Scamandre, l’inattendu vin de Camargue

L’histoire a commencé il y a un rarement moins de vingt ans. La première cuvée de Scamandre, le 2003, fut produite dans des conditions rocambolesques. Franck Renouard, tombé sous le charme de la région et convaincu que son avenir serait viticole, venait d’acheter quelques hectares de vignes en piètre état et un milieu de luzerne pour construire un chai. En attendant l’obtention du permis de construire, une chape de béton coulée à la hâte sur laquelle il avait installé deux conteneurs de cargo – un pour les cuves et l’autre pour l’outillage – ferait l’affaire pour vinifier les raisins. « Au-dessus, nous avions tendu un voile d’ombrage militaire, explique-t-il. C’est de cette façon que nous avons sorti le premier millésime. Je passais mes journées à arroser les conteneurs pour les refroidir. Et, la nuit, je dormais dans la voiture pour surveiller les lieux ». La place forte fut bien défendue. Shinya Tasaki, meilleur sommelier du monde, gratifia cette première cuvée produite en mode incursion d’un 18,5/20. A-t-elle supporté le poids des années ? Affirmatif. Lors d’une dégustation en août dernier, ce jus sombre comme le visage de sainte Sarah s’est révélé équilibré, profond, le résultat d’un formidable ménage à trois entre la syrah, le carignan et le mourvèdre. Scamandre 2003 surprend, tel le torero inconnu qui entre dans l’arène pour en sortir avec les oreilles et la queue de la bête. Le 2004 avait lui aussi su étonner : «Nous avions produit 30 000 bouteilles de 2004, raconte Franck Renouard. Mais, rapidement, le vin est devenu imbuvable. Nous ne savions que faire de ce stock. Jusqu’au jour où un très bon restaurateur de Nîmes nous a appelés pour nous demander s’il nous restait des flacons de ce millésime. Surpris, nous l’avons goûté de nouveau, et il avait retrouvé toute sa superbe». Le vin est un produit magique.

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