Samsoe, l’île emblème du Danemark, à l’avant-garde de la transition énergétique

FIGARO DEMAIN – Le maire de la première île à énergie renouvelable au monde s’apprête à recevoir ce mercredi le prix de l’ONU Leaders pour le climat, dans le cadre de la COP26, à Glasgow.

À Samsoe (Danemark)

Marcel Meijer se dit «un homme fier et heureux». Maire de la petite île danoise de Samsoe, 3704 âmes, dans le détroit du Kattegat, il s’apprête à recevoir, demain, mercredi 10 novembre, le prix de l’ONU Leaders pour le climat lors de la COP26, à Glasgow.

Ce «prix de l’action climatique mondiale» des Nations unies récompense «la municipalité de Samsoe qui a complètement transformé son système énergétique en passant des combustibles fossiles aux énergies renouvelables, devenant ainsi la première île à énergie renouvelable au monde».

En pleine campagne pour les élections communales du 16 novembre, ce Danois d’adoption, arrivé sur l’île dans les années 1990 de Hollande, se remémore le chemin parcouru «semé d’embûches» pour relever un sacré défi. Choisie en 1997 comme expérience pilote par le ministre de l’Environnement Svend Auken, Samsoe devait être totalement autonome en dix ans grâce aux énergies renouvelables. Un pari audacieux et tenu. «Dépendants trente ans plus tôt de l’électricité importée de centrales à charbon par câbles sous-marins du continent et de mazout par bateau pour nos besoins électriques, de chauffage et d’eau chaude, nous devions et voulions réussir notre révolution verte», confie-t-il.

Il fallait convaincre les habitants de manière pragmatique de saisir une telle opportunité dans une île à la population en déclin, désertée par les jeunes et les entreprises et les commerces, et qui a un atout considérable: le vent

Soeren Hermansen, enseignant

Mais beaucoup étaient au début sceptiques face à un changement aussi radical dans cette île de 114 km2, connue pour ses fraises et pommes de terre nouvelles. «Il fallait convaincre les habitants de manière pragmatique de saisir une telle opportunité dans une île à la population en déclin, désertée par les jeunes et les entreprises et les commerces, et qui a un atout considérable: le vent», explique Soeren Hermansen, enseignant prosélyte.

Onze éoliennes seront installées à terre et dix en mer, permettant de rendre l’île autosuffisante en électricité, exportant même son surplus, et cerise sur le gâteau, avec une empreinte carbone négative, selon Soeren Hermansen, cheville ouvrière de l’Académie de l’énergie, une vitrine de la transition énergétique de Samsoe visitée chaque année par quelque 5000 politiques et experts du monde entier. La plupart des insulaires, agriculteurs notamment, ainsi que la municipalité, sont copropriétaires des turbines. Soeren Hermansen a encouragé, calculette à la main, ses habitants, appelés les Samsinger, à investir dans les éoliennes pour toucher des revenus de la production d’électricité vendue au reste du Danemark.

Production de biogaz

Dans sa maison, Brian Kjaer, électricien, a acheté en 2006 une vieille éolienne et équipé son toit de panneaux solaires «qui couvrent ma consommation énergétique. Je vends même mon surplus d’électricité, ayant rentabilisé mon investissement en cinq ans». «L’éolien à lui seul ne suffit pas pour assurer notre neutralité carbone notamment dans les transports et l’agriculture, de gros pollueurs», souligne le maire qui a en projet une centrale de production de biogaz, utilisant du lisier de porcs et de la paille.

L’efficacité énergétique est un élément clé dans la révolution verte des autorités de l’île, qui ont réussi à réduire de plus de 20 % sa consommation d’énergie en incitant les insulaires à abandonner leur chauffage au mazout, à isoler leurs maisons afin d’être alimentés en chauffage urbain provenant de quatre centrales fonctionnant à la paille et aux copeaux de bois, et avec des panneaux solaires.

Sur les routes, le changement aussi est sensible avec «le plus grand nombre de véhicules électriques par habitant du royaume, et en mer notre ferry navigue avec du gaz naturel liquéfié que nous voulons remplacer par la biomasse», se félicite Soeren Hermansen.

Avec pour objectif ultime «la disparition des énergies fossiles en 2030». Mais la révolution énergétique de Samsoe, qui a «inspiré d’autres pays comme le Canada, le Japon, l’Australie», selon son maître d’œuvre, a nécessité de grands investissements, «plus de 70 millions d’euros, consentis en grande partie par les insulaires». «Un tel projet vers la neutralité carbone à Samsoe n’a abouti, dit-il, que parce qu’il est décentralisé, démocratique et communautaire.»

Le Figaro

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