quels sont les bilans et perspectives pour le marché des enchères en 2022 ?

Malgré les nombreux coups de semonce – dérèglement climatique, exportations en dents de scie, crise sanitaire, Brexit ou taxes Trump – qu’a subi la filière viticole depuis plus d’un an, certains secteurs se portent étonnamment bien. C’est notamment le cas du marché des enchères de grands vins et spiritueux, ces produits étant encore et même davantage recherchés par les amateurs et collectionneurs à la quête de belles affaires sous le marteau, source inépuisable de découvertes. Avec des prix et des adjudications qui se sont envolés en fin d’année 2021, il existe bel et bien de l’or dans les vignes, comme le révèle le dernier baromètre des enchères publié récemment par iDealwine. La plateforme – première maison française de vente de vin aux enchères – qui vient de dévoiler sa première offre de Bordeaux en primeur ainsi que l’ouverture d’une cave de stockage sécurisée, dresse dans son enquête l’état des lieux du marché, et trace les perspectives et tendances à venir. 

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Dynamisme des enchères et emballement des prix

Au cours de la dernière année, iDealwine a orchestré 48 ventes (contre 41 en 2020), montrant ainsi l’appétit toujours croissant des adjudicataires pour les vins rares et spiritueux anciens. Des clients qui viennent de 60 pays différents dont 49 % de Français, suivis par les amateurs européens (29 %) et par les Asiatiques (18 %), tous enclins à mettre le prix. «À noter également la forte présence des Américains en ce début d’année, avec une présence de +140 % sur le mois de mars. Des clients professionnels qui souhaitent réalimenter leur cave et des particuliers qui visent des produits très pointus», souligne Angélique de Lencquesaing, la cofondatrice de la maison. 

Au total, iDealwine a connu une forte croissance de ses ventes : +7 % en volume et +17 % en valeur. 190 164 flacons ont trouvé preneur, pour un montant record des adjudications qui s’élève à 27,4 millions d’euros (+17,5 %). Des chiffres qui mettent en lumière un effet prix majeur, le baromètre révélant que l’ensemble de l’exercice a été le théâtre d’une hausse significative des prix, concentrée sur les grandes signatures de la Bourgogne, de la Vallée du Rhône ou du Jura, et créant un déséquilibre entre l’offre – très faible – et une demande grandissante. «Ce phénomène de prix s’explique notamment par une digitalisation accrue des ventes, et par le fait que les grands vins français sont aujourd’hui devenus des actifs patrimoniaux à part entière», poursuit Angélique de Lencquesaing. Ainsi, en 2021, le prix moyen d’une bouteille a, lui aussi, progressé pour s’établir à 139 euros, soit une augmentation de 9 %. 

Quelles sont les régions viticoles stars des enchères ? 

Sans surprise, les trois régions gardant la pole position des préférences des acheteurs restent la Bourgogne, Bordeaux et le Rhône, représentant à elles trois 84 % de la valeur. En valeur, d’ailleurs, la Bourgogne a manifesté en 2021 une réelle montée en puissance, puisqu’elle est aujourd’hui la première région représentée aux enchères, avec un prix moyen du flacon qui caracole à 242 euros (+33 %), le tout dopé par des domaines au sommet tels que Bizot, Roumier, Auvenay ou Leroy dont un musigny 2006 se place sur la première marche du podium du TOP 50 des bouteilles à 28 244 euros. À relever également, l’indétrônable domaine de la Romanée-Conti, qui concentre 1,5 million d’euros en valeur avec 413 flacons adjugés. 

Le vignoble bordelais, lui, en tant que valeur sûre par excellence, reste le premier en termes de volumes échangés, avec 40,5 % du total (contre 22 % pour la Bourgogne). La notoriété mondiale des crus, leur qualité et leur longévité expliquent ce constat. Le trio de tête inamovible reste Petrus, Mouton-Rothschild et Lafite-Rothschild, sans oublier le succès des seconds vins, à l’image du Pavillon rouge du château Margaux, des Forts de Latour, du Petit Mouton ou de l’Alter Ego de Palmer. 

Enfin, le Rhône ferme la marche, avec des ventes qui ont continué à progresser (+6,4 %). Une région plébiscitée par les amateurs pour ses millésimes de garde et ses vins septentrionaux et méridionaux, avec de véritables icônes, à l’instar de Jean-Louis Chave pour le nord (Hermitage) et de Château Rayas pour le sud (Châteauneuf-du-Pape). «Les vins d’Emmanuel Reynaud sont, en effet, le phénomène de l’année dans le Rhône. Leur valeur a augmenté de 68,5 %, ce qui traduit une hausse significative du prix de la bouteille à 371 euros contre 209 l’an dernier. Cela, sans compter le seul château Rayas, dont la cote a explosé avec un prix moyen en rouge qui s’établit à 1 276 euros», confie Angélique de Lencquesaing. 

Trois autres tendances de fond à observer

En premier lieu, le baromètre décrypte l’intérêt toujours croissant pour les signatures bios, biodynamiques et nature, qui représentent 1/4 des ventes d’iDealwine. On retrouve surtout des vins du Jura, notamment le domaine des Miroirs et Overnoy-Houillon, ainsi que des vins de Loire comme un saumur-champigny Le Bourg du Clos Rougeard. Mais l’étude révèle d’autres surprises dans le Rhône, avec un hermitage La Chapelle de Jaboulet, un échézeaux du domaine Bizot (en Bourgogne) ou encore Selosse en Champagne. 

En second lieu, iDealwine observe une diversification des régions attirant les amateurs aux enchères. On note, d’une part, la progression de la Vallée de la Loire – +13,2 % en valeur et +16,1 % en volume – en tant qu’eldorado des grands vins blancs. Le tout est accentué par un phénomène de rareté touchant certains vins comme ceux du domaine de Xavier Caillard et ses Jardins Esméraldins dont le prix moyen est de 773 euros (+ 85 %) ainsi que certains vins d’Auvergne à l’image du domaine Pierre Beauger ou du vignoble de l’Arbre Blanc, des signatures à suivre… D’autre part, le Languedoc-Roussillon, région qui, en 2021, a vu la plus belle évolution de la valeur de ses adjudications, à hauteur de +71,1 %. Une mine d’or pour des grands vins de garde, et à des prix toujours accessibles malgré une hausse suite au décès brutal et récent de Laurent Vaillé (La Grange des Pères). 

Enfin, l’enquête pointe la percée majeure des spiritueux dans les enchères. Les vieux alcools, surtout le whisky, les rhums anciens, le cognac, l’armagnac et autres chartreuses sont de plus en plus recherchés, avec des prix qui explosent. En 2021, iDealwine – et sa filiale Fine Spirits Auction – ont accueilli six ventes, soit 2 847 flacons adjugés auprès d’amateurs de 40 pays. Au sommet des enchères, on retrouve les whiskies japonais signés Karuizawa, suivis des cognacs (Dor, Frapin ou Martell) et des rhums Caroni. 

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