trois pépites viticoles méconnues à découvrir

Le domaine Les Trois Petiotes, dans le Blayais, est tenu par une drôle de dame. Avant de devenir vigneronne, Valérie Godelu était conseillère pour les grands du CAC 40. La crise d’adolescence surgit avant la quarantaine : soit elle se jetait dans sa passion, la musique, qu’elle pratique avec assiduité depuis l’enfance (harpe au Conservatoire puis batterie, grand-père chef d’orchestre) ; soit elle travaillait la terre. Elle choisira les deux. Après un Brevet Professionnel Responsable d’Entreprise Agricole en viti-œno, elle acquiert en 2008 trois hectares en fermage à Tauriac. Ses convictions sont solides : elle fera des vins sains, sans intrants, de la manière la moins interventionniste possible. Les Trois Petiotes, nommé ainsi à la naissance de sa troisième fille, s’impose alors dans le paysage bordelais comme un domaine très à part. 

Steel drums et danse du dragon

«Quand je suis arrivée ici, j’étais considérée comme l’originale», nous dit Valérie Godelu, un sourire dans la voix. «Par exemple, j’arrachais le trèfle à la main. Les vignerons du coin s’arrêtaient et me disaient : vous savez, le Round-Up, c’est pas cher et ça va vite…». Dans une région où l’agriculture est majoritairement conventionnelle, et où un seul vigneron, avec son tracteur, peut cultiver vingt hectares, la démarche de Valérie Godelu surprend. Seule sur ses trois hectares, dans des vignes où pousse l’herbe en toute liberté, elle ne démérite pas son titre d’originale. Après un petit concert de steel drums dans son chai et une danse du dragon dans ses vignes, nous avons pu goûter sa cuvée «Les Trois Petiotes» 2015 : un assemblage merlot-malbec aux notes de framboises écrasées, sans trace d’élevage, d’une gourmandise riante. «Une gorgée de vin», nous dit poétiquement Valérie, «c’est comme un soupir en musique : soudain, le temps et l’espace sont suspendus». Dégustation faite, le fruit danse à son tour et enveloppe nos bouches de soleil. 

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L’art de ne rien posséder

Direction le Médoc, à Arsac, chez Pascale Choime et Laurence Alias à Les Closeries des Moussis. «Nous, nous ne possédons rien !» affirment, tout sourires, ces deux vigneronnes qui ont la cote. À part une maison, «qui est notre seule sécurité», elles ont préféré cultiver des terres en fermage. «Quand on a démarré avec Pascale en 2008», nous dit Laurence, «on a pris soin d’une très vieille vigne préphylloxérique à Cantenac. C’est un voisin qui avait cette parcelle, pas mécanisable. On est allées voir la vigne, qui était complantée de cépages francs de pieds. Et ce fut notre plus beau cadeau». Parmi les merveilles, elles trouvent du petit verdot, du merlot, du cabernet franc, du cabernet sauvignon, du malbec et du carménère. Un rêve pour ces bricoleuses qui rêvent de faire des vins différents, à l’instar des vieux cabernets-sauvignons. «On voulait faire bouger les lignes, mais nous restons tellement petites ! Notre démarche ne choque personne». Non seulement elles ne choquent personne, mais surtout, elles ravissent les papilles de ceux qui peuvent mettre la main sur leur beaux vins de garde. Moineaux 2018 par exemple, un Margaux déclassé car ne présentant pas assez de «typicité» pour le comité d’agrément, déborde d’un fruit insolant. Imposant une vision extrêmement joyeuse du Haut-Médoc, sans maquillage ni bois, ce grand Moineaux a le croquant d’une cerise avec son noyau, la suavité en plus. 

Vins oranges bordelais  

Encore plus atypiques, Les Petites Parcelles de Sophie et Stéphane Cantury, à Langon, en face de Sauternes, sont le laboratoire des expérimentations viticoles bordelaises les plus inattendues. Avec un micro-domaine de 1,5 hectares de vignes complantées, ils produisent majoritairement des vins de macération pelliculaire (vins oranges) de muscadelle, de sauvignon gris et de sémillon en sélection massale. Des vignes au chai, Sébastien s’emploie à n’utiliser que des techniques traditionnelles ou confidentielles (dont la litière de forêt fermentée ou encore l’électroculture). Sophie, quant à elle, réalise patiemment toutes les étiquettes à la main, une à une. Les bouteilles, en verre ou en grès, sont récupérées ici et là. Une affaire de famille qui produit des vins superbement équilibrés et inclassables, à mille lieues des profils plus traditionnels de Bordeaux. Pas étonnant que leurs jus, déjà vendus au Japon, se retrouvent déjà à la table des étoilés, fins dénicheurs de curiosités.   

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