qui sont les émissaires chargés de la négociation ?

Depuis lundi, des négociateurs russes et ukrainiens sont réunis à Istanbul pour une nouvelle session de pourparlers. Des discussions «difficiles» sont engagées afin de trouver une issue au conflit.

Nouveau round de négociation. Après un premier épisode en Biélorussie fin février, puis un second à Antalya le 10 mars, les délégations russe et ukrainienne se sont retrouvées lundi 28 mars à Istanbul pour tenter de trouver une issue au conflit. Les discussions ont débuté ce mardi peu après 7h30 GMT dans le palais de Dolmabahçe, dernière résidence des sultans sur le Bosphore, où la présidence turque dispose de bureaux. En fin d’après-midi, côté russe, on a fait état de «discussions substantielles» et annoncé que les propositions «claires» de l’Ukraine allaient être «étudiées très prochainement et soumises» à Vladimir Poutine. La délégation ukrainienne a de son côté estimé que les conditions étaient désormais «suffisantes» pour une rencontre au sommet entre les présidents Poutine et Zelensky.

Si en Biélorussie, les ministres de la Défense et des Affaires étrangères des deux pays avaient participé aux pourparlers, cette session concerne uniquement les négociateurs. Qui sont donc les hommes envoyés par la Russie et l’Ukraine pour mener à bien ces discussions ? Le Figaro fait le point.

La délégation russe

C’est un nom que les Occidentaux ont découvert avec la guerre en Ukraine. Âgé de 51 ans, Vladimir Medinski fut pourtant ministre de la Culture de Vladimir Poutine, de 2012 à 2020. Il est désormais le négociateur en chef du Kremlin. «C’est un type intelligent», confie au Figaro Jean-Robert Raviot, professeur en études russes contemporaines à l’université Paris-Nanterre et fin connaisseur de la politique russe. «Il est l’interface Kremlin-idéologie», ajoute-t-il.

Vladimir Medinski. Maxim GUCHEK / BELTA / AFP

Et pour cause, cet ancien député de la Douma, diplômé du célèbre Institut d’État des relations internationales de Moscou, le Mgimo, a longtemps été considéré comme «le ministre de la propagande patriotique», expliquait début mars l’historien Alain Blum à franceinfo. Il était d’ailleurs surnommé «Propagandon». «Medinski a écrit tout une série de livres sur la russophobie, c’est un intellectuel organique qui produit un récit historique sur les événements et envoie des messages idéologiques», complète Jean-Robert Raviot.

Âgé de 54 ans, Leonid Sloutski est un «dinosaure» de la politique russe : il siège à la Douma sans discontinuer depuis 1999, au sein du Parti libéral-démocrate de Russie. Ancien fonctionnaire au praesidium du Soviet suprême, il est aujourd’hui président de la commission des affaires étrangères de la Douma et président de la Fondation russe pour la paix. C’est cet organe qui avait financé, en mars 2021, le déplacement en Russie de l’eurodéputé RN Thierry Mariani, comme le révélait à l’époque Le Monde .

Leonid Sloutski. EVGENIA NOVOZHENINA / POOL / AFP

Depuis 2014, Sloutski fait partie de la liste des personnalités russes que l’administration Obama a interdite de visa et dont elle a gelé les éventuels avoirs aux États-Unis, en représailles à l’annexion de la Crimée. L’Union européenne prendra quelques jours plus tard les mêmes sanctions à son encontre. Depuis 2017, le député russe est accusé de harcèlement sexuel par plusieurs journalistes, dont une de la BBC, et de corruption par un rapport de la Fondation anticorruption depuis 2018.

La délégation ukrainienne

Contrairement à la Russie, l’Ukraine a envoyé son ministre de la Défense comme chef des négociations. Signe que le pays envahi accorde beaucoup plus d’importances à ces pourparlers que Vladimir Poutine ? Ancien avocat (il a notamment défendu l’ancien président Viktor Iouchtchenko), Oleskii Reznikov a été vice-premier ministre avant d’être nommé ministre de la Défense en novembre 2021. Fin décembre, il prévoyait une attaque russe de grande ampleur sur le territoire ukrainien dès la fin du mois de janvier.

Oleskii Reznikov. Sergei KHOLODILIN / BELTA / AFP

Oleskii Reznikov est un habitué des négociations. En septembre 2019, il a été nommé par Volodymyr Zelensky pour représenter l’Ukraine au sein du groupe de contact trilatéral pour le règlement pacifique de la situation dans le Donbass. Composé d’émissaires de l’Ukraine, de la Russie et de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), ce groupe était chargé de faciliter une résolution diplomatique du conflit dans la région.

Proche du président Zelensky, dont il est l’un des principaux conseillers, Mikhaïl Podoliak a longtemps habité en Biélorussie, où il a exercé son métier de journaliste. Mais en 2004, des agents des services de renseignements biélorusses l’ont expulsé vers son pays d’origine, lui reprochant des tentatives de déstabilisation politique et des propos diffamatoires. Il lui a été interdit de pénétrer sur le territoire biélorusse pendant cinq ans.

Mikhaïl Podoliak. Yasin AKGUL / AFP

Après plusieurs années à travailler dans différents journaux ukrainiens, Mikhaïl Podoliak devient «responsable anti-crise» du bureau du président Zelensky. Il contrôle aujourd’hui toute sa politique d’information et prépare les différents ministres du gouvernement ukrainien à leur apparition dans les médias. En verve sur les réseaux sociaux, l’ancien reporter n’hésite pas à partager sa vision de la guerre sur Twitter, ainsi que l’avancée des négociations. En 2020, il est cité parmi les trois personnalités les plus influentes d’Ukraine par le magazine Focus.

À VOIR AUSSI – L’Ukraine s’engage à ne pas adhérer à l’Otan après les discussions avec la Russie en Turquie

Originaire de Géorgie, ce père de six enfants est membre du parti politique Serviteur du Peuple, nommé d’après la série éponyme qui a fait connaître Volodymyr Zelensky. Élu à la Rada en 2019, il en est désormais le chef de faction. Cofondateur de plusieurs sociétés informatiques, Davyd Arakhamia fut un homme d’affaires accompli sous le pseudonyme de David Brown, avant de devenir conseiller du ministre de la Défense puis président du Conseil des volontaires du ministère.

Davyd Arakhamia. Free licence

Au début de la guerre, il est de ceux qui sont restés avec le président ukrainien à Kiev, malgré les bombardements et la pression russe sur la capitale. Comme Mikhaïl Podoliak, il fait partie du classement des personnalités ukrainiennes les plus influentes du magazine Focus, duquel il a pris la sixième place en 2021.

Le médiateur

Oligarque russe bien connu des fans de football, Roman Abramovitch est propriétaire du club londonien de Chelsea. Par sa proximité avec Vladimir Poutine, il est visé par des sanctions européennes. Ancien gouverneur du district autonome de Tchoukotka, l’homme d’affaires est considéré comme un pilier du clan Eltsine, prédécesseur de l’actuel chef du Kremlin. En 1995, il avait racheté la société pétrolière Sibneft pour 250 millions de dollars, avant de la revendre dix ans plus tard pour 13 milliards de dollars à Gazprom. Aujourd’hui, Abramovitch possède également 28,64% du géant de l’acier Evraz.

Roman Abramovitch. JUSTIN TALLIS / AFP

Depuis le second round de pourparlers, le milliardaire s’est établi en médiateur entre les deux camps. «Abramovitch joue un rôle pour établir des contacts entre les parties russe et ukrainienne», a confirmé le Kremlin ce mardi, soulignant qu’il était à Istanbul bien qu’il ne soit pas un membre officiel de la délégation russe. Après une réunion dans la capitale ukrainienne début mars, l’oligarque, comme deux négociateurs ukrainiens, avait présenté des symptômes qui faisaient penser à un possible empoisonnement, a indiqué lundi à l’AFP une source proche du dossier, confirmant des informations du Wall Street Journal. Selon le journal, certains soupçonnent les partisans d’une ligne dure à Moscou qui voudraient saboter les pourparlers.

À VOIR AUSSI – Après des soupçons d’empoisonnement, l’oligarque russe Abramovitch présent aux pourparlers de paix à Istanbul

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