Troubles bipolaires : comment bien les traiter

Cette maladie chronique est fréquente, mieux comprise et, si elle est détectée tôt, mieux soignée.

Paris Match. Que veut dire précisément le terme “bipolaire” ?
Pr Raphaël Gaillard. Les troubles bipolaires (anciennement nommés psychose maniaco-dépressive) consistent en l’alternance de perturbations de l’humeur plus ou moins intenses, tantôt maniaques (agitation, eupho- rie, insomnies sans fatigue, pensée rapide), tantôt dépressives, entrecoupées de périodes normales. Ils touchent environ 2% de la population française, autant les hommes que les femmes. L’âge moyen de leur apparition se situe entre 15 et 30 ans. L’existence d’antécédents familiaux est fréquente (vul- nérabilité génétique). Un stress chronique et / ou un passé de maltraitance physique et / ou psychique dans l’enfance sont asso- ciés aux formes sévères. La confusion courante de cette pathologie avec une dépression isolée ou avec certains troubles de la personnalité favorise le retard de diagnostic (dix ans en moyenne). C’est regrettable car le risque de suicide sans traitement est élevé (20% des personnes atteintes).

Quels en sont les grands traits cliniques ?
Ils forment un large spectre de signes, faisant de la bipolarité une maladie plurielle. Les patients ont souvent du mal à com- prendre que l’accès maniaque (même atténué, dit hypomaniaque), durant lequel aucune fatigue n’est perçue (sensation de toute-puissance), est immanquablement suivi d’une dépression, souvent beaucoup plus longue. Ils payent alors au centuple l’énergie de l’accès maniaque ! L’alternance des phases contraires, dont la durée va de quelques jours à quelques mois, est la règle. Il peut exister des conduites à risque (sexuelles, addictions), surtout dans les phases maniaques. Certains patients ont des troubles cognitifs associés. L’espérance de vie est raccourcie du fait du risque suicidaire et de l’existence fréquente de comorbidités (affections cardio-vasculaires, diabète, etc.).

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Quelle en est la cause ?
La combinaison d’une vulnérabilité génétique et d’un état inflammatoire chronique pourrait être le primum movens. Divers travaux de recherches ont objectivé des signes biologiques d’inflammation (détectables dans le sang). Des anomalies de la connectivité cérébrale ont été mises en évidence en IRM. Elles concernent notamment le cerveau limbique, qui joue un rôle central dans les émotions, d’où résultent des réactions excessives à celles-ci.

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30% des patients résistent aux médicaments

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Comment sont pris en charge les patients ?
L’éducation thérapeutique des familles et du patient est essentielle. Elle permet le repérage précoce des accès à venir et leur prise en charge rapide. Le traitement de fond repose sur les régulateurs de l’humeur, dont le lithium est la grande référence. Compte tenu des nombreuses formes cliniques, d’autres molécules, antiépileptiques (lamotrigine, valproate) ou antipsychotiques (quétiapine, notamment), sont utilisées dans le même but. Au besoin, ces médicaments sont associés. Il faut absolument éviter les antidépresseurs en l’absence de régulateurs de l’humeur. L’effet du traitement est lent et ne peut être correctement jugé avant un an. Il vise à espacer les accès et à réduire leur intensité, jusqu’à obtenir au fil du temps un réglage souple de l’humeur, permettant une vie sociale, familiale et professionnelle de qualité. Malgré tout, 30% des patients résistent aux médicaments. On peut alors recourir: 1. À la stimulation magnétique transcrânienne (stimulation du cerveau par un champ magnétique, 15 séances environ, à raison d’une par jour), totalement indolore. 2. À l’électroconvulsivothérapie (choc électrique du cerveau sous anesthésie générale, répété en plusieurs séances par semaine). Cette technique, abrégée ECT, est efficace chez 90% des patients en dépression. Elle a aussi un effet “antimaniaque”. Elle entraîne la formation de nouveaux neurones qui améliorent la plasticité cérébrale, notamment dans les hippocampes.

Lire aussi. Troubles bipolaires : cinq signes d’alerte

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Quid du lien entre bipolarité et créativité ?
J’ai écrit un livre (“Un coup de hache dans la tête”, éd. Grasset) sur ce sujet. C’est plutôt un lien de parenté : la vulnérabilité génétique aux troubles bipolaires semble accroître la fibre artistique, mais davantage dans l’entourage familial que chez les patients eux-mêmes, que leur trouble entrave… sauf s’il est soigné et stabilisé.

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