenaire ayant rejoint l’Ukraine.

Qui est Viktor Medvedchuk au cœur de l’échange ?

Lors des extraits vidéos, Shaun Pinner demande, avec Aiden Aslin, à être échangé contre Viktor Medvedchuk, homme d’affaires ukrainien connu comme étant pro Kremlin. Les autorités ukrainiennes venaient juste d’annoncer la capture de ce proche de Vladimir Poutine, le 12 avril dernier. Dans une courte vidéo publiée également lundi 18 avril par l’Ukraine, l’homme d’affaires et député déclare face caméra : «Je veux m’adresser au président russe Vladimir Poutine et au président ukrainien Volodymyr Zelensky avec la demande de m’échanger par la partie ukrainienne contre les défenseurs de Marioupol et ses habitants».

Viktor Medvedtchouk arrêté par les Ukrainiens le 12 avril. STATE SECURITY SERVICE / REUTERS

Viktor Medvedtchouk, douzième fortune d’Ukraine en 2021 avec 620 millions de dollars selon le magazine Forbes, est connu pour ses liens avec le président russe Vladimir Poutine qui est, selon l’intéressé, le parrain de l’une de ses filles. Il est le fondateur du parti prorusse «Plateforme d’opposition-Pour la Vie», qui comptait une trentaine de députés au Parlement ukrainien avant d’être interdit en mars, après l’attaque russe.

Interrogé sur un échange potentiel la semaine dernière, le Kremlin avait souligné que Viktor Medvedtchouk n’était «pas un citoyen russe».

Comment se positionne le gouvernement britannique ?

Face à l’enlèvement de deux de ses concitoyens, le bureau des Affaires étrangères et du Commonwealth britannique a appelé le Kremlin à traiter les prisonniers avec humanité. Le gouvernement britannique a apporté son soutien aux familles des deux hommes ces derniers jours, mais a déclaré que son recueil d’informations et son soutien consulaire sur le terrain étaient «limités». À la BBC, une source du ministère a condamné «l’exploitation des prisonniers de guerre à des fins politiques».

A qui revient la responsabilité de l’échange?

Comme l’ont signalé plusieurs médias britanniques, l’enlèvement des deux Britanniques en Ukraine relève d’une situation assez particulière. À la différence des Britanniques qui auraient rejoint la légion étrangère ukrainienne, les deux otages sont partis bien avant le conflit, et y ont trouvé un lieu d’adoption. Sur GB News, une chaîne d’information anglaise, Will Geddes, expert en sécurité, a déclaré que les deux ressortissants britanniques retenus en otage par l’armée de Poutine ne seront échangés contre des Russes que par l’État ukrainien.

D’après l’expert britannique, le fait que les deux hommes aient rejoint les forces ukrainiennes en 2018, qu’ils aient tous les deux des femmes ukrainiennes, et qu’ils vivent sur place, change la donne : «Cela démontre qu’ils font aussi partie de l’Ukraine et qu’ils ne sont pas sous l’entière responsabilité du gouvernement britannique», explique-t-il à la journaliste de la chaîne télévisée. Pour lui, c’est donc à l’Ukraine de procéder à l’échange de prisonniers.

À VOIR AUSSI – Guerre en Ukraine: Zelensky demande un échange de prisonniers à la Russie

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